jeudi 29 janvier 2015

Marc 9:2-10 La transfiguration dimanche 1 mars 2015




2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduit seuls à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux : 3 ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle qu'il n'est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi. 4 Elie avec Moïse leur apparurent ; ils s'entretenaient avec Jésus. 5 Pierre dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. 6 Il ne savait que dire, car la peur les avait saisis. 7 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ! 8 Aussitôt ils regardèrent autour d'eux, mais ils ne virent plus personne que Jésus, seul avec eux. 
9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu jusqu'à ce que le Fils de l'homme se soit relevé d'entre les morts. 10 Ils retinrent cette parole, tout en débattant entre eux : que signifie « se relever d'entre les morts » ?

La montagne a la faculté de nous faire rêver. Elle s’offre à nous comme un défi qui nous invite au dépassement. Il nous faut faire des efforts pour atteindre son sommet, mais une fois atteint, son air vivifiant, ses pentes  parfois enneigées, la beauté de la flore ou de la faune s’offrent à nous comme l’antichambre de la sérénité. Tout se passe en nous  comme si on frappait à la porte de Dieu. Nombreux sont les courants religieux qui ont  utilisé cette impression de paix que donnait l’ascension dans les hauteurs.

Les anciens n’ont-ils pas fait de l’Olympe, entouré de nuages la mystérieuse demeure des dieux de l’antiquité ? Ce mythe subsiste encore de nos jours, et nos âmes éprises de mystique cherchent à  se ressourcer dans l’isolement et le ravissement des hauteurs.  Ne nous étonnons donc pas si les évangélistes, témoins de Jésus, nous ont entraînés sur les hauteurs du mont Tabor, où on a pris l’habitude de situer cet événement, pour y vivre une rencontre ineffable avec Jésus.  Ils  nous racontent comment  trois de ses principaux collaborateurs  ont eu le privilège de faire cette expérience de plénitude.

Les Ecritures nous font part de nombreuses expériences semblables faites par les principaux témoins de la  révélation.  C’est sur la montagne qu’ils ont  trouvé le chemin qui mène à Dieu. Le premier d’entre eux est sans doute Moïse qui vint chercher sur le Mont Sinaï les tables gravées par le doigt de Dieu. Très impressionné par la présence du divin et rempli de la pureté ineffable de l’Éternel, Moïse ne supporta pas le retour chez les hommes   que  leurs péchés rendaient incompatibles avec Dieu, pensait-il. Il ne put dominer ses sentiments et dans son courroux cassa les tables de pierre. Il croyait  ainsi faire écho à la colère qu’il pensait devoir  être celle de Dieu irrité par la perversion humaine. Il se trompait lourdement.

Il est en effet  fréquent que  les hommes  croient qu’ils ont été transformés par la pureté qu’ils auraient acquise au contact de Dieu. C’est alors qu’ils se fourvoient sur les sentiments du Seigneur et  qu’ils lui prêtent  des  élans de colère alors qu’au contraire  il  éprouve une grande compassion à l’égard des hommes qui s’écartent de lui.

Ceux qui croient s’être purifiés au contact de Dieu deviennent  souvent intolérants et insupportables. C’est pour éviter que les amis de Jésus éprouvent ces mêmes sentiments  que l’on  nous raconte que Jésus ne voulut pas prolonger la présence de ses amis sur la montagne et  les contraignit très vite à redescendre vers les hommes.

Après ce moment  d’égarement, où il brisa les tables, Dieu  montra  à Moïse la bonne voie à suivre. Il  dut rebrousser chemin, gravir à nouveau la   montagne, tailler à nouveau de nouvelles tables et revenir vers son peuple pour le guider à nouveau vers la terre promise. Plus tard,  à la fin de sa vie c’est à nouveau sur une montagne  que  Dieu mit un terme à son existence terrestre  pour le faire entrer dans son éternité en un lieu connu de lui seul.          ( Deutéronome 34:5-6)

C’est sur une montagne, dans un moment d’extase que Dieu se révéla en toute plénitude à Élie, et c’est après cette expérience qu’il mit fin à son ministère.  Ce prophète est mal connu car la Bible ne lui a réservé aucun livre qui porte son nom, mais la tradition l’a élevé au rang de prince des prophètes. Pourtant, de caractère fougueux et emporté,  il prit à son compte ce qu’il croyait être la colère de Dieu et massacra les prophètes de Baal qui s’opposaient à lui croyant plaire ainsi à son divin Seigneur. Lui aussi  s’était égaré. Croyant obéir à Dieu, il n’avait écouté que sa propre passion  et s’était complètement fourvoyé. Il avait complètement dénaturé Dieu, dans l’image qu’il s’en était faire.  Tout chercheur de Dieu est ainsi menacé de se tromper à son sujet   s’il s’écoute lui-même au lieu de chercher à entendre son Seigneur.  Le chemin qui ramena Élie à la raison fut long. Il le suivit  solitaire et  jusqu’à ce qu’il arrive sur une montagne, où  après un long pèlerinage,  Dieu se manifesta à lui tout plein de douceur et de tendresse dans le souffle d’un zéphire tiède et apaisant.

Après cette expérience, si un retour parmi les hommes lui fut concédé, c’est pour se  choisir un successeur,  Élisée. Il fut alors enlevé dans les cieux sur un char de feu à bord duquel, il pu contempler  la présence de Dieu  dans les mains duquel il fut recueilli et ne mourut pas. ( 2 Rois 2)

Curieusement ce sont ces deux là qui rejoignirent Jésus dans la vision qui fut accordée  aux 3 apôtres qui firent sans la comprendre vraiment  une expérience de vie et de résurrection. Ils ont eu le bonheur d’anticiper par cette vision des temps derniers. Cette expérience devint pour eux un enrichissement personnel dont ils auront besoin par la suite pour témoigner auprès des hommes des projets de vie et d’éternité que Dieu réserve à tous  Mais une expérience en cours de d’exécution ne signifie pas la fin du parcours et Jésus  les contraignit à tourner leur pas vers la vallée pour  se mettre au service des autres et partager  avec eux les effets de la vie éternelle qui  ce jour là s’empara d’eux  dans ce moment d’extase.

Beaucoup aspirent à faire des expériences spirituelles significatives,  certains en ont même fait  et éprouvent le regret qu’elles ne se soient pas prolongée. Après les avoir faites, le retour au milieu de leurs semblables les ramène toujours à leurs problèmes humains. Ils oublient souvent que de telles expériences doivent les rendre modestes, car elles ne se sont produites  que pour  enrichir leurs relations  avec les hommes. Moïse nous l’avons vu, n’a pas supporté son retour  au milieu de  ses  semblables,  quant aux  apôtres, Jésus les a accompagnés  sur le chemin du retour pour éviter qu’ils ne  trébuchent.  Le contact avec le   divin est une  expérience  qui peut devenir redoutable car celui qui un jour s’est trouvé dans ce cas là risque de se prendre pour un ange et de se brûler les ailes. Il peut s’égarer loin de Dieu s’il n’y prend garde alors qu’il en a été tout proche.

Jésus est particulièrement attentif au fait que ceux qui font une  expérience très forte  avec Dieu  n’en perdent pas les bénéfices au contact des autres hommes, c’est pourquoi, comme les 3 apôtres il les accompagne sur leur chemin de retour vers les autres, car si Dieu  les a enrichis par sa présence, il n’en sera que plus exigent  pour le témoignage qu’ils auront à rendre.  Martin Luther King, reprenant cette vision à son compte avait  dit qu’il avait  vu le peuple de Dieu marcher main dans  la main,  noirs et blancs vers une humanité réconciliée. Mais si la vision avait été belle et bonne, la réalité qui l’attendait en arrivant en bas dans la vallée  se confondit avec la balle des tueurs.

Il ne nous a pas été dit ce que Jésus lui-même a vu du haut de la montagne, mais il y a fort à parier qu’il a vu un peuple plein de vie, transformé par l’éternité que  Dieu lui donne  et qui s’est mis à avancer  au milieu d’une humanité avide d’espérance. C’est ainsi qu’il a vu, son Église, à l’ombre de sa croix  en marche vers le Royaume. Mais il a vu aussi la sueur et les larmes, les déceptions et le sentiment de lassitude de tous ceux qui persévèrent dans la foi  et qui avancent sans voir que grâce à leur  courage et à leur ténacité des signes significatifs, prometteurs d’espérance sont décelables. C’est cela qu’il vous est donné  d’entrevoir et de  partager à l’issue de ce sermon, juste avant que l’on dise amen.


illustrtions: Ascension d'Elie de Giuseppe Angeli
                  Mort de Moïse de Gustave Moreau

dimanche 18 janvier 2015

Genèse 9:8-15 L'Alliance avec Noé - dimanche 22 février 2015



Genèse 9/ 8-15


8 Dieu dit encore à Noé et à ses fils avec lui : 9 Quant à moi, j'établis mon alliance avec vous et avec votre descendance après vous, 10 avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que le bétail et tous les animaux sauvages, avec tous ceux qui sont sortis de l'arche, avec tous les animaux sauvages. 11 J'établis mon alliance avec vous : tous les êtres ne seront plus retranchés par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge pour anéantir la terre. 12 Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour toutes les générations, pour toujours : 13 je place mon arc dans la nuée, et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre. 14 Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc apparaîtra dans la nuée, 15 et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants, et les eaux ne se transformeront plus en déluge pour anéantir tous les êtres.



La Bible nous dit que Dieu a fait l’homme à son image. Les philosophes qui critiquent la religion disent exactement le contraire, selon eux c’est l’homme qui aurait créé  Dieu à la dimension de ses désirs. On va cependant s'apercevoir que beaucoup de choses ne collent pas. Nous allons plutôt découvrir que  le  Dieu dont nous parle l’Ecriture  et auquel nous croyons n’est pas la somme des désirs que nous projetterions sur lui, au contraire, il est insaisissable et cependant tout proche, il est tout autre, et  il est ailleurs que là où nous le plaçons.

Un tsunami vient de se produire et l’avenir de l’humanité toute entière a été menacé. Dans le récit qui nous est fait de l’événement nous découvrons que le narrateur prête à Dieu un  double jeu. Il lui fait prendre des positions  contradictoires tout au long du  récit. C’est lui, Dieu,  qui aurait  provoqué la catastrophe et il serait en même temps intervenu pour que le drame ne soit pas total. En ce sens Dieu ressemblerait bien à l’image de l’homme puisqu’il balancerait en même temps entre  la chose et son contraire.

Nous découvrons là l'aspect insaisissable de la personnalité de Dieu, il met lui-même  en cause sa toute puissance  en laissant ses sentiments de générosité  prendre le dessus.  Pourtant  c'est sa  propre colère qui  est sensée être à l’origine du drame. Il se serait mis en colère quand il aurait réalisé que les hommes lui  échappaient et  qu’il ne les contrôlait plus. Était-ce d’ailleurs de la colère ou du dépit ? Il n’aurait pas supporté que leur liberté les pousse à se détourner de lui.

Dieu  voulait sauvegarder sa toute puissance et en même temps donner droit à  sa générosité. Il aurait donc décidé de couper la poire en deux en  conservant  le meilleur spécimen de l’espèce humaine pour essayer de tout recommencer. Nous aurions là  comme un plaidoyer  de la part de l’auteur  du récit de Noé pour essayer de dire que l’homme après tout n’est pas si mauvais et qu’il lui est possible de vivre face à la justice de Dieu sans que ses fautes entraînent sa disparition. L’auteur affirme même que Dieu serait prêt à reconnaître qu’il se serait trompé au sujet de l’homme,  si bien que toutes nos théories sur la déchéance de l’homme après la chute seraient à revoir.   Nous découvrons ici, un Dieu inquiet, enclin aux concessions. Cela vaut donc le coup qu'on y réfléchisse d’un peu plus près car un  tel portrait pourrait amener le  lecteur un peu critique à ne plus faire confiance en un tel Dieu ! 

La suite  du récit nous présente la mise en place de cette nouvelle situation, Dieu va établir de nouvelles règles pour permettre à l’humanité de s’accomplir. Chose étrange, il commence par  s’imposer à lui-même des contraintes, car l’arc qui va s’allumer dans la nue  n’a pas d’autre but que celui d’avertir, Dieu  que la situation qui se présente l’invite à la patience et non à la colère. L’arc devient un régulateur de l’humeur de Dieu pour le prévenir de toute intervention contre les hommes

Je m’émerveille de découvrir que  ce texte éclaire comme un phare puissant tout le reste de l’Écriture.  Il présente  Dieu  comme compatissant,  lent à la colère, inquiet de voir l’homme se perdre,  et toujours soucieux d’inventer une nouvelle solution pour sauver l’homme quand il se met dans un mauvais pas. Mais l’homme  reste libre d’en faire à sa guise et de ne pas suivre les propositions que Dieu lui suggère.  Dieu  n’interviendrait donc pas dans les événements du monde mais se contenterait de suggérer à l’homme des solutions. Dieu serait celui qui  donnerait  des règles de vie aux hommes et se contenterait  de les accompagner  quand ils auraient fait le projet de le suivre les guider sur le bon chemin.

Nous savons que les hommes auront du mal à accepter cette image de Dieu. Ils chercheront à conserver l’image de Dieu  en le présentant  comme  un Dieu tout- puissant qui gère le monde à sa guise et en punissant l’homme quand il ne marche pas selon sa
volonté. Tout au long des Ecritures nous assistons au combat que se livrent les écrivains bibliques  pour imposer l’une ou l’autre image de Dieu. Les prophètes seront persécutés pour se libérer de ce double choix et accréditer  celui du Dieu qui préfère pardonner que punir. C’est cette image de Dieu qui aura la faveur de Jésus et qui présentera  Dieu sous les traits d’un Père affectueux plutôt que sous les traits d’un juge sévère.  Mais les fausses images sur Dieu sont tenaces et Jésus aura du fil à retordre pour lui donner toute sa valeur.

Ainsi, il m'importe peu que ce soit Dieu qui ait créé l’homme à son image ou le contraire. Ce qui importe, c’est qu’en acceptant les textes fondateurs, nous acceptions  cette image du Dieu aimant qui ne nous est pas naturel et qui ne peut être le fruit de l’invention humaine.  C’est alors qu’en toute cohérence  nous reconnaissons qu’elle ne peut avoir  son origine qu’en Dieu.

Que l’on tourne alors seulement une page de l’Écriture pour lire la suite du récit de Noé, que l’on se donne la peine de lire les lignes qui suivent le récit du déluge,  et on découvrira que l’homme imbu de sa liberté  s’empresse d’oublier les préceptes de Dieu.  A peine cette alliance de coopération  et de sagesse est-elle conclue avec Dieu que Noé la  transgresse. Le sage Noé, choisi entre tous pour préserver l’humanité transgresse toutes les règles  que l’on vient d’entendre. Il perd le contrôle de lui-même. Il donne dans tous les débordements possibles, l’abus d’alcool lui fait perdre la raison et il succombe à des comportements douteux, voire incestueux suivant certains commentateurs avec son plus jeune fils. Tout serait donc à recommencer, car l’homme ne peut devenir libre sans être guidé.

Dieu devrait le faire périr puisqu’il renonce à être guidé et que son comportement devient pire qu’il était au paravent.  A renoncer à jouer ce rôle, Dieu  s’est  converti à jouer le jeu de l’humanité en dépit de tous les  obstacles qu’elle dresse contre elle-même, et Noé pourra continuer à vivre. En fait ce n’est pas Dieu qui a changé, c’est l’éclairage que les Ecritures portent sur lui qui peu à peu s’est modifié. L’histoire de Noé nous apprend que l’homme ne peut  parvenir par lui-même à un comportement acceptable. Il faut qu’il soit guidé par celui qui se tient tout près de lui, et qui n’est pas lui.

En nous appuyant sur nos propres expériences  nous constatons que nous ne  savons pas vraiment repérer les limites entre le bien et le mal, nous ne savons pas maîtriser les forces qui nous animent. Ce constat ne peut se faire  qu’en découvrant Dieu sous les traits que ce texte lui donne.  Il n’est pas un être d’autorité qui domine et contraint
mais une réalité de douceur et d’abnégation. Douceur vis à vis des autres et abnégation vis à vis de lui-même. Ces qualités se résument en un seul mot : celui d’amour. Homme et Dieu se trouvent désormais partenaires d’un même projet  dont le seul instrument pour le mener à bien est le même pour l’un comme pour l’autre : c’est le verbe aimer. Pour y arriver, Dieu  attend patiemment que les hommes le reconnaissent. Il ne force personne, mais avec  douceur il attend.

C’est alors une nouvelle étape qui se prépare  pour nous. Dieu nous  apprend à conjuguer le verbe aimer à tous les temps et à tous les modes.  Il nous apprend toutes les nuances du mot. Eros ou Agapè signifient tous les deux aimer de deux manières différentes mais  qui excluent l’un et l’autre l’idée de dominer. Déjà à l’ombre de Noé et malgré sa terrible rechute, nous voyons se profiler  entre nous et Dieu la personne de Jésus que l’Evangile rend tellement vivant qu’il se met à vivre en nous. Il dépasse alors les limites du temps et de l’espace. Sa vie, ses paroles, sa mort et sa résurrection deviennent pour nous autant d’événements qui rendent Dieu présent. En sa compagnie nous nous sentons libres et responsables d'agir, si bien qu'aucune crainte, aucune angoisse, ne peut limiter notre espérance quand nous  parcourons notre vie d'homme en sa compagnie.


vendredi 16 janvier 2015

Marc 1:40-45 - Jésus guérit un lépreux - dimanche 15 février 2015


Jésus guérit un lépreux: dimanche 15 février 2015  Marc 1 :40-45

40 Un lépreux vient à lui et, se mettant à genoux, il le supplie : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. 41 Emu, il tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois pur. 42 Aussitôt la lèpre le quitta ; il était pur.43 Jésus, s'emportant contre lui, le chassa aussitôt 44 en disant : Garde-toi de ne  rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit; ce sera pour eux un témoignage. 45 Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la Parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts.

Vous souvient-il du jour où vous avez réalisé que vous croyiez en Dieu ? Il n’est pas rare que nous fassions le point sur les événements qui ont marqué notre éveil à la foi, car nous ne sommes pas toujours satisfaits des suites que nous leur avons données. Ce ne fut certainement pas simple de découvrir que nous étions en contact avec une réalité nouvelle qu’on appelle Dieu. Nous avons découvert, qu’en nous, ou à côté de nous, nous ne saurions vraiment pas le dire, il y avait cette présence de Dieu qui nous était nécessaire et à qui nous donnions le visage de Jésus. Il n’est pas évident de découvrir que l’on croit en Dieu dans un monde qui l’ignore grandement et de ressentir que nous avons besoin de lui alors qu’autour de nous on semble s’en passer très bien.

Dans le secret de notre vie, il nous arrive donc de repenser aux étapes qui nous ont amenés à la foi. Nous avons besoin de le faire pour garder notre foi vivante. C’est une expérience que nous pouvons difficilement partager avec les autres, car chacun a son histoire et notre histoire ne ressemble à celle de personne. Il se peut que la foi ait brutalement jailli en nous au point de nous jeter à terre dans un moment d’intense émotion religieuse, comme ce fut le cas pour John Wesley (1). Pour d’autres ce fut une longue réflexion qui lentement a pris possession de leur esprit et qui a finalement mobilisé toute leur personne, si bien qu’ils se trouvèrent implicitement mobilisés par un dynamisme nouveau. Il nous faut aussi rappeler l’expérience de ceux qui considèrent qu’ils ont été au bénéfice d’un miracle, c'est-à-dire d’une démarche particulière de Dieu dans leur direction comme l’histoire de Paul de Tarse rapportée dans le livre des Actes.

Beaucoup ont connu des moments semblables à ceux qui viennent d’être évoqués. Parfois ce furent d’autres expériences ou le mélange de plusieurs.

Pourtant, avec le temps, la foi semble s’user. A force d’habitude elle s’affadit. Comment pourrait-il en être autrement quand on vit dans une société où l’expression de la foi est sensée se faire discrète et où le nom de Dieu n’est jamais officiellement mentionné si bien qu’on finit par enfermer sa révélation dans une série de légendes qui le tournent parfois en dérision, