jeudi 9 février 2017

Esaîe 49:14-15 Dieu ne peut pas nous oublier - Dimanche 26 Février 2017



Esaïe 49/14-15

14Sion disait : Le SEIGNEUR m'a abandonnée, le Seigneur m'a oubliée !
15Une femme oublie-t-elle son nourrisson ? N'a-t-elle pas compassion du fils qui est sorti de son ventre ? Quand elle l'oublierait, moi je ne t'oublierais pas.

16Je t'ai gravée sur mes mains ; tes murs sont constamment devant moi.
17Tes fils accourent ; ceux qui t'ont rasée et réduite en ruines sortiront de toi.
18Lève les yeux et regarde tout autour : tous se rassemblent, ils viennent vers toi. Par ma vie, — déclaration du SEIGNEUR —tu les revêtiras tous comme une parure. Tu les attacheras à toi, à la manière d'une mariée.
19Oui, tes ruines, tes lieux dévastés, cette terre de décombres, tes habitants y seront désormais à l'étroit ; et ceux qui te dévoraient s'éloigneront.
20Ils te le répéteront, ces fils dont tu avais été privée : L'espace est trop étroit pour moi ; fais-moi de la place, pour que je puisse m'installer.


Dans nos moments d’émotion intense, quand nous essayons de faire le point, sur notre vie, et que  nous voudrions être présentables devant Dieu, nous aimerions qu’il oublie certains épisodes  peu glorieux de notre  existence passée, mieux , nous aimerions qu’il nous aide à les oublier, car le fait même qu’ils se soient produits nous pourrit la vie. Le souvenir et l’oubli, voila un thème qui habite notre existence et que nous aimerions apprendre à réguler.  Ce thème est au cœur même de notre vie secrète,  et nous perturbe d’autant plus  qu’il nous est difficile d’en faire état autour de nous.

On comprend aisément que  des Eglises  se sentent motivées pour aider à régler  ce genre de conflits intérieurs car ils concernent notre relation à Dieu.  Elles visent donc à se faire les agents de Dieu auprès de leurs fidèles. C’est sans doute  là une des raisons pour laquelle la « confession » continue à avoir droit de citer dans certaines communautés et qu’elles offrent la compétence de leurs clercs pour faciliter «l’absolution » que Dieu serait enclin  à accorder. Mais cette pratique, si elle vise à apaiser les âmes, réussit-elle vraiment à leur  apporter l’oubli  des actes dont le souvenir continue  quand même à habiter la conscience de ceux qui les ont commis ?

Dans notre société moderne, moins cléricalisée que par le passé, psychologues et psychiatres ont pris le relève, car même si Dieu n’est pas directement concerné,  il est vrai que nous aimerions oublier  les souvenirs dont nous voudrions refouler les souvenir loin de nous.  Ainsi le passé nous habite continuellement et faute de pouvoir faire marche arrière, nous ne pouvons avancer  librement.

Ceux qui considèrent que Dieu est concerné par ce qui relève de leur vie intérieure cherchent auprès de lui comment être soulagés, car lui seul pourrait par son pardon apaiser leur âme tourmentée, c’est le but de la confession  évoquée tout à l’heure. C’est aussi le résultat que nous espérons de la grâce divine qui  opère ne nous. Avec l’auteur du psaume 113/3 nous disons : « si tu gardais le souvenir de nos fautes, Seigneur qui pourrait subsister ? » Dieu seul semble-t-il peut nous aider à affronter de tels dilemmes en créant en nous la faculté de l’oubli dont il se porte garant par le pardon qu’il nous donne.

 Ce n’est pas pour autant que les actes dont nous sommes redevables seront effacés et qu’ils n’auront plus de conséquences pour nous. Nous savons bien  que ça ne se passe pas vraiment comme cela, mais nous savons cependant  que la grâce de Dieu nous aidera à assumer les conséquences de nos actes, si bien que les fautes que nous lui confions perdent leur aspect dramatique et que Dieu nous assiste pour trouver les solutions qui rendront  les faits plus acceptables et que des issues raisonnables pourront  être mises en place par sa médiation.

Quand Caïn,  après avoir tué son frère Abel prit la fuite, c’est auprès de Dieu qu’il trouva  la capacité de vivre malgré sa faute et  qu’il entra dans le processus de vie qui le fit échapper à la mort à laquelle il était promis, et Dieu lui-même à qui le texte donne la parole, même s’il prononça des paroles sévères n’envisagea à aucun instant de lui donner la mort.

Cependant,  nous vivons dans l’ambivalence  par rapport à Dieu. En effet, si nous souhaitons qu’il oublie nos fautes et qu’il nous aide à les oublier nous-mêmes, nous redoutons en sens inverse qu’il nous oublie nous-mêmes et que notre vie puisse se dérouler en dehors de sa présence et de son souvenir. C’est cette hypothèse que nous formulons quand les événements de notre existence deviennent incompréhensibles et que tout se passe comme si Dieu nous avait oubliés. Notre vie n’aurait alors plus de sens et s’inscrirait dans un processus d’échec. C’est une telle pensée qu’Esaïe écarte, dans le texte que nous avons reçu ce matin. C’est également à démentir une telle possibilité que Jésus a consacré toute sa vie et qu’il a été jusqu’à défier la mort.

Si nous vivions à l’époque d’Esaïe et  que nous cherchions à le comprendre, il nous serait facile d’imaginer que Dieu  ait été tenté d’oublier son peuple tant les reproches qui lui étaient fait étaient graves. Pour ce qui concerne notre époque, il serait  inutile d’énumérer toutes les raisons que  Dieu pourrait avoir d’oublier l’humanité  et de  l’abandonner à  son triste sort alors qu’il lui a révélé  par Jésus Christ  tous les mystères de l’amour par lesquels les hommes pourraient donner  une autre saveur à la vie sur terre. Comment Dieu pourrait-il ne pas se rendre compte de l’injustice  avec laquelle la moitié de l’humanité méprise l’autre moitié ? Comment ne pourrait-il  pas s’apercevoir du sort des veuves et des orphelins réduits à la misère ?  Pourrait-il ignorer ceux, qui réduisent en esclavage les étrangers qui sollicitent leur pitié. Dieu ne devrait-il pas se désolidariser de tout cela et oublier  cette humanité perverse ? Mais, Dieu serait-t-il capable d’oublier les hommes malgré les griefs nombreux qu’il pourrait leur reprocher ?

Cependant il ne faut pas faire  pas faire d’anthropomorphisme ! Dieu n’est pas  fait à l’image d’un homme amélioré, ses vertus ne sont pas de la même nature que celles  des hommes. Dieu est tout autre, il a une capacité  d’agir envers  les hommes qui ne peut se comparer en aucune mesure avec ce qu’ils sont capables de faire.  Il n’intervient pas dans le cours des événements de la  même manière que les hommes le feraient. Mais il laisse dégager de lui une atmosphère d’amour  qui en imprégnant les  individus qui se réclament de lui change leurs comportements  et les entraîne à commettre des actes  qui dépassent l’entendement de toute sagesse humaine. Ce  serait alors de la part des hommes,  faire  faux procès à Dieu s’ils  osaient l’accuser d’oubli car ils mettraient en cause sa capacité d’amour. Or selon l’Evangile de Jean Dieu est amour et c’est la seule définition que l’on peut faire de lui..

Que se rassurent donc ceux qui se croient oubliés de lui. Ils ne le sont pas. Dieu les inscrit dans une relation d’amour avec lui  et celai devrait permettre une évolution harmonieuse du monde. Mais Dieu n’agit pas à la place des hommes, son esprit diffuse sur eux les vertus qu’il leur inspire mais ne les contraint pas à agir conformément  à ses désirs, si bien qu’il arrive que bien souvent ceux qui se sentent rejetés par les hommes se croient aussi rejetés par Dieu alors que c’est le comportement des hommes qui étouffe en eux la voix de Dieu.

Jésus a parcouru la Palestine pendant trois ans pour dénoncer  les agissements erronés des hommes qui voyaient en Dieu celui qui pouvait corriger leurs mauvaises actions en intervenant miraculeusement dans le cours des choses.  Il a poussé  sa logique jusqu’au bout  et l’issue de ce comportement lui fut fatale. Il a lui aussi éprouvé ce sentiment d’abandon et d’impuissance que beaucoup éprouvent parfois Les évangiles nous ont raconté son désarroi quand il s’est senti acculé à la mort, oublié par ses amis et accablé par ses ennemis. Mais arrivé à ce point extrême de sa vie, son agonie nous laisse comprendre que Dieu ne se dérobait pas pour imposer sa vérité. Il a confié à son esprit le soin de travailler au cœur de l’humanité.

Ceux qui ont continué à croire en lui ont alors compris que Dieu ne se désolidarisait pas de ceux  qui affirmaient que malgré les apparences Dieu est toujours capable de changer le cœur des hommes en vue du changement du monde. Après sa mort, les amis de Jésus ont reconnu dans sa  résurrection la vérité de ses dires et se son engagés après lui sur la même voie qu’il avait suivie, dussent-ils en mourir à leur tour.

C’est donc par son esprit que Dieu agit sur nous, nous en voyons les effets dans les actions qu’il nous pousse à initier. La seule réponse que nous ayons de lui,  c’est  que l’esprit de Dieu veille sur le monde et qu’il est assez efficace pour que  les  croyants se maintiennent en alerte et  nous rappelle que jamais Dieu ne nous oublie.

Aucun commentaire: