jeudi 11 janvier 2018

Jonas 3:1-10 la miséricorde divine dimanche 21 janvier 2018



*Jonas  3 :1-10


La parole du Seigneur fut adressée à Jonas  une seconde fois: « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. La chose arriva jusqu’au roi de Ninive. Il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d’une toile à sac, et s’assit sur la cendre. Puis il fit crier dans Ninive ce décret du roi et de ses grands : « Hommes et bêtes, gros et petit bétail, ne goûteront à rien, ne mangeront pas et ne boiront pas. Hommes et bêtes, on se couvrira de toile à sac, on criera vers Dieu de toute sa force, chacun se détournera de sa conduite mauvaise et de ses actes de violence. Qui sait si Dieu ne se ravisera pas et ne se repentira pas, s’il ne reviendra pas de l’ardeur de sa colère ? Et alors nous ne périrons pas ! »

En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

(Cher lecteur, si vous ne connaissez pas très bien l’histoire de Jonas, donnez-vous la peine de la lire entièrement, elle ne comprend que 4 chapitres et  vous profiterez de la totalité de ce conte.)


Ne  boudons pas notre plaisir et  laissons-nous séduire par ce magnifique conte oriental où l’auteur  nous entraîne dans une aventure  où notre logique ne s’y retrouve pas.  Mais avant d’entrer dans le   ravissement de l’esprit, ne perdons pas de vue  que, ce texte, comme tous les contes a une morale dont nous devons tirer leçon. Il  ne nous met pas toujours dans une situation avantageuse dans nos rapports à Dieu.   Nous allons  être invités à nous identifier à Jonas, le héro de l’histoire et à contester son action,  alors qu’il refuse de partager la miséricorde de Dieu et qu’il  conteste sa bonté. Pourtant intérieurement nous partageons son opposition à Dieu.

Nous allons ainsi découvrir  la  face cachée de notre propre personne  et nous découvrirons que nous sommes capables, nous aussi  de nous opposer à Dieu,  de  refuser à entendre sa parole et de fuir loin de lui. Quand Jonas se met à bouder alors  que la promesse de Dieu est en train de se réaliser, nous aurions tendance à le faire  aussi.  Mais la grande question qui va se poser à nous, c’est d’essayer de comprendre quelle est la réalité de ce Dieu  qui nous est présentée dans cette histoire.

Le conte se déroule dans un décor  qui pourrait être celui d’une scène de  théâtre où l’acteur,  apparemment il n’y en a qu’un Jonas,    évoluerait  entre la grande ville de Ninive, côté jardin, qui représente  tout ce qu’il peut y avoir d’odieux et de dangereux pour le prophète,  et côté cour, il y aurait  l’immensité de la mer qui s’étend jusqu’aux colonnes d’Hercule où les tempêtes  font fureur et  où les monstres marins menacent à tout instant  d’emporter le héro dans les grands fonds.  Entre ces deux dangers mortels, aucun autre choix n’est proposé, si non la bienveillance de Dieu qui est présent quant à lui dans les deux camps

Nous découvrons cependant  que Dieu  accepte ici de s’inscrire  dans  le rôle d’un second personnage  qui ne cesse de mettre Jonas en difficulté tout en s’efforçant de lui faire du bien.  Il y a là une contradiction qu’il faudra approfondir. Mais  derrière  le personnage joué par Dieu se cache  un poète et même un farceur,  nous avons vu qu’il joue avec les gros poissons. Le monstre  qu’il envoie au secours de  Jonas  est  un monstre gentil qui se plie à la fantaisie de Dieu et devient l’instrument de sa miséricorde pour Jonas.  Le ravissement continue. A la fin du conte,  Dieu   va faire pousser un arbre en une seule nuit, ce qui est un exploit,  et en même temps il va commander à un ver glouton de le manger en un rien de temps. Le personnage de Jonas est également étrange,  il passe son temps à se défier de Dieu,  à le fuir et à déverser sur lui sa mauvaise humeur, mais il fait également preuve de sérénité  étrange et compose une magnifique prière de confiance alors que le monstre l’entraîne jusqu’aux racines du monde avant de le vomir sur le sable de la plage comme le rebut de sa digestion. C’est ainsi que Jonas entre en scène pour la deuxième fois.

Le Dieu auquel Jonas a à faire,  nous surprend aussi. Il se présente comme un Dieu de justice qui règne sur le monde entier et qui exige que sa justice soit respectée sur tout l’univers, même dans des lieux aussi étranges que la ville de Ninive,  présentée ici comme le repère du vice et où le  nom  de Dieu est ignoré. Quoi qu’il en soit cette ville rebelle mérite son châtiment.  Mais en même temps, Dieu ne peut se dispenser de la tendresse qu’il a pour tous les hommes, y compris ses ennemis les plus déclarés. C’est pour cela qu’il s’intéresse à  Ninive et tente d’épargner  sa population des effets de sa colère.  Il   entreprend alors une tentative de sauvetage dont Jonas sera l’instrument même s’il désapprouve Dieu.

Pour étayer cette thèse, l’actualité  nous a mis en présence de Jonas modernes  qui ont réussi dans de telles entreprises. La haine, la condamnation et la vengeance ne sont donc pas les instruments qui garantissent la meilleure justice. Nelson Mandela l’a bien compris ! Il s’est comporté comme Dieu souhaitait que Jonas le fasse. Il a brillamment démontré que cette autre forme de justice, préconisée ici était capable de porter des fruits insoupçonnés. Mais même la Bible prête le flanc à la critique.


Le lecteur fidèle des Ecritures  se trouve mis en contradiction avec une autre histoire, bien connue, celle de Sodome et Gomorrhe où Dieu ne laissa pas la chance à Abraham de plaider la cause de la ville  et la détruisit d’une manière spectaculaire. Pourquoi Ninive a-t-elle eu un autre sort ? Sans doute ces deux histoires sont-elles véhiculées par des traditions différentes, mais le courant porteur de la Bible donne sa faveur à l’histoire de Ninive où on voit déjà pointer une théologie que Jésus  développera bien plus tard quand il demandera de prier pour nos ennemis et faire du bien à ceux qui nous persécutent.

Nous avons ici  les premiers aspects d’un Dieu  qui prendra sa pleine dimension dans les Evangile. Certes, il  prend sa justice au sérieux mais il  donne plus de place à sa miséricorde qu’à sa justice. La réaction de Jonas, nous montre bien que Dieu n’est pas  compris quand il tente de donner une place importante à sa miséricorde, qu’il donne sa chance  même aux plus méchants et qu’il  estime que leur repentir est toujours possible.  Dieu accorde aussi toute son attention à Jonas quand il se rebelle contre lui. Il le secourt  dans son refus de comprendre et  il ira même le chercher quand le monstre marin l’entraînera aux racines du monde, a où seule règne la mort.  

Ce récit n’est pas aussi légendaire qu’il y parait. Il affirme une vérité sur laquelle on ne peut revenir, celle de la bonté  incommensurable  de Dieu, alors que les hommes, comme Jonas  cherchent à en poser  les limites.  Ce conte repose sur un fond historique,  il est témoin  des préoccupations du vrai prophète Jonas, car il y en a eu un.  Jusqu’à maintenant nous avons eu à faire  à un héro de légende, alors que  l’autre Jonas vivait sous le règne de Jéroboam II, roi de  Samarie qui fut en butte tout au long de son règne à l’acharnement des rois de Ninive. Ils auront raison de  ses successeurs et  les entraîneront dans la mort. Ils emmèneront en exil sa population et terrifieront ses  descendants qui avaient trouvé refuge dans le royaume de Jérusalem.  L’évocation de  cette ville honnie  dont le souvenir restait dans les mémoires comme celui de l’abomination de la désolation ne pouvait qu’attiser les haines et les rancœurs ainsi que  le désir de vengeance. Les événements ont démenti  ce que le récit de Jonas a rapporté, puisque Ninive fut quand même détruite par les Perses en 612 ? Mais ce détail que l’auteur du conte semble vouloir ignorer n’entre pas en ligne  de compte.

Ce  récit nous est rapporté sous  forme de légende ou de parabole pour nous dire la  vraie nature de  Dieu et nous aider à comprendre  qui est ce Dieu dont la Bible se veut le témoin. Qui donc est ce Dieu qui préconise un salut universel, et qui s’acharne à préserver la vie de ceux qui s’affichent comme ses ennemis déclarés ?  Nous reconnaissons en lui celui  dont Jésus  se présentera comme le fils.  Ne nous étonnons donc pas du sort que les hommes ont alors réservé à Jésus,  car ses propos étaient inacceptables pour la plupart des humains et le sont encore pour la beaucoup  d’entre nous, car ils appellent  une  véritable conversion.  Ne  soyons donc pas surpris si l’Eglise a minimisé son message et s’est efforcé de l’inscrire dans un autre contexte, celui  que les conciles, plus tard  ont décrit comme  étant celui de la vraie foi.  

Comprenez alors quel fut  la frustration de Jonas qui assista à la sauvegarde de Ninive et comprenez sa révolte contre Dieu qu’il exprima  à l’abri  de  son   ricin  qu’un ver  mandaté par Dieu entreprit de détruire. Le récit ne s’est pas  inquiété de la vérité historique et n’a pas relaté la vraie fin de Ninive. Il a voulu  nous aider à entrer  dans la découverte de l’incommensurable amour de Dieu  que les pires comportements des hommes ne peuvent altérer.  Les hommes qui ont compris cela sont en bonne voie pour devenir les imitateurs de Jésus.   

mercredi 3 janvier 2018

1 Samuel 3/3-19 Comment Dieu parle-t-il ? Dimanche 14 janvier 2018



1 Samuel : 3/3-19

 Le jeune Samuel était au service de l'Eternel devant Eli. La parole de l'Eternel était rare à cette époque, les visions n'étaient pas fréquentes.
2 Un jour, Eli, dont la vue commençait à faiblir et qui ne pouvait plus bien voir, était couché à sa place habituelle. 3 La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte et

Samuel était couché dans le temple de l'Eternel, où se trouvait l'arche de Dieu.
4 Alors l'Eternel appela Samuel. Il répondit: «Me voici», 5 courut vers Eli et dit: «Me voici, car tu m'as appelé.» Eli répondit: «Je n'ai pas appelé, retourne te coucher.» Et Samuel alla se coucher. 6 L'Eternel appela de nouveau Samuel. Samuel se leva, alla vers Eli et dit: «Me voici, car tu m'as appelé.» Eli répondit: «Je n'ai pas appelé, mon fils, retourne te coucher.» 7 Samuel ne connaissait pas encore l'Eternel, la parole de l'Eternel ne lui avait pas encore été révélée. 8 L'Eternel appela de nouveau Samuel, pour la troisième fois. Samuel se leva, alla vers Eli et dit: «Me voici, car tu m'as appelé.» Eli comprit alors que c'était l'Eternel qui appelait l'enfant, 9 et il dit à Samuel: «Va te coucher et, si l'on t'appelle, dis: 'Parle, Eternel, car ton serviteur écoute.'» Et Samuel alla se coucher à sa place.
10 L'Eternel vint se tenir près de lui et appela comme les autres fois: «Samuel, Samuel!» Samuel répondit: «Parle, car ton serviteur écoute.»
11 Alors l'Eternel dit à Samuel: «Je vais faire en Israël une chose telle que toute personne qui l'apprendra en restera abasourdie.
12 Ce jour-là j'accomplirai vis-à-vis d'Eli tout ce que j'ai prononcé contre sa famille; je le commencerai et je le finirai.
13 Je le lui ai déclaré, je veux punir sa famille pour toujours. En effet, il avait connaissance du crime par lequel ses fils se sont maudits et il ne leur a pas fait de reproches.
14 C'est pourquoi je jure à la famille d'Eli que jamais son crime ne sera expié, ni par des sacrifices ni par des offrandes.»
15 Samuel resta couché jusqu'au matin, puis il ouvrit les portes de la maison de l'Eternel. Il avait peur de raconter la vision à Eli, 16 mais Eli l'appela et dit: «Samuel, mon fils!» Il répondit: «Me voici!» 17 Eli dit: «Quelle est la parole que l'Eternel t'a adressée? Ne m'en cache rien. Que Dieu te traite avec la plus grande sévérité, si tu me caches quoi que ce soit de tout ce qu'il t'a dit!»
18 Samuel lui raconta tout, sans rien lui cacher, et Eli dit: «C'est l'Eternel, qu'il fasse ce qui lui semblera bon!» 19 Samuel grandissait. L'Eternel était avec lui et ne laissa aucune de ses paroles rester sans effet.

Pourquoi Dieu ne parle-t-il pas plus clairement ?  Pourquoi ne vient-il pas se présenter à la porte de notre chambre comme il le fit pour Samuel afin de nous dire distinctement ce qu’il attend de nous ? Pourquoi ne se tient-il pas en pleine nuit à la porte de  notre tente, comme il le fit pour Abraham,  pour  nous  révéler l’itinéraire à suivre pour quitter la demeure de notre père et obéir à ses  suggestions.  Certainement comme Samuel, ou comme Abraham nous obtempérerions  et Dieu  serait satisfait de nous comme il le fut pour ces deux héros dont on parle ?  Mais ce qui s’est passé pour eux ne se passe pas pour nous  de la même façon.  Quand nous croyons que Dieu nous pousse à faire quelque chose,   nous ne sommes jamais sûrs d’avoir vraiment entendu ce que Dieu désirait nous faire comprendre!.

 Mais  pour nos deux personnage, ça ne s’est peut être pas passé exactement comme le récit nous l’a transmis.   Il se peut que ce fut  leur foi qui ait rendu leurs oreilles attentives  à autre choses qu’à des paroles clairement formulées, et que la volonté de Dieu se soit clairement fait entendre à eux autrement que par voix orale. Sommes-nous alors des gens de si peu de foi pour que nous ne soyons pas capables de saisir la volonté  de Dieu sans que celle-ci  ne se soit exprimée à haute et intelligible voix?

Ces questions préliminaires en appellent une autre : Pourquoi Dieu, quand il s’adresse à nous,  nous distinguerait-il parmi les autres pour accomplir la tâche qu’il nous réserve ? D’autres humains, ne seraient-ils pas plus compétents que nous pour le faire? Curieusement, Abraham dont nous venons de parler, ou Samuel, ou bien d’autres encore n’ont-ils pas cherché à  savoir ce qui avait motivé  le choix de Dieu  quand il s’est adressé à eux ; pourtant la question : « pourquoi moi ? » reste appropriée.

Jérémie cependant à osé interpeler Dieu à ce sujet. Avec pertinence, il a su dire  sa propre  incompétence. La seule raison qu’il crut percevoir de Dieu c’est que Dieu lui-même savait ce qu’il faisait et n’avait pas de comptes à lui rendre. Jérémie se soumit donc à l’arbitraire de Dieu et subit son sort  avec résignation  en affrontant les défis de l’histoire.

Quant à nous, si nous voulons  entendre ce que Dieu nous demande, il faut bien que nous répondions à cette question : pourquoi moi ? Ensuite il faudra vérifier que l’on a bien entendu la réponse de Dieu.

