jeudi 16 juillet 2015

Marc 7:1-23 les choix de vie qu coûtent dimanche 30 août 2015




Ce sermon a  déjà été publié le 2 septembre 2012

7 1 Les Pharisiens et quelques maîtres de la loi venus de Jérusalem s'assemblèrent autour de Jésus. 2 Ils remarquèrent que certains de ses disciples prenaient leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire sans les avoir lavées selon la coutume. 3 En effet, les Pharisiens et tous les autres Juifs respectent les règles transmises par leurs ancêtres : ils ne mangent pas sans s'être lavé les mains avec soin b 4 et quand ils reviennent du marché, ils ne mangent pas avant de s'être purifiés. Ils respectent beaucoup d'autres règles traditionnelles, telles que la bonne manière de laver les coupes, les pots, les marmites de cuivre [et les lits] c .

5 Les Pharisiens et les maîtres de la loi demandèrent donc à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas les règles transmises par nos ancêtres, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? » 6 Jésus leur répondit : « Ésaïe avait bien raison lorsqu'il prophétisait à votre sujet ! Vous êtes des hypocrites, ainsi qu'il l'écrivait :
«Ce peuple, dit Dieu, m'honore en paroles, mais de cœur il est loin de moi.
7 Le culte que ces gens me rendent est sans valeur car les doctrines qu'ils enseignent
ne sont que des prescriptions humaines.»
8 Vous laissez de côté les commandements de Dieu, dit Jésus, pour respecter les règles transmises par les hommes. »
9 Puis il ajouta : « Vous savez fort bien rejeter le commandement de Dieu pour vous en tenir à votre propre tradition ! 10 Moïse a dit en effet : «Respecte ton père et ta mère», et aussi «Celui qui maudit son père ou sa mère doit être mis à mort e .» 11 Mais vous, vous enseignez que si un homme déclare à son père ou à sa mère : «Ce que je pourrais te donner pour t'aider est Corban  f » — c'est-à-dire «offrande réservée à Dieu» —, 12 il n'a plus besoin de rien faire pour son père ou sa mère, vous le lui permettez. 13 De cette façon, vous annulez l'exigence de la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup d'autres choses semblables. »

14 Puis Jésus appela de nouveau la foule et dit : « Écoutez-moi, vous tous, et comprenez ceci : 15 Rien de ce qui entre du dehors en l'homme ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le rend impur.

17 Quand Jésus eut quitté la foule et fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent le sens de cette image. 18 Et il leur dit : « Êtes-vous donc, vous aussi, sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui entre du dehors en l'homme ne peut le rendre impur, 19 car cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, et sort ensuite de son corps ? » Par ces paroles, Jésus déclarait donc que tous les aliments peuvent être mangés h . 20 Et il dit encore : « C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. 21 Car c'est du dedans, du cœur de l'homme, que viennent les mauvaises pensées qui le poussent à vivre dans l'immoralité, à voler, tuer, 22 commettre l'adultère, vouloir ce qui est aux autres, agir méchamment, tromper, vivre dans le désordre, être jaloux, dire du mal des autres, être orgueilleux et insensé. 23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans de l'homme et le rendent impur. »

On nous a élevé dans le sentiment que nous avons une part de responsabilité  dans la plupart des maux qui nous accablent, si bien que nous ressentons comme  un sentiment de culpabilité qui pèse sur nous sans que nous en sachions l’origine. Qui pourra aider l’homme à se libérer de cet environnement culpabilisant où il se trouve ? La tradition chrétienne fait remonter ce sentiment  aux origines des Ecritures quand Adam et Eve tentés par le serpent se mirent d’accord pour tromper Dieu et consommer une pomme restée célèbre.  Depuis la tradition en a rajouté, la Réforme en a remis une couche, si bien que cet univers de la faute continue à peser sur nous.

 Devant un incident quel qu’il soit, notre premier réflexe est souvent de dire : «  ce n’est pas moi qui l’ait fait ou ce n’est pas de ma faute ». Le texte  de ce jour nous provoque justement sur cette question, et c’est Jésus qui semble avoir tort. "Ce n'est pas ce qui entre en l'homme qui le rend impur, c'est ce qui en sort." Le débat s'ouvrit sur la nécessité religieuse du temps de Jésus de se laver les mains avant le repas." En effet, qui osera dire aujourd’hui à un enfant  de ne pas se laver les mains avant de passer à table ? Les lois de la tradition juive étaient certainement bonnes sur le plan de l’hygiène, mais on en   avait fait des règles de morale selon laquelle, on offensait Dieu si on ne se lavait pas les mains avant de manger. Jésus en essayant de corriger le mauvais usage moral de cet enseignement, nous met mal à l’aise et il affirme  que ce n’est pas un péché que de manquer aux règles élémentaires de l’hygiène. En ce sens il a raison.

Ce qui met Jésus en porte à faux dans cette histoire, c’est que nous savons que les microbes viennent de l’extérieur de nous et font entrer en nous les germes des maladies qui pourraient causer notre mort, si bien que l’on a du mal à entendre cet enseignement  de Jésus  qui affirme que  rien de ce qui vient de l’extérieur ne peut souiller l’homme, et que c’est ce qui est à l’intérieur de lui qui le rend impur.  Il va donc nous  falloir  solliciter notre intelligence pour bien comprendre les choses.

Tout le monde sait  que les microbes s’introduisent en nous par des mains mal lavées et que l’hygiène nous protège contre les maladies. Cela ne peut aujourd’hui être mis en cause par personne. Jésus dans le contexte actuel n’aurait pas pu dire les choses comme il les a dites car il ne pouvait  pas savoir la nocivité des microbes. On ne peut donc pas dire, comme je l’ai fait, que Jésus avait  tort. Pourtant il avait raison de dire que c’est au fond de notre cœur que naissent toutes sortes de sentiments  mauvais tels les sentiments de jalousie et de rivalité. Sur ce point il avait raison. C’est au fond de notre être que l’arrogance et l’instinct de domination prennent naissance. C’est en suivant nos instincts, bien cachés au fond de nous-mêmes que nous pourrissons la vie des autres, et Jésus cherche à nous en préserver.

Nous sommes donc cernés par deux causes de mal : la première c’est celle qui nous vient de la nature et qui fait pénétrer en nous toutes sortes de pollutions. La tradition juive l’avait fort bien repéré, sans en savoir les causes profondes. L’autre cause de mal qui pèse sur nous est portée par  nos sentiments  intérieurs qui décident de nos attitudes hostiles à l’égard d’autrui. Nous n’avons pas évidemment à choisir entre  les deux. Jésus suggère cependant que la source du mal la plus nocive n’est pas celle que l’on croit.

Bien entendu, nous savons que la nature porte en elle toutes sortes de causes qui pourraient entraîner notre mort, pourtant au cours des siècles l’humanité a  su éradiquer la plupart des causes de mort qui avaient la nature pour origine tels la peste, le choléra, la tuberculose. Pour la malaria ont tend à y remédier en  assainissant les marais  et les lieux pollués, mais la tâche est immense..  La médecine se charge de  faire  le reste. La nature serait donc innocente et la nocivité qui était en elle n’avait rien à voir avec Dieu. Jésus avait donc raison.

Mais, aujourd’hui, la nature est redevenue nocive. C’est de la pollution d’origine  humaine qu’elle souffre. Elle porte en elle les marques  du péché des hommes. Ce sont la pollution à l’amiante, les  gaz à effet de serre, les  manipulations génétiques  qu’il faut dénoncer et qui sont cause de nouvelles maladies que la cupidité humaine a répandues en abondance. 

Ainsi, si  la première cause  de nuisance pour l’homme qui semblait venir de la nature  a été éradiquée et si la nature aujourd’hui est à nouveau cause de nuisance pour l’homme, c’est l’homme lui-même  qui en est responsable. Si  Jésus semblait avoir  tort sur la critique de l’hygiène, la vie moderne lui donne à nouveau tort.  Le cœur de l’homme,  porteur de tant de nuisance a finalement  réussi à s’emparer de  la nature et à  la rendre  nocive pour l’homme sans que le manque d'hygiène soit en cause.

Comment se fait-il que l’homme malgré sa grande intelligence ne se soit pas aperçu du problème et n’ait pas évité de tomber dans son propre piège ? Naturellement  nous trouverons  toujours une réponse qui nous déculpabilisera personnellement  car aucun d’entre nous, n’est directement en cause, ce qui sera une bonne excuse.  Si ce n’est pas de notre faute, ce serait donc la faute la nature incapable de s’adapter aux conditions que la vie moderne nous impose La culpabilité en incomberait donc à Dieu  qui aurait créé  les choses ainsi. Nous rejetterions ainsi facilement  notre propre responsabilité sur Dieu. C’est l’argument qu’Adam a utilisé dans le jardin d'Eden. C'est ce même argument qu'utilisent les adolescents par exemple  quand ils reprochent à leurs parents de les avoir fait comme ils sont et de  les avoir éduqués comme cela.

Mais ces arguments tiennent mal.  Dieu se refuse à endosser les responsabilités qui sont les nôtres. S’il  a déposé quelque chose en nous, c’est la liberté que nous avons de choisir le bon ou le mauvais chemin  et  d’agir de telle sorte que les hommes profitent du bon côté de nos actions. C’est  donc notre liberté  qui nous amène à choisir  ce qui nous avantage personnellement au détriment de ce qui pourrait être utile à la collectivité et nous sommes les seuls à être responsables de ce déséquilibre injuste.

Il nous faut maintenant entendre la voix de Dieu relayée par l’enseignement de Jésus qui nous dit que la seule manière de participer à une évolution harmonieuse de la société et de la nature c’est d’agir de telle sorte que le mal perde du terrain. Il s’agit de dominer les instincts qui visent à nous favoriser personnellement au détriment des  autres.

C’est simple, et pourtant ça ne marche pas. Pour y arriver, il faut que l’Esprit qui agissait en Jésus nous travaille  de l’intérieur et nous révèle tous les aspects pervers de notre cœur afin que nous changions d’attitude et que l’amour du prochain prenne  lentement le pas sur  notre égoïsme.

Dieu ne nous laisse pas démunis face à cette situation, il met tout en œuvre  pour que nous valorisions ce principe d’altruisme   qui nous permettra de changer le cours des choses. Il a fait de nous des êtres inventifs et intelligents capables de réaliser des  systèmes performants  pour  remédier à toutes  les situations   où l’humanité aurait à souffrir d’événements hostiles. Jésus  savait que cela était possible, c’est ainsi qu’il envisageait   de construire ce qu’il appelait son  Royaume.

Si malgré nos efforts, nous manquons notre objectif, et si le but visé n’est pas atteint, si des éléments que nous ne sommes pas arrivés à contrôler se sont mis en travers et  ont fait échouer nos  projets, c’est que quelque part, nous avons  cédé à la facilité et  que nous nous sommes laissés séduire par les avantages personnels qui nous ont amenés à léser l’intérêt de notre prochain. 

Si nous avons manqué la cible, c’est que nous  avons succombé au péché. Le péché  consiste à manquer notre objectif parce que nous avons regardé ailleurs que le but recherché. La définition même du péché c’est justement  de manquer la cible.

Le but de notre vie, tel que l’intimité avec Dieu nous la fait découvrir  est d’améliorer la vie de nos semblables. Le résultat est atteint  quand  une telle réalité est constatée par ceux qui vivent autour de nous et qui reconnaissent que Dieu nous habite.  Cela devrait leur donner envie de nous imiter  et de mettre toute leur énergie à écouter la voix de Dieu qui résonne aussi en eux pour les inviter à mettre en pratique ce qu’ils entendent de lui.

Tout cela exige que nous fassions un effort sur nous-mêmes pour que les principes d’altruisme prennent le pas sur les autres. Dieu nous a révélé ces principes, Jésus les a mis en pratique  et il en est mort. S’il nous laisse maintenant son Esprit pour nous stimuler, il ne nous épargne pas les efforts nécessaires pour arriver au succès. Nous trouvons  les encouragements de Dieu dans la prière, elle nous permet d’avancer, mais elle ne nous dispense  pas de l’effort nécessaire pour y arriver.

Illustrations : Evocation de la passion à l’Eglise de  Castellu du Rustinu ( Corse)

J’ai choisi de faire du tourisme artistique en proposant pour illustration, cette évocation de la passion, tant il est vrai que rien ne peut se faire si nous ne gardons à l'esprit l’œuvre  accomplie par Jésus qui a choisi le chemin difficile de la mort pour révéler la volonté du Père pour chacun de nous

mardi 14 juillet 2015

Jean 6:60-69 : tu as les paroles de la vie éternelle - dimanche 23 août 2015



Jean 6 :60-69 



60 Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : Cette parole est dure ; qui peut l'entendre ? 61 Jésus, sachant que ses disciples maugréaient à ce sujet, leur dit : Est-ce là pour vous une cause de chute ? 62 Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter où il était auparavant ? 63 C'est l'Esprit qui fait vivre. La chair ne sert de rien. Les paroles que, moi, je vous ai dites sont Esprit et sont vie. 64 Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas. Car Jésus savait depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. 65 Et il disait : C'est pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. 

66 Dès lors, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent ; ils ne marchaient plus avec lui.
67 Jésus dit donc aux Douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? 68Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. 69 Nous, nous sommes convaincus, nous savons que c'est toi qui es le Saint de Dieu.

Tel le petit Poucet perdu au milieu de l’immense forêt, cherchant son chemin qui le ramènera à la chaumière paternelle, le petit être humain que nous sommes cherche avec des  moyens tout aussi dérisoires que des petits cailloux blancs, les secrets de la vie, car il est curieux de tout.  Et que fera-t-il quand il les aura trouvés ? Il songera à   aller encore plus avant dans  ses recherches en espérant trouver le moyen de ne plus mourir. Mais une telle découverte amènerait la fin de la reproduction des humains entre eux, si non la planète serait vite saturée et du même coup l’humanité disparaîtrait.  Accroché à sa petite planète,  boule  de terre insignifiante dans l’immensité des galaxies, le petit homme,  bourré de prétention,  se croit vocation d’éclairer  le monde !  «  Seigneur, a qui irions-nous, c’est toi  qui a les clés de la vie éternelle. »

Pour le moment la science et la philosophie apparaissent encore comme des moyens dérisoires pour trouver les secrets de la vie, même si depuis peu on a réussi à accrocher  par des pieds encore trop fragiles le petit robot Philae largué par la sonde Rosetta sur un morceau de caillou à des centaines de millions de kilomètres d’ici. On espère ainsi arracher à la comète sur laquelle il est posé une partie des secrets de la vie. Qu'en sera-t-il dans les mois qui viennent, nul ne le sait. Cependant, pour le croyant, ce secret ne semble appartenir qu’à Dieu. Si l’intelligence qu’il a mise en l’homme ne lui permet pas de le découvrir par des techniques qu’il croit appropriées,  peut-être que la foi l’y aidera.

En sondant les Ecritures, apportera-t-on sur l’origine de la vie un autre regard que celui que les savants  espèrent  extorquer à Philae. Nous allons nous aventurer dans cette entreprise avec pour seul bagage celui que tout un chacun possède et qu'il a acquis dans ses études, sans aucune spécialité  spécifique. Nous nous contenterons de cette  interpellation de Pierre à l’adresse de Jésus.  « A qui d’autre irions-nous, toi seul  a les paroles de la vie »

Nous savons très bien comment se propage la vie. Une cellule se divise en deux pour former une autre cellule semblable à elle-même, puis le processus continue jusqu’à ce qu’un être vivant s’anime. Ce processus est le même pour les végétaux et le animaux. Quand ça se passe autrement, c’est la mort qui intervient à plus ou moins long terme. Ainsi le processus de vie s’initie par le partage,  puisque les cellules doivent se partager entre elles pour que la vie trouve son chemin. C’est en se servant de cette notion de  partage que Jésus va élaborer le  principe de vie qu’il attribue à Dieu.

Quand les hommes s’entraident et partage entre eux tout ce qu’ils possèdent, ils mettent en application ce que Dieu  souhaite pour que leur communauté évolue en  harmonie. Ce principe de partage quand il est un peu plus  élaboré et un peu plus raffiné s’appelle l’amour. L’amour consiste à agir de telle sorte que les autres aillent mieux. Mais plus on croit évoluer, plus on croit contrôler notre système de vie, plus on obéit à un autre principe. Il s’agit  de celui que l’on prétend  être « la loi de la nature». En vertu de la quelle, pour se maintenir en vie, le plus fort doit dominer le plus faible et se nourrir de sa substance. Il y a donc ici deux principes qui s’affrontent et qui prétendent être l’un et l’autre nécessaires pour la propagation de la vie.

Si nous cherchons dans  les Ecritures à aller plus loin nous ne trouverons pas de principe philosophique et encore moins de définition scientifique pour éclairer notre propos, mais nous trouverons seulement des histoires  qui nous amèneront à réfléchir. Nous en prendrons deux  que beaucoup d’entre vous connaissent: celle de Ruth et de Naomi et celle de Sarah et d’Abraham.

L’histoire de Ruth et de Naomi est celle de deux femmes vivant en terre païenne. L’une est jeune et l’autre  vieille. La plus vieille est veuve et étrangère,  elle n’a pas d’autre solution pour survivre  que de retourner dans son pays pour s’offrir, à un parent de son défunt mari  selon la loi en  vigueur en terre d’Israël, son pays d’origine.  L’autre la plus jeune est autochtone, elle est veuve du fils de la précédente. Pas d’autre solution s’offre à elle que de retourner chez son  Père et de se donner à qui voudra bien la prendre. La plus jeune, après avoir exprimé son attachement à sa belle-mère lui promet de rester avec elle  et de  partager le même destin. Toutes deux donc  défient  la coutume et  retournent ensemble en terre d’Israël.  Vous connaissez la suite, leur projet aboutit au-delà de leur espérance et le succès décida de l’origine de la famille de David le grand  roi. Fidélité et amour sont à l’origine de la dynastie royale et de l’avenir d’Israël. Telle est la leçon qu’il faut retenir de ce passage.

A l’origine d’Israël, il y a une autre histoire dont la conclusion est semblable à l’histoire précédente. C’est celle de Sarah et d’Abraham. La belle Sarah, épouse bien aimée d’Abraham est  stérile. Pas d’avenir donc  pour le clan. Malgré tous les artifices pour qu’elle puisse devenir mère, rien n’y fait. Résigné à ce que la tribu s’effondre sans héritier, Abraham reste fidèle à son amour et n’envisage aucunement de se séparer de sa femme. Son  amour fidèle fut fécond. Telle est l’origine d’Israël. Les deux histoires nous racontent que l’amour et la fidélité sont porteurs de vie et que c’est sur ce fondement que toute l’histoire sainte fut construite.

Derrière ces histoires, il est dit que  c’est dans leurs conclusions  que Dieu se révèle et que la vie peut se propager grâce à l’amour des humains entre eux. Dieu se fait le partenaire de ces histoires.

Depuis le temps que nous les lisons, les commentons et les interprétons, nous renâclons à les mettre en pratique. Nous préférons voir dans ces récits des événements exceptionnels qui n’ont pas force de loi, même si on nous dit que Dieu nous pousse dans cette direction.

Nous préférons utiliser les arguments selon lesquels les succès de la vie sont liés à l’acceptation  du droit du plus fort. C’est à partir de ce droit qui donne priorité à la force et à la domination sur l’autre que s’est écrite l’histoire de l’humanité. Ainsi Neandertal a-t-il été dominé puis éliminé par Cro-Magnon et l’Homo sapiens qui lui a succédé  subira-t-il de la même façon la domination de  ses successeurs pour disparaître à son tour ?  Tout semble devoir aller dans ce sens, à moins que l’on découvre enfin,  que ce que l’Écriture présente comme une série de récits  légendaires contient la clé de l’énigme pour penser  l’avenir.  La vision d’un avenir heureux est donc inscrite dans la conception du  partage et  de l’amour entre les hommes sous peine de disparaître à notre tour pour ne pas l’avoir compris.

Ceux qui se réclament de l’Écriture et la lisent   avec attention, sont-ils enfin  à même de révéler au monde les secrets de la vie ? A part le Pape François qui semble l’avoir compris, les autres églises vont-elles suivre  cette voie qui révèle le secret de Dieu aux hommes.  Jésus y a laissé sa vie pour en avoir révélé l’évidence. La suite, aujourd’hui nous appartient.

Lire aussi : Ruth 1/15-17 et Genèse 21/1-7

dimanche 12 juillet 2015

Jean 6:51-58 dimanche - le pain descendu du ciel - 16 août 2015


Jean 6: 51-58 

51 C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde.
52 Les Juifs se querellaient entre eux ; ils disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?
53 Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas de vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. 57 Comme le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et comme moi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel. Il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra pour toujours.
Que nous faut-il aujourd’hui pour vivre ?  A une telle question l’homme moderne répond en formulant quelques sigles qui n’ont de valeur que pour cette génération. Il va parler de RSA ou de SMIG tout en sachant  que ces sigles n’expriment qu’un minimum que d’aucun juge insuffisant. Si on veut être plus précis, on dira encore que pour vivre normalement  il faut un logement décent, un emploi stable et une voiture capable de transporter  toute la famille, mais on dira peu de choses quant à la nourriture.  Dans l’antiquité on était plus prosaïque, c’est en pain que l’on estimait le revenu acceptable pour une famille normale. Il fallait avoir assez de pain chaque jour pour nourrir tous les membres de sa famille. Les critères ne sont plus les mêmes.
Ainsi la valeur du pain ne sera pas la même pour nos ancêtres de l’antiquité que  pour nous. Si pour nous, la notion de  pain a  une valeur symbolique, pour  eux elle avait une valeur vitale. Quand Jésus prononce le mot pain ce mot prend une résonance bien réelle. Aujourd’hui, il faut s’appuyer sur d’autres valeurs,  pour parler de niveau de vie, on est obligé de parler de RSA. Mais les termes utilisés dans l’antiquité étaient plus significatifs. Le mot pain était associé au mot vie. Cela signifiait que  la vie dépendait du  pain. Sans pain, on ne pouvait vivre. En s’identifiant au pain Jésus montre qu’il s’associe à la nécessité vitale de chacun.
Selon notre manière actuelle de voir les choses, quand on associe la notion de   pain, à celle de vie, nous avons tendance à spiritualiser les choses  et à  les associer au corps sacramentel de Jésus, si bien qu’en donnant au pain une valeur spirituelle il perd son sens  de nécessité vitale  immédiate pour prendre une valeur sacrée. Il   dépasse sa signification matérielle  pour devenir le pain de la cène. Il pend  alors une valeur toute spéciale,  si bien que les théologiens en ont déduit qu'il  n’était  pas destiné à tout le monde : on ne peut le donner ni aux enfants trop jeunes qui ne comprennent pas  encore,  ni aux non convertis, ni au non baptisés,  le pain du ciel devient une chose réservée aux initiés qui se réservent à leur tour le droit de le donner à qui leur paraît assez digne pour le manger. C’est ainsi qu’on passe à côté, de ce que Jésus avait l’intention de nous faire comprendre, car si le pain de vie est pour lui vraiment porteur de vie, il est destiné  à tout le monde  et il a une valeur immédiate afin que tous aient la même chance dans l’existence.
En  s’identifiant au pain comme il le fait, Jésus veut dire que Dieu est aussi présent et aussi nécessaire que la nourriture quotidienne. Dieu n’est pas une réalité mystique  qui nécessite une longue pratique ou un long enseignement  pour s’approcher de lui. Dieu est aussi facile à approcher  qu’un morceau de pain et  sa présence est aussi nécessaire à la vie que le plus modeste élément de nourriture.  C’est dans ce sens que Jésus espère être compris.  Chacun doit trouver en lui une  réalité qui pourra lui permettre de valoriser sa vie Nous avons à la fois besoin d’éléments matériels comme la nourriture pour vivre  et nous avons en même temps  besoin d’éléments spirituels comme la présence de Dieu.
Comme notre corps a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre, de même notre être spirituel a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre. Mais curieusement, nous ne semblons pas en être persuadés. Nos contemporains ont pour la plupart d’entre eux l’impression qu’ils se suffisent à eux-mêmes sur le plan spirituel.  Beaucoup estiment qu’il leur suffit de penser par eux-mêmes, ou de s’intéresser à l’art ou à la philosophie pour avoir une vie spirituelle. Ils estiment qu’ils sont eux-mêmes producteurs de leur nourriture spirituelle  et maîtres de leur propre salut, à supposer que dans ce contexte la notion de salut ait une valeur quelconque.
 Mais comme pour la nourriture matérielle,  l’homme ne peut se suffire à lui-même, il faut que sa vie spirituelle soit alimentée par quelque chose qui lui  vienne d’ailleurs, qui  lui soit extérieure. En raison de cette logique il paraît impossible d’avoir une vie spirituelle sans Dieu. 
En fait je ne pense pas que ça se passe ainsi !  Nous absorbons des nourritures matérielles pour vivre sans vraiment nous en rendre compte puisque, comme nous l’avons vu tout à l’heure, nos critères d’existence ne sont plus liés à la nourriture, mais plutôt au confort, de même la vie spirituelle se nourrit elle aussi  de tous les apports extérieurs dont elle a besoin, sans que nous prenions le temps de nous interroger sur leur origine.  Nous ne prenons pas le temps de repérer la présence de Dieu dans tout ce qui fait vibrer notre vie intérieure, pourtant, sans que nous nous en rendions compte, Dieu est présent en nous.
Il est donc nécessaire que nous marquions une pause pour réfléchir à la manière dont nous vivons. La  présence de Dieu ne devient vraiment efficace pour nous que si nous en prenons conscience. Il nous faut donc chercher à repérer les traces de Dieu dans notre vie, mais la plupart des hommes le cherchent dans l’irrationnel et dans le merveilleux.
 Aujourd'hui  se sont les courants religieux qui parlent d'irrationnel et qui recherchent le merveilleux qui ont la faveur des masses.  Cependant,  comme l’irrationnel et le merveilleux  nous échappent  et finissent bien souvent  par trouver une explication on finit par être déconnecté de la réalité  et   à douter de Dieu. 
Nous  demandons à Dieu  de se manifester dans des actions où nous ne croyons pas vraiment qu’il puisse agir. Nous voudrions qu’il intervienne sur la météo, qu'il supprime les sécheresse ou les inondations, qu’il supprime le mal et impose la justice, qu’il n’y aient plus de catastrophes naturelles, et qu'il n'y aient plus de guerres etc. En raisonnant ainsi,  nous n’entrons pas  dans la logique de Dieu.
 En effet, si nous pensons que Dieu est à l’origine du monde, pourquoi  changerait-il les modes de fonctionnement qu’il aurait mis lui-même en place ?  S’il en est ainsi, nos questions n’ont pas beaucoup de pertinence en face d’un Dieu que nous estimons tout puissant et créateur et auquel nous ne cesserions de contester les défauts de sa toute puissance et de lui demander de corriger continuellement  sa création.  Ce n’est pas non plus parce que la science n’apporte pas de réponses à nos questions qu’il faut en conclure à l’absence de Dieu !
Si ces préoccupations ne nous apportent pas de réponses, d’autres questions se posent alors à nous : Pourquoi éprouvons-nous  des émotions ?  Pourquoi l’amour ?  Pourquoi les passions ? Toutes aussi irrationnelles, ces sensations ne sont possibles que parce qu’elles nous viennent d’ailleurs.  Nous ne pouvons pas aimer sans un  vis à vis, car c’est bien de l’extérieur de nous mêmes que vient ce sentiment.  Le problème c’est que nous cherchons Dieu ailleurs que là où il se manifeste et que nous ne savons pas le repérer quand il agit au fond de nous-mêmes.
Si donc Dieu vient se manifester en nous et qu’il a un lien évident  avec nos émotions,  sans que nous ne nous en apercevions, s’il pilote les pulsions de vie qui font vibrer notre âme, s’il nourrit notre esprit sans que nous le sachions, qu’adviendra-t-il  de nous quand  nous le découvrions vraiment ? Quelle qualité de vie aurons-nous alors si nous découvrons que Dieu est à l’œuvre en nous ?
Face à un tel questionnement, Jésus nous apprend alors  qu’il suffit de regarder en nous-mêmes pour  voir Dieu agir. C’est alors que nous accepterons de savourer ce qui se passe dans notre existence, et que nous découvrirons  avec joie ce qu’il nous donne. Son esprit qui ne cesse de nous visiter deviendra vraiment  efficace en nous. Ainsi nourris par lui, nous nous surprendrons nous-mêmes à faire les actes que, en d’autres temps nous lui demanderions de faire, si bien que c’est nous qui  accomplirons  les miracles que nous attendions de lui pour croire !
 C’est parce que nous sommes habités par son esprit que nous devenons meilleurs, altruistes, généreux. Grâce à ces qualités  que Dieu améliore en nous par sa présence, le monde se met à évoluer d’une autre manière et l’on rencontre alors  des Mère Thérésa, des Henri Dunan des Albert Schweitzer, des Martin Luther King, des  Nelson Mandella qui chacun, là où il est,  transforme le monde et agit au cœur  de l’égoïsme des peuples  pour faire jaillir l’espérance.
Ce sermon  a déjà été publié le 19 août 2012

Les illustrations  sont de Bernard Frackoviak

samedi 11 juillet 2015

Jean 6:41-51 le pain spirituel et le pain matériel dimanche 9 août 2015



Jean 6 :41-51

41 Les Juifs maugréaient à son sujet, parce qu'il avait dit : C'est moi qui suis le pain descendu du ciel. 42 Ils disaient : N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous, nous connaissons le père et la mère ? Comment peut-il dire maintenant : « Je suis descendu du ciel ! »

43 Jésus leur répondit : Ne maugréez pas entre vous. 44 Personne ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et moi, je le relèverai au dernier jour. 45 Il est écrit dans les Prophètes : Ils seront tous instruits de Dieu. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. 46 Non pas que quelqu'un ait vu le Père, sinon celui qui est issu de Dieu ; lui a vu le Père.

47 Amen, amen, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle. 48 C'est moi qui suis le pain de la vie. 49 Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. 50 Le pain que voici, c'est celui qui descend du ciel, pour que celui qui en mange ne meure pas. 51 C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde.

Il y a des gens qui prétendent ne pas croire en Dieu. Il y en a d’autres qui affirment le contraire. Ces deux opinions  contradictoires ne sont pas forcément si éloignées l’une de l’autre, car elles répondent parfois à des convictions intérieures qui ne sont basées  que sur une simple impression personnelle. Pour les uns, ceux qui prétendent ne pas croire,  leur  opinion repose sur des expériences négatives où Dieu, selon eux,  n’aurait pas répondu à leur attente. Pour les autres, ceux qui affirment l’existence de Dieu, ils fondent  leur opinion  plutôt  sur un souhait que sur une expérience  intérieure véritable.  Pour d’autres leur conviction s’appuie seulement sur le fait que  l’idée du vide métaphysique leur est insupportable. Chacun étaye ses arguments sur ses constats personnels qui déterminent ses conclusions. 

Il y a trop d’injustices, trop de guerres, trop de famines pour légitimer une présence divine, prétendent  ceux qui ne croient pas,. Ceux qui sont d’un avis contraire  leur oppose  le fait que la foi ne se raisonne pas,  qu’il est irrationnel d’espérer, et pourtant qu’il y  a  des résonances en nous qui nous amènent à  adhérer à la réalité de Dieu.

Il est vrai que la contemplation de notre monde a quelque chose de déconcertant. Chacun essaye  de se rallier à un raisonnement  qui l’amène  à voir de la cohérence  dans sa situation personnelle et d’y inclure la présence de Dieu ou de la rejeter. Celui qui est né sous une bonne étoile dans un milieu favorisé et dans une famille sans problème prétendra  qu’il n’y est pour rien, qu’il bénéficie d’une grâce imméritée de Dieu dont il profite cependant. Il  est dans son bon droit s’il vit agréablement en consommant tout ce que son statut de privilégié lui permet, puisque c’est le hasard, ou la divine providence qui l’a voulu ainsi.

 A l’opposé celui qui est né sous une mauvaise étoile, dans un milieu défavorisé prétend qu’il est  aussi  dans  son bon droit de se plaindre, de penser que sa situation est injuste  et d’exiger  que la société se réorganise autrement. Il peut même en  appeler à la justice divine pour justifier  ses revendications. Pour l’un  comme  pour l’autre il est de son bon droite de revendiquer la situation qui est la sienne : accepter avec reconnaissance pour l’un, protester avec véhémence pour l’autre.  Il range Dieu, s’il croit en lui dans le camp des défenseurs de l’opinion qui est la sienne. 

Mais en quoi Dieu serait-il en cause  puisque c’est en son nom  que  certains justifient leurs privilèges et en son nom aussi que d’autres se croient invités  à la révolte. En attendant, les famines se poursuivent, les inondations  font des ravages, et la sécheresse continue à tuer le bétail et à faire des victimes parmi les populations assoiffées sans  que ceux qui ne subissent pas un tel sort ne changent quoi que ce soit à leur style de vie, à part exception.

Depuis longtemps, les populations qui croient tenir de Dieu  leur situation favorable ont élaboré des doctrines  qui  invitent  les moins favorisés  à adhérer à une théologie de l’espérance en vertu de laquelle c’est au ciel, à l’issue de leur parcours terrestre qu’il trouveront un compensation à leur mauvais sort et que le pain  leur y sera donné en abondance. C’est ainsi, toutes doctrines confondues que  le monde enfermé dans cette logique implacable  croit devoir  subsister  jusqu’à la consommation des siècles.

Les frustrés, se demandent alors  pourquoi le pain de l’espérance reste-t-il au ciel ? Pourquoi faut-il mourir de faim pour espérer en profiter après sa mort ? On est en droit de se demander si, en reprenant l’idée  de  ce que nous avons appelé « le droit  à la révolte », ce pain ne pourrait-il pas devenir accessible, pour ceux qui le revendiquent, avant que la mort le leur offre généreusement dans un ciel qui reste  encore inaccessible. Peut-on défier Dieu et s’approprier maintenant ce qu’il nous destine pour plus tard ? Cette question, bien que non formulée dans  le texte de l’Evangile de Jean semble être cependant présente d’une  manière incisive dans la pensée que Jésus exprime ici ?

Pour les croyants que nous sommes,  Jésus en parlant du pain descendu du ciel avait dans l’idée de nous parler du pain de la sainte Cène. Qui est un pain  spirituel dont Dieu fera profiter dès maintenant ceux qui croient en lui et qui mettent leur espérance dans la parole de Jésus. Mais Jésus  ne se contente pas de lui donner une valeur spirituelle. Il lui donne une valeur matérielle qu’il concrétise dans le dernier repas partagé avec ses disciples et que nous concrétisons, nous aussi, et selon son enseignement dans le pain partagé à la sainte Cène.

Pour le partager, nous nous rassemblons en communauté où tous ont part  et où tous partagent à part égale. Le pain spirituel qui nous fait vivre l’éternité et la résurrection de Jésus prend alors une dimension matérielle que  nous sommes invités à partager  symboliquement dans un morceau de pain bien concret.  Mais Jésus ne s’arrête pas là, il nous invite à  envisager le partage du pain dans une dimension plus vaste. Ce partage est un appel  à tous ceux qui  participent pour qu’ils  comprennent  que   Jésus  étend ce partage  à la dimension de la planète. Il les invite  à y inclure  tous  ceux  qui ont besoin du partage  matériel  de toutes ses  richesses. Tous sont alors invités à voir plus loin que  la communauté liturgique.  Le pain matériel  cesse alors de l’être, il devient  à nouveau spirituel et prend la dimension du droit que Dieu nous  donne  de  profiter tous ensemble des biens communs de la communauté humaine.

Quand cela se produit, quand la nécessité du bien commun confond le pain spirituel et le pain matériel, quand le pain eucharistique part à la conquête de tous les biens de la communauté des hommes sous forme de principe et de droits, c’est alors que la présence de Dieu se concrétise et qu’elle se fait bien réelle sur terre. Ainsi le pain eucharistique  prend la dimension  que Jésus avait bien l’intention de lui donner. Il devient la  réalité par laquelle  Dieu prolonge son  œuvre de création  en rendant tous les hommes égaux dans une même réalité de partage

Il en résulte que  le pain spirituel qui descend du ciel doit devenir matériel pour être efficace. Dieu lui donne une valeur particulière dans le partage eucharistique  qui prend  sa dimension définitive en s’étendant à toute la réalité humaine sur toute la planète. Le chassé croisé du pain entre ciel et terre dont nous parle Jésus se concrétise alors dans un  autre chassé croisé entre pain spirituel et pain matériel que les hommes deviennent capables de réaliser.

Qui osera dire alors  qu’il ne croit pas en Dieu ou qu’il ne croit plus en Dieu alors que Dieu ne cesse d’agir spirituellement sur nous pour que nous fassions évoluer le monde en le changeant  matériellement  en son nom. Que ceux qui savent voir et réfléchir le fassent et ils verront alors le visage de leur Dieu qui agit en eux et au milieu d’eux.