mercredi 30 décembre 2015

Luc 3:15-22 le baptême de Jésus dimanche 10 janvier 2016



15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient si Jean n'était pas le Christ, 16 il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu. 17 Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas. 

.18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres encouragements.
19 Mais Hérode le tétrarque, à qui Jean faisait des reproches au sujet d'Hérodiade, femme de son frère, et au sujet de toutes les mauvaises actions qu'Hérode avait commises, 20 ajouta encore à toutes les autres celle d'enfermer Jean en prison. 

21Quand tout le peuple reçut le baptême, Jésus aussi reçut le baptême ; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit, 22 et l'Esprit saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et il survint une voix du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir.

La prédication de Jean laisse entrevoir le début d’une ère de paix, de partage et d’amour que Dieu est en train d’instaurer pour le bonheur des hommes. Mais qu’en est-il vraiment de ce Dieu auquel il se réfère comme un Dieu d’amour et que son successeur Jésus considérera comme son père?  Malgré les sentiments d’amour qu’on prête à Dieu, il n’est pas pourtant pas venu secourir le prophète annonciateur du Messie  menacé par Hérode. On le soupçonne aussi d’avoir laissé son propre fils mourir sur une croix pour sauver les hommes. On a prétendu qu’il a accepté ce mal pour provoquer un bien beaucoup plus grand. Dieu peut-il s’accommoder d’un moindre mal pour favoriser un bien plus grand? C’est ici la grande question que se pose le  christianisme  depuis deux mille ans. Nous allons essayer d’y répondre à propos de l’histoire de Jean Baptiste et de Jésus.

Le texte unit les deux hommes dans la même continuité spirituelle. Il s’achève sur le récit du  baptême de Jésus par lequel  Jean semble lui conférer  un droit de succession. Dans le même temps, l’ombre du tétrarque plane au-dessus de Jean annonçant sa mort prochaine. La mort de Jean semble arriver  en temps opportun pour laisser toute la place à Jésus. Si Dieu avait miraculeusement sauvé Jean, sa présence aux cotés de Jésus n’aurait-elle pas nuit à sa mission?  La question est bien évidemment sans réponse.  On peut cependant  se demander si Dieu n’a pas laissé faire pour que les choses se passent sans qu’il y ait interférence de l’un sur l’autre.

A partir de cette question, on peut   se demander si Dieu n’utilise pas parfois  certaines actions mauvaises menées par les hommes ou provoquées par la nature pour permettre qu’un mieux  s’installe parmi les humains afin de faire avancer l’histoire à sa guise.    Il nous faut donc approfondir la question pour savoir comment Dieu se situe. Gardons   la question en suspens pour l’instant et projetons-nous  trois ans plus tard au moment où Jésus lui-même fut mis à mort. On  a encore aujourd’hui l’impression pénible que Dieu aurait pu intervenir au lieu d’opposer un silence insupportable aux coups de marteau du bourreau clouant Jésus sur la croix.

Les Écrivains bibliques, n’ont pas commenté ce silence de Dieu lors de la mort de Jean, par contre, pour Jésus, ils ont laissé entendre que c’était écrit à l’avance et que la mort de Jésus aurait été bel et bien programmée par Dieu. En acceptant  de mourir d’une manière aussi infâme que celle qu’il a connue, Jésus se serait soumis à la volonté de son Père. 

Ce n’est pas parce que nous posons la question du silence de Dieu que nous allons la résoudre, mais elle va cependant alimenter notre réflexion pendant quelques instants. Est-il donc possible que Dieu se taise quand les hommes souffrent, et est-il possible qu’il tire un bien d’un mal qu’il aurait laissé faire? 

Beaucoup de croyants trouvent une réponse à leurs souffrances  dans une telle approche,  et acceptent  plus volontiers leurs souffrances s’ils pensent qu’elles entrent dans un projet de Dieu. Ils considèrent  que si Dieu laisse faire c’est que, dans sa bonté il a construit un projet    qui permettra que d’autres humains en éprouvent un mieux-être. Le malade qui souffre d’un mal incurable espère que son mal  permettra aux chercheurs de faire un pas de plus sur le chemin de la découverte d’un médicament ou d’un vaccin et que Dieu en lui donnant du courage pour résister dans la souffrance permet à la médecine de progresser. 

Le prophète Esaïe semble vouloir aller dans ce sens quand il campe le portrait du serviteur souffrant qui accepte sans protester qu’on lui arrache  la barbe ou qu’on agisse envers lui comme on le ferait d’un mouton que l’on traine à la boucherie (1). Les évangélistes en rapportant le récit sur la mort de Jésus ont vu en lui une figure prophétique du Messie agonisant pour sauver le monde.

On s’est tellement habitué à cette  explication qu’on  imagine mal qu’il puisse y en avoir d’ autres, car la souffrance pèse d’un tel poids dans notre existence et dans l’histoire des hommes qu’il faut bien l’intégrer dans un  projet divin, sans quoi la vie elle-même deviendrait inacceptable et la porte serait ouverte au désespoir et à la perte de la foi.  Il faut bien que les choses en soient ainsi sans quoi on n’aurait pas pu dire que l’Église s’est nourrie du sang des martyrs, car leur supplice,  loin de l’anéantir l’a faite progresser, comme si  la mort héroïque des témoins de Dieu avait nourri la foi des incroyants au point  qu’ils se convertissaient. C’est un fait  incontestable  que  les persécutions ont entrainé des actes de foi et des conversions. Mais était-ce inscrit dans le plan de Dieu? 

Jean Baptiste, et Jésus  après lui ont parlé d’un Dieu  d’amour. Ils n’ont pas cherché à instaurer une pratique religieuse basée sur la souffrance. Mais pour bannir la souffrance et l’injustice qui règnent sur le monde, n’a-t-il  pas   fallu que Dieu s’en mêle au prix de compromissions choquantes?

Face à un monde qui s’enlise dans l’injustice, Jésus n’a proposé qu’une seule porte de sortie, celle de l’amour et de l’altruisme. Il n’ignorait pas cependant qu’il rencontrerait plus  d’incompréhensions que d’adhésions.  Il savait, que ceux qui chercheraient à mettre ses préceptes en pratique en pâtiraient, mais  il savait aussi que son enseignement finirait par porter ses fruits, parce qu’il portait en lui une vérité qui émanait de Dieu, c’est pourquoi malgré  les souffrances des martyrs,  la foi chrétienne a réussi à gagner toute une partie du monde.

Le monde dans lequel vivait Jésus, comme le nôtre est un monde où la vie du plus fort  se nourrit de la vie des plus faibles. Nous  considérons comme une vérité fondatrice que  dans ce monde  les plus forts doivent se nourrir des  plus faibles. Cela entraine des injustices et  aussi  des souffrances. L’espèce humaine évolue dans ce milieu mais y participe aussi.  Or  depuis  que Dieu    est entré en contact avec les hommes, depuis qu’Abraham s’est senti personnellement interpelé par Dieu, Dieu a montré son désaccord avec  ce mode de vie  où la domination  des uns sur les autres aurait  force de loi.

Les prophètes ont  répercuté cette protestation de Dieu,  et c’est par leurs écrits qu’elle nous est connue. On trouve ainsi sous la plume d’Esaïe une prophétie étrange selon laquelle le lion  et le bœuf ensemble mangeront de la paille  (2). Ceux qui  ont reçu pour mission de parler au nom de Dieu se sont  laissés  aller à envisager un monde utopique où la violence sera proscrite et ne servira plus de règle pour gérer l’avenir. Loin d’envisager que la violence puisse   servir ses projets, Dieu inscrit l’absence de violence,  comme seule méthode possible pour gérer le monde selon sa volonté.  Ce projet prend déjà corps dans le baptême que Jean propose aux foules et dont il baptise Jésus. 

 Bien entendu, les ablutions de purification étaient déjà pratiquées dans le judaïsme, mais avec Jean et plus tard avec Jésus elles deviendront un rite d’adhésion à la foi. Le baptême va alors  remplacer la circoncision qui était caractérisée par une souffrance et une blessure du corps. Il remplacera aussi les sacrifices qui  eux aussi  faisaient souffrir les  animaux. Seul un peu d’eau suffira désormais à marquer l’entrée des hommes dans le projet de vie établi par Dieu à leur intention.  Toutes les souffrances requises par le passé  au nom de Dieu seront désormais abolies.

Tout se passe comme si Dieu se désolidarisait    définitivement  de toutes les formes que pouvait prendre la violence. Bien entendu, les souffrances subies par les hommes  n’ont pas Dieu pour cause, mais cela n’empêche  pas pour autant Dieu   de transformer en bien le mal causé par la souffrance. Il nous faut donc innocenter Dieu de la mort de Jean Baptiste ou de Jésus et de toutes les souffrances qui sont subies sur cette terre. Il nous faut donc expliquer l'implication de Dieu dans la mort de Jésus d'une autre manière que celle que nous admettons habituellement.  Dieu  combat le mal et ne l’utilise pas.

Dans cette longue  aventure de  la lutte de Dieu contre la souffrance, Jésus   prendra soin de rajouter un nouveau rite qui contient  peut être la clé de l'énigme : celui du partage. Il est tellement fort qu'il prendra par la suite une valeur  sacramentelle. Ce partage sera celui du pain et du vin qui sont les éléments de base de la nourriture. Ils ne nécessitent aucune violence pour les acquérir si non une violence sur soi-même puisque le partage est un rite d’amour   qui implique que l’on s’efforcera d’aimer ceux que l’on n’aime pas forcément. 

Ce geste d’amour ne nous est nullement imposé, il correspond à un élan du cœur vers Dieu et  implique notre accord sur sa manière de gérer le monde. Si le nombre des croyants se mettait  à augmenter nous pourrions augurer de la venue d’une ère de paix pour ce monde. L’avenir heureux du monde dépend donc de la manière dont  les croyants d’aujourd’hui sauront convaincre leurs contemporains de la justesse du projet divin pour ce temps et les encourager à y adhérer.

Illustrations Nicolas Poussin


mardi 22 décembre 2015

Matthieu 2/1-12 Adoration des mages - dimanche 3 janvier 2016



Matthieu 2/1-12 Adoration des mages ( repris et modifié du sermon du 6 janvier 2013)

1 Après la naissance de Jésus, à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et dirent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus nous prosterner devant lui. 3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il rassembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple pour leur demander où devait naître le Christ. 5 Ils lui dirent : A Bethléem de Judée, car voici ce qui a été écrit par l'entremise du prophète : 
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certainement pas la moins importante dans l'assemblée des gouverneurs de Juda ; car de toi sortira un dirigeant qui fera paître Israël, mon peuple. 

7 Alors Hérode fit appeler en secret les mages et se fit préciser par eux l'époque de l'apparition de l'étoile. 8 Puis il les envoya à Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur l'enfant ; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi je vienne me prosterner devant lui. 

9 Après avoir entendu le roi, ils partirent. Or l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait ; arrivée au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'arrêta. 10 A la vue de l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Ils entrèrent dans la maison, virent l'enfant avec Marie, sa mère, et tombèrent à ses pieds pour se prosterner devant lui ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12 Puis, divinement avertis en rêve de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

SI l’Évangile avait été écrit aujourd'hui il aurait pu commencer de la manière suivante: Il était une fois, un groupe de marcheurs de la paix qui partirent de chez eux à la recherche de Dieu. Ils venaient de là-bas pour aller on ne sait où, là où les étoiles voudraient bien les guider. Leur méthode était bien empirique dans un monde où seule la science avait force de loi. On a  finalement repéré leur trace dans un petit village d’une lointaine province d’un petit état dont le dictateur sans scrupule faisait partie des plus cruels. Le ciel était rempli d’étoiles, c’est dire qu’ils allaient dans tous les lieux où la voûte des cieux les éclairait. Il y avait dans le monde, des centaines de milliers de villages  semblables à celui où on avait repéré leur passage. Autrement dit, il y avait tant de lieux où ils pouvaient rencontrer Dieu qu’on ne pouvait les dénombrer. La trace de Dieu  est donc de partout dans ce monde si vaste. 

En nous racontant  cette histoire à sa façon, la Bible a ouvert les Évangiles par l’affirmation de l’universalité de Dieu. Il  est en tous lieux, Il est accessible à tous mais les héros de l'histoire viennent d'ailleurs. Ils repèrent la présence de Dieu  dans une maison que l’Évangile de Matthieu signale à notre attention. Relisez bien les textes, cet Évangile ne nous  présente pas  cette demeure comme  une étable, un lieu destiné à rassembler les bestiaux mais comme une  maison toute banale qui pourrait bien être la vôtre. Aucune agitation non plus  dans le monde des bergers. On ne nous parle pas non plus  de  merveilles célestes. Pas de concert d’anges. On nous parle seulement d’un fabuleux trésor composé d’or, de myrrhe, et d’encens. N'est ce pas là une manière symbolique pour nous parler des richesses insoupçonnées de Dieu.  Dieu fait  ainsi sa demeure chez n’importe qui, pour vue que la lumière des cieux y  soit accessible. La lumière des cieux !  Voilà encore un mot pour dire l’espérance.

Même rapporté ainsi ce texte garde tout son mystère. Nous comprenons  que Dieu se laisse trouver par tous ceux qui le  cherchent et c'est cela qui est important même s'il y a de nombreux obstacles qui se dressent sur leur chemin. Le premier de ces obstacles est en nous-mêmes. En effet, comme nous sommes avides de merveilleux, nous en avons rajouté. Nous  sommes allés le  chercher dans un autre  Évangile, celui de Luc dont l'intention n'est pas la même. Nous lui avons emprunté les anges pour mettre du mouvement dans le ciel et les bergers  pour créer de l’agitation sur terre. Mais en agissant ainsi nous avons gommé une grande    partie du message que Matthieu voulait nous faire partager.

Le récit de l’Évangile de Matthieu nous parle  seulement des Mages qui découvrent que Dieu se fait présent dans un monde de  désolation. Il  campe son récit  dans un décor qui a pour toile de fond  la même atmosphère que celle où notre société évolue. C'est un massacre d'enfants innocents,  c'est aussi l'histoire de pauvres gens  qui quittent leur pays et s’exilent à l'étranger pour avoir la vie sauve. Raconté ainsi, le récit prend une singulière actualité pour nous dire que Dieu joue un rôle dans les drames de la vie, mais il ne joue pas le rôle du « dieu faiseur de miracles » »  où on a pris l’habitude de l’enfermer. En présentant ainsi son récit, l’Évangile   devance  les questions qui sont déjà sur nos lèvres et qu'on exprime  généralement pour justifier notre manque de foi: «  Si Dieu existait, le monde  évoluerait avec raison, il n’y aurait pas tant de guerres,  pas de persécutions, pas de famines, pas de massacre d’innocents ». Pour en rajouter une couche, nous  ne pouvons  nous empêcher d'imaginer que  cette histoire  se situe  en hiver par le froid et de la neige.
Ainsi, ni les éléments météorologiques, ni le mauvais comportement des humains, ni tous les éléments discordants que l'on peut imaginer n’entravent  la marche de Dieu dans sa révélation au cœur des hommes.

Rejoignons maintenant les Mages que l’histoire nous a  présentés comme des savants cherchant les mystères de Dieu dans les étoiles. Nous les retrouverions sans doute  aujourd’hui sous les traits de  savants modernes.  A force de calculs subtiles  et d’observations minutieuses, ils auraient sans doute  découvert que la question de Dieu venait sans doute troubler leurs équations. Ils se seraient rendu compte que Dieu ne serait pas seulement celui que l’on vénère dans les temples. On découvrirait qu’il  n’avait pas besoin  d’un clergé à son service pour exister, mais que l’on trouvait sa trace  dans les hypothèses de travail que certains hommes de science formulent à partir de leurs équations. 

Imaginons alors  que l’on convoque une conférence internationale sur la question. C’est alors que ceux qui exercent le pouvoir  pourraient s’inquiéter. Ils enverraient des observateurs, et chercheraient peut-être  à brouiller les cartes, à l’instar d’Hérode qui considéra que son pouvoir humain était mis en cause  par les allégations des mages selon lesquels Dieu dirigerait l’histoire des hommes et qu’il contesterait  l’ordre de la succession monarchique pour que les choses aillent mieux.  Les savants du récit biblique,  étaient  convaincus que Dieu intervenait dans l’histoire des hommes et qu'il se reconnaissait le droit de remettre en cause  les  gens au pouvoir. Il  invitait les hommes à agir selon ce qu’il leur  était donné de comprendre de la volonté divine.. Nos dirigeants sont-ils conscients du fait que  Dieu  malgré le droit des urnes se permet d’être d’un autre avis ?

 En abordant ce problème nous sautons à pieds joints dans nos problèmes contemporains concernant l'écologie et l'avenir de la planète. Les savants certes peuvent discuter à n’en plus finir sur l’existence d’un esprit supérieur qui serait ou ne serait pas à l’origine du big-bang. Cela ne troublerait personne. Mais ce qui serait gênant   c’est que,  identifiant Dieu avec le principe de vie sur la planète, ils découvraient, qu’à court terme, tout le système de gestion du monde était à revoir. Cela n’empêcherait pas   les gens au pouvoir de faire comme Hérode et de chercher  à remettre cause les déductions des savants, à contourner leurs conclusions et à faire  comme si personne ne les avait avertis du fait que Dieu ne cautionnait pas leur  manière de gérer le monde.

Il n’est pas difficile de voir que les déductions  que font souvent les hommes de science s’harmonisent avec ce que tout un chacun  peut lire dans les Évangiles. Dieu, auquel on n’a plus l’habitude de croire  dans ce monde moderne,  avait déjà mis dans la bouche de Jésus, et des prophètes avant lui, des paroles qui auraient pu apporter des réponses aux défis que les savants découvrent par leurs analyses souvent  alarmistes   et que les hommes  au  pouvoir ne semblent toujours  pas disposés à entendre. Il s’agit de partage équitable,   de richesses à mettre en commun et d’une autre façon de gérer  les produits de la terre et ceux de la mer.

On peut certainement imaginer Dieu de différentes façons, mais  pour les Mages, Dieu s’intéressait à la  vie ce cet enfant, comme il s'intéresse à toute vie et   qu’il fallait la préserver à tout prix. Il est merveilleux et banal tout à la fois de réaliser  que Dieu mobilisait tant de gens de  génie  pour que cet enfant puisse vivre. L' esprit de Dieu habitait les mages, il a inspiré Joseph qui a organisé  la fuite en Égypte, et Marie qui l’a suivi, et peut être a-t-il donné un supplément d’énergie à  l’âne qui les a portés. Mais Dieu n’en a pas fait plus, parce que c’est  aux hommes de faire le reste. Et si parfois  les événements tournent  mal, ce n’est pas à Dieu qu’il faut s’en prendre mais aux hommes qui n’ont pas su se mettre à l’écoute de Dieu.

Ce qui ressort de cette histoire, c’est qu’il dépend des humains  que la  volonté  de Dieu devienne manifeste. C’est lui qui met en nous le vouloir et le faire, c’est lui qui  inspire aux hommes la fraternité, le partage et l’espérance qui sont les seuls outils qu’il met à notre disposition pour que la vie dont il est porteur subsiste sur cette terre. On peut ainsi dire que Dieu  vient visiter le génie humain  pour que les valeurs qu’il a déposées en lui s’emparent du monde et que les hommes comprennent que Dieu est en eux, qu’ils sont stimulés par lui et ouverts par lui à l’ espérance qui seule est porteuse de l’avenir.

vendredi 11 décembre 2015

Luc : 40-52, Jésus à 12 ans dans le temple dimanche 27 décembre 2015




Luc 2 :40-52 Jésus et les docteurs du Temple Dimanche 27 décembre 2015


40 Or l'enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

41 Ses parents allaient chaque année à Jérusalem, pour la fête de la Pâque.
42 Lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent selon la coutume de la fête. 43 Puis, quand les jours furent achevés et qu'ils s'en retournèrent, l'enfant Jésus resta à Jérusalem, mais ses parents ne s'en aperçurent pas. 44 Pensant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin et le cherchèrent parmi les gens de leur parenté et leurs connaissances. 45 Mais ils ne le trouvèrent pas et retournèrent à Jérusalem en le cherchant. 46 Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, les écoutant et les interrogeant. 47 Tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. 48 Quand ils le virent, ils furent ébahis ; sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ! 49 Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que j'ai à faire chez mon Père ? 50 Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. 51 Puis il descendit avec eux à Nazareth ; il leur était soumis. Sa mère retenait toutes ces choses.
52 Et Jésus progressait en sagesse, en stature et en grâce auprès de Dieu et des humains.



Nous ne savons rien de la jeunesse de Jésus si non qu’un jour au cours du pèlerinage traditionnel de la Pâques il s’est attardé dans les écoles rabbiniques  sous les portiques du temple et  qu’il a raté  le départ de la caravane. Erreur qui aurait  pu lui être  fatale car les routes sont dangereuses sur le chemin du retour pour un enfant seul, mais son père et sa mère veillaient.

Si nous faisons abstraction du fait que cette aventure est arrivée à Jésus et que nous imaginions qu’elle ait pu arriver à n’importe quel gamin qui ne serait pas Jésus, nous aurions certainement un autre regard sur l’événement. Au lieu de regarder la chose avec un a priori favorable, comme nous le faisons, puisqu’il concerne Jésus, nous le verrions sous un autre regard. Les parents d’un tel gamin se poseraient des tas de questions et chercheraient ce que cette attitude pourrait bien signifier :


Une fugue? un acte d’insoumission, un désir d’indépendance, une révolte contre son père et  sa mère ou pire une forme de délire mystique poussé à son paroxysme qui rendrait les parents encore plus inquiets. Mais puisqu’il s’agit de Jésus, tout va bien!

Je retiendrais pour ma part une première leçon de ce texte : Jésus a manqué le départ de la caravane qui devait le ramener  à son village, le lieu où il vit normalement entre son père et sa mère, où il apprend un métier et où plus tard il sera un artisan respecté et à n’en pas douter un notable. En manquant le départ, c’est à tout cela qu’il semble tourner le dos. Le chemin  qu’il doit suivre pour accomplir sa propre vie ne semble pas être celui qui paraît  évident  pour les autres. Il  le rate volontairement car les affaires de son Père le retiennent ailleurs dit-il. Il faut entendre par là que le service de Dieu prend priorité dans sa vie par rapport à l’ordre social normalement établi.

Je ne peux cependant m’empêcher de partager l’inquiétude de ses parents et de tous les parents qui n’ont qu’un souci: celui que leur enfant prenne le bon départ, qu’il parte d’un bon pied dans la vie, et qu’il suive la caravane de son existence qui devrait l’amener sans encombre à sa vie d’adulte. C’est sans nul  doute  ce raisonnement  que nous faisons tous pour nos enfants. Quant à Jésus, il ne veut pas entrer dans l’ordre établi. Ce n’est certainement pas le système éducatif de son temps qu’il conteste mais c’est la vision de ses parents concernant l’avenir. Quel avenir pour leur enfant et pour eux? Et à cette question  que ne manquent pas de se poser les parents de Jésus fait écho la même question que nous nous posons à notre tour : Quel avenir pour nos enfants et pour nous-mêmes. Quels souhaits formuler en cette aube de 2016?

C’est cette question qui va alimenter notre méditation, et nous allons garder cet épisode de la vie de Jésus comme support à  notre réflexion. Nous entrons dans une nouvelle année avec une quantité de questionnements sur l’avenir,  sur l’humanité en danger qui subit les fantaisies d’une planète qui se réchauffe, sur nous-mêmes et sur nos enfants, sur l’Église également dont nous ne cernons plus très clairement les contours.  Nous nous demandons, nous les chrétiens fidèles, s’il peut-il y avoir un avenir sans l’Église, sans les Églises, sans l’Eglise unie, sans nos pasteurs, sans nos fidèles. Nous nous inquiétons  à cause de  ces courants religieux nouveaux qui reprennent des mythes anciens et qui  nous bousculent  par leur dynamisme.  Ont-ils une part de vérité? Nous nous inquiétons car un petit nombres d'enfants et de jeunes vivant sur notre sol sont fascinés par la mort, par le désir de tuer les mécréants et de mourir avec eux.

Nous osons à peine formuler ces questions aujourd’hui, car nous ne leur trouvons aucune réponse logique.  Le monde nous déroute et nos enfants aussi. Leurs comportements mais surtout leurs pensées et leurs projets nous donnent à redouter qu’ils aient raté le départ de la caravane dans laquelle nous étions engagés avec eux. Les parents de Jésus ont du quitter la caravane pour venir rejoindre leur fils. Nous aurions tous fait la même démarche !  Marie et Joseph quittent leurs compagnons de route et retournent seuls, par des chemins dangereux à la recherche du gamin et le retrouvent. Même s’ils ne comprennent pas  ce qui s’est passé, ils osent croire cependant que ce n’est pas si grave. Dieu les a conduits  à travers les dangers  et ils ont retrouvé le chemin de leur maison. Ils ont compris que  leurs fils a choisi d’autres voies que celles qu’ils avaient prévues.

Dans ce passage en compagnie de Jésus nous avons rejoint la modernité de ce temps et le quotidien de beaucoup d’entre nous. Nous nous inquiétons ce matin sur le devenir de nos enfants et sur l’avenir du monde et nous nous interrogeons sur  la pertinence de nos comportements. Nous découvrons  que les sécurités que le monde moderne nous propose ne sont pas forcément porteuses d’avenir. Les constructions humaines ne sont pas porteuses de ce que sera demain. On continue à dire  aujourd’hui que nous construisons la société de demain, mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est quelles sont les valeurs  déterminantes  d’aujourd’hui qui décideront  d’une société vivable pour les générations futures. Il est notoire  que les urbanistes et les sociologues d’hier n’ont pas su prévoir ce qui nous menace aujourd’hui. Ils  n’ont pas su corriger ce qui nous mettrait en péril.  On a négligé, dans le système qui prévaut aujourd’hui, que  c’est l’intérêt du prochain qui doit avoir priorité sur tout.

Puisque les hommes n’ont pas su gérer les choses, il n’est pas inconvenant de  s’interroger pour savoir si Dieu n’a pas quelque chose à nous dire, c’est pourquoi nous rejoignons Jésus au temple pour considérer ce qui se passe avec les vénérables maîtres de la Loi sous le portique de Salomon.

Nous découvrons que c’est Jésus qui mène le jeu des questions et des réponses et que ce sont eux qui sont étonnés.  Il me semble que par sa manière de les interroger ou de leur  répondre, Jésus les amène à découvrir que leur science biblique et théologique ne contient pas toutes les réponses et toutes les questions que Dieu pourtant avait révélées de longue date. La  pratique de la religion  et le respect de la loi elle-même  doivent céder le pas et laisser la priorité   au souci du prochain. Ce sera le fondement de l’enseignement que Jésus développera  quand il deviendra adulte. C’est pourtant  ce qui a largement été  oublié dans la construction du monde actuel.
 
Ce qui fascine les maîtres de la Loi, c’est l’intelligence avec laquelle Jésus répond à leurs questions. L’intelligence dans l’Écriture n’est pas seulement d’ordre intellectuel, elle est aussi d’ordre spirituel. Il s’agit de l’action conjuguée de notre capacité à réfléchir et de l’Esprit de Dieu qui travaille en nous. Jésus ne nous enseigne pas à chercher des réponses toutes faites ou prédéterminées par Dieu, car Dieu nous laisse la liberté de construire le monde de demain. Il nous a donné une  seule feuille  de route que les hommes  connaissent  fort bien et qu’ils négligent beaucoup, c’est le respect que l’on doit au plus faible. C’est en le mettant en pratique que le monde évoluera heureusement.

Bien qu’il soit de notre responsabilité de  construire l’avenir,  cela  ne peut se faire sans Dieu, car c’est lui qui nous donne l’intelligence des choses et le discernement. Dieu agit en nous pour nous aider à formuler des réponses toujours nouvelles à nos questionnements. Dieu nous inspire pour que le monde évolue dans le sens de l’intérêt de tous et  il nous résiste,  sans nous contraindre si nos pas ne vont pas dans le bon sens.

Jésus, déjà tout plein de la connaissance que Dieu a mis en lui, quitte la caravane du conformisme social. Il enseigne sans doute les vénérables maîtres à le faire aussi. Ils s’émerveillent, mais ils ne vont pas changer. Semblable aux sages d’Israël, les Églises d'aujourd'hui et la société où elles sont connaissent les impératifs que leur impose l’avenir, mais elles ne veulent abandonner ni leur confort, ni leurs avantages ni leurs privilèges !

Ceux qui jadis ont construit le monde d’aujourd’hui ont fait l’économie de Dieu, et nous en voyons les effets. Nous qui sommes  les constructeurs du monde de demain, nous sommes invités à le construire avec intelligence, c’est à dire en sachant que Dieu nous fait l’honneur  de nous inspirer pour l’inventer. Les projets de demain ne sont pas cachés dans les pages de la Bible ou de quelque Livre sacré, les projets de demain seront porteurs de l’avenir dans la mesure où avec intelligence nous discernerons dans quel sens le souffle de l’esprit nous emporte.

Il est donc opportun de ne pas se sentir obligé de suivre la caravane de l’ordre établi. Il nous faut  formuler  autrement les règles de notre évolution en y introduisant des  valeurs nouvelles qui seront faites d’amour et d’espérance. Le monde de demain n’a d’avenir qu’avec Dieu et Dieu ne travaille qu’avec les hommes de bonne volonté. Que celui qui a de l’intelligence essaye de comprendre !