 C’est avec l’histoire de Samuel que nous tenterons de formuler des réponses.  Par une nuit particulièrement agitée où il essaye de mettre de l’ordre dans ses idées, le jeune Samuel va réaliser qu’il  doit jouer un rôle particulier  pour que la situation provoquée par les  fils d’Elie évolue. Il réalisera alors le souhait de sa mère qui l’avait placé au sanctuaire de Silo pour servir l’Eternel dès son enfance, mais il ne réalise pas encore qu’il en viendra à se substituer au prêtre Elie alors que lui, Samuel n’est  pas de famille sacerdotale.  A cette époque on adorait Dieu dans  différents sanctuaires  car le Temple de Jérusalem n’était pas encore construit.  Le prêtre Elie, qui n’est pas le prophète du même nom,   appartient  à la famille sacerdotale et  se trouve en charge du sanctuaire de Silo, le plus important à l’époque, puisqu’il  abrite la fameuse arche de l’Alliance.

Elie semble être un brave homme mais il est dépassé dans son autorité paternelle  et va se trouver frappé d’indignité à cause du  comportement inadmissible  de ses garnements de  fils qui bien que prêtres eux-mêmes, détournent à leur profit le produit  des sacrifices. Trop vieux pour avoir une influence quelconque sur ces chenapans  et atteint de cécité,  le vieux prêtre est impuissant pour agir. Bien que Samuel ne soit encore qu’un jeune homme,  chargé de l’entretien du sanctuaire comme pourrait l’être un sacristain, il  voit tout, il comprend tout, mais  il doit garder le silence. Personne ne serait assez naïf pour croire que les choses aussi mal engagées  allaient durer longtemps.

C’est dans ce contexte que le récit fait résonner la voix de Dieu ! Comment ?  Le récit nous est présenté pour que le lecteur comprenne que Dieu se sert de Samuel pour que les choses évoluent et surtout pour qu’Elie comprenne que ça ne peut plus durer. Mais il nous faut être perspicace pour comprendre où se situe l’action de Dieu dans tout ça. Pas besoin d’être un grand clerc pour comprendre que Samuel soit troublé par cette situation.  L’enfant pense à tout cela et n’en dort pas. Sa piété et son intelligence sont continuellement en éveil. Le lecteur attentif comprend  que la voix de Dieu se confond ici avec la voix de la conscience de l’enfant.

Puisqu’Eli n’intervient pas dans une telle situation, il faut bien que quelqu’un aide le prêtre à comprendre ce qui va se passer, et Samuel  a bien saisi que s’il n’agit pas, personne ne le fera.  Tout ce qui est raconté ici tient compte de tous les éléments que nous venons de mentionner mais ils nous sont rapportés sur le ton du merveilleux, propre aux récits de l’époque. Tout ce qui se passe ici  est le fruit de la prière d’un enfant  qui accablé  par la situation, se  place devant Dieu. L’enfant inspiré fait le bilan de la situation  et prend devant Dieu la décision qui s’impose,  de dire les choses franchement à Eli.

Si on considère que cette approche du texte est une voie possible que Dieu donne à sa parole pour se faire entendre et la rendre crédible pour le lecteur contemporain, on fera la même analyse pour  le récit d’Abraham que nous avons évoqué au début de ce propos. Nous comprendrons  que le patriarche accablé par son souci personnel de savoir sa femme stérile,  en perde le sommeil et se soit  tourné vers Dieu pour lui dire son angoisse.

Ne suffirait-il pas d’un peu d’audace et d’esprit d’entreprise pour que les difficultés du moment prennent un autre aspect. Abraham  était bloqué dans une situation qui n’évoluait  pas.  La routine quotidienne ne débouchait sur rien,  les difficultés discutées dans le clan familial n’apportaient aucune solution. Le clan, sans héritier était condamné à la disparition. Abraham dans ses transes nocturnes méditait.

 Si Dieu donnait au couple l’audace de sortir du carcan familial et d’aller voir ailleurs, la vie reprendrait  ses droits, peut-être que  la semence du patriarche porterait du fruit dans le sein de sa femme ?  Abraham  opta pour l’audace et fit confiance à Dieu pour le guider.

Dieu donne aux hommes l’audace d’entreprendre. Est-ce  en agissant ainsi qu’ils entendent  la réponse de Dieu  qui leur  ouvre un autre avenir que celui qu’ils avaient construit jusqu’alors ? Est-ce ainsi que Dieu a parlé à Abraham ? Sans doute  ai-je forcé les textes pour les amener là où je voulais aller, mais cette explication ne rend-elle pas cohérente la manière dont Dieu parle en nous, en éclairant  notre méditation personnelle par sa présence en nous.

Les deux questions que nous nous posions au début de notre réflexion trouvent ici une réponse : Pourquoi moi ?

Dieu s’intéresse à chacun de nous et donne une réponse, pas toujours entendue à ceux qui la lui demandent. Quiconque affronte la vie avec audace reçoit de Dieu cette énergie dont tous ont besoin pour se mettre personnellement en cause  et décider de se mettre à son service. C’est alors que rempli d’audace, chacun comprend que sa vocation particulière est de se mettre au service de Dieu. Quelle que soit la forme qu’il donnera à ce service, Dieu lui donnera sa caution et Jérémie, vous vous en souvenez,  qui oppose l’argument de son jeune âge, le voit balayé conjointement par lui-même  et par Dieu parce que c’est un au faux argument de sa part pour ne pas se servir de l’audace qu’il puise en Dieu.

Pour la deuxième question qui consiste à se demander comment Dieu parle, il me semble que l’on trouvera une esquisse de  réponse dans l’approche du texte que nous avons fait de l’histoire de Samuel.   

lundi 1 janvier 2018

Esaïe 60:1-6 Participation de Dieu à la construction du monde de demain. Dimanche 7 janvier 2018



Esaïe Chapitre 60

1 Lève-toi, brille : ta lumière arrive, la gloire du SEIGNEUR se lève sur toi. 2 Certes, les ténèbres couvrent la terre et une obscurité épaisse recouvre les peuples ; mais sur toi le SEIGNEUR se lève, sur toi sa gloire apparaît. 3 Des nations marcheront à ta lumière et des rois à la clarté de ton aurore.

4 Lève les yeux et regarde tout autour : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils arrivent de loin, tes filles sont portées sur la hanche .5 Lorsque tu le verras, tu seras radieuse, ton cœur bondira, il sera au large, quand l'abondance de la mer se tournera vers toi, quand les ressources des nations viendront vers toi. 6 Tu seras couverte d'une foule de chameaux, de dromadaires de Madiân et d'Epha ; ils viendront tous de Saba ; ils porteront de l'or et de l'encens et annonceront, comme  une bonne nouvelle, les louanges du SEIGNEUR.


Dans une vision pleine de promesses que nous voudrions savourer avec lui, le prophète Esaïe contemple la caravane qui s’approche. Elle apporte avec elle les projets de bonheur que le futur réserve à son peuple. Le bonheur qu’il espère pour ses concitoyens est en voie de réalisation, croit-il ! Ainsi aimerions-nous que la nouvelle année s’avance vers nous porteuse d’une espérance que tous nos projets d’avenir s’efforceront de réaliser.

Ce   jour nouveau qui se lève et qui s’approche de nous au pas lent des chameaux venus des pays de la prospérité, c’est le monde que Dieu nous promet. Il brille déjà d’une gloire qui n’appartient qu’à lui et qui illumine notre futur qui est déjà commencé. Le futur dans lequel nous entrons est déjà habité par Dieu. Il est déjà chargé de tout ce que Dieu y a déjà investi, c’est pourquoi, l’année qui commence sera bonne. Nous pouvons donc nous souhaiter une bonne année sans scrupule ni arrières pensées.

La vision d’Esaïe se précise en nous faisant contempler cette joyeuse caravane qui s’est mise en route. Chameaux et dromadaires apportent avec eux des richesses venues des pays les plus fabuleux . C’est un peuple heureux qui accompagne sa progression. Il exulte de joie, les enfants sont juchés sur les épaules de leurs pères. Toute cette jubilation donne une impression de bonheur.

N’abîmons pas trop vite notre plaisir en évoquant la réalité qui nous attend, car nul parmi nous ne croit vraiment à la réalisation du bonheur promis, en tout cas pas pour les années qui viennent. Chacun cède en ce début d’année à la coutume de porter des vœux à la réalisation desquels il ne croit pas. Nous allons formuler des souhaits de santé et de prospérité et de paix pour tous ceux que nous allons rencontrer, tout en sachant que des nuages menaçant s'amoncellent sur nos têtes. Nous savons aussi la dureté économique du moment,  et malgré la prospérité que les indices nous promettent , nous regardons en arrière vers un passé qui a été pour nous plus heureux que notre présent. Nous ne pouvons pas sortir de notre esprit que nous venons d’une époque que nous appelons les trente glorieuses où tout ce que nous redoutons aujourd’hui n’existait pas encore. Savourons cependant encore quelques instants la prophétie qui ouvre ses portes vers un bel avenir, car cet avenir est partagé par Dieu, et c’est lui qui nous le propose.

Il suffit parfois d’évoquer la réalité de Dieu pour que les visages se ferment, que les conversations cessent et que nos interlocuteurs regardent dans une autre direction, comme si dans notre société, il était indécent de parler de Dieu, ou pire, comme si plus personne n’attendait rien de lui. Les hommes ont perdu l’habitude de compter sur Dieu pour organiser le monde.

Bien que son nom figure encore sur les billets de banque américains, bien peu d’économistes se fondent sur lui pour imaginer une société juste et équitable. En effet ceux qui tiennent les rennes du monde où nous sommes se croient capables de faire des projets réalistes pour diriger notre planète, ils s’estiment suffisamment intelligents pour les mener à bien. L’homme post moderne n’a plus besoin de Dieu pour construire une société que ses techniques se proposent de mettre en place. 

Alors à quoi bon mêler à tout cela la notion de Dieu puisque le seul fait d’évoquer son nom entraîne des rivalités, des haines et des guerres. C’est au nom de Dieu que les sociétés passées ont construit un monde divisé, c’est au nom de la sagesse des hommes pense-t-on encore que se construira un avenir de prospérité. Mais y croit-on encore? Les plus utopistes parmi-nous pensent que l'on peut construire un autre monde ailleurs , sur des exo-planètes.
Et pourtant cet avenir prometteur ne se veut pas optimiste du tout. Si les penseurs ont  perdu leur foi en Dieu, ils n’ose pas dire encore qu’il a perdu leur foi en l’homme. Pourtant, nous savons bien que ce n’est pas Dieu qui a provoqué les désastres dont l’histoire le rend coupable, nous savons bien que les hommes eux-mêmes s’en sont servis d’alibi pour masquer leur esprit conquérant, tant il est vrai que l’homme n’a jamais trouvé de meilleure proie que ses semblables et que tous les prétextes lui paraissent suffisamment bons pour s’emparer des biens de son voisin. Chaque peuple a profité du nom de Dieu pour exprimer en son nom, des désirs qui faisaient des autres des adversaires tout trouvés pour les délester de leurs biens. Ils ont ainsi sollicité les textes bibliques pour qu’ils soutiennent les thèses les plus hostiles à leurs voisins, c’est ainsi que le récit de la tour de Babel rend Dieu responsable du désordre parmi les nations et que le forfait du troisième fils de Noé justifie la politique d’apartheid (1)

C’est un travers bien répandu dans la société des hommes que d’accuser Dieu d’être responsable de tous leurs maux. S’il n’en est pas directement responsable pense-t-on, il l’est quand même, par son refus d’intervention. Pourquoi laisse-t-il faire les drames que nous connaissons ? Il lui serait facile, par un simple miracle de remédier à tous les maux de notre société dont les hommes ne seraient pas directement responsables. La Bible ne nous fait-elle pas des promesses qui iraient dans ce sens ? Marie en effet quand elle apprend qu’elle sera la mère du Messie salue l’avènement d’un monde que Dieu prend en main, elle le voit entreprendre la construction d’un monde de justice : « Il a dispersé ceux qui avaient dans leur cœur des pensées orgueilleuses, Il a fait descendre les puissants de leur trône, il a élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé vides les riches… » (2) Qu’attend Dieu pour exécuter ses promesses ?

Il est facile d’intenter un procès à Dieu, car nous savons qu’il n’entrera pas en contestation avec les hommes. Si nous croyons qu’il joue un rôle dans la création du monde, dans l’évolution des espèces et dans le développement des sociétés, ce n’est pas pour en discuter avec les hommes. Pour lui la seule fonction  des humains sur cette terre consiste à discerner, pour chaque moment, quelle est la volonté de Dieu afin de rendre l’évolution de l'humanité plus harmonieuse. Mais au lieu de cela l’homme se croit assez intelligent pour organiser lui-même l’avenir. La seule chose qu’il demande à Dieu, est de réguler les dysfonctionnements du monde par des miracles qui permettraient aux choses d’aller mieux. Mais il sait qu’il ne le fera pas, c’est pourquoi il se refuse de croire en lui.

Oh homme ! aussi intelligent que tu sois, tu n’a toujours pas compris que Dieu a déposé en toi l’intelligence qui te rend capable de comprendre les mystères du cœur de Dieu ! Dieu s’est choisi l’homme comme seul interlocuteur valable parmi toutes les espèces innombrables de la terre. Il lui a donné cette intelligence du cœur qui lui permet de comprendre ce que Dieu attend de lui. Il a permis que l’histoire des hommes soit jalonnée par la présence de nombreux prophètes qui dans les diverses cultures répandues sur la terre ont guidé les humains sur les voies de la sagesse de Dieu. Ce sont les mots de prochain, d’amour et de partage qui ont scandé leurs messages indépendamment des religions dont ils étaient issus.

Il a même plu à Dieu de bousculer l’ordre des choses. Il s’est permis de venir en personne cheminer sur les chemins du monde. Il a choisi de partager les souffrances des hommes et d’assumer leur destin, il a choisi de se faire  connaître  dans les actions de Jésus pour se faire plus proche d’eux. C’est même sur les sentiers de la mort qu’il a cru bon de partager le sort de l’humanité. Pour ceux qui en veulent encore et qui ont besoin de paroles claires, il a inspiré les évangiles où toujours, les mêmes mots : de prochain, de vie, d’espérance, d’amour et de partage s’entremêlent en une immense harmonie.

Portées à dos de chameau ou portées par le souffle de l’esprit de Dieu les promesses d’un monde nouveau, édifié par la sagesse des hommes et éclairée par les promesses de Dieu se profile à l’horizon. Dieu invite alors les hommes à mettre un temps d’arrêt dans leurs projets humains pour se laisser habiter par la sagesse du cœur, cette sagesse qui nous emplit quand nous laissons Dieu parler en nous. Ils apprendront alors à assembler les mots d’amour, de responsabilité et d’espérance qui se mettront à rimer entre eux selon la volonté de Dieu.

Les vœux que nous formulerons, en ce début d’année trouveront leur exaucement s’ils prennent le relais de cette sagesse du cœur qui nous vient de Dieu car c’est elle qui est la clé du devenir du monde. C’est elle seule qui peut ouvrir la porte qui peut libérer les secrets de Dieu qui se déverseront alors sur notre société.

(1) Genèse 9/25
(2) Luc 1/51-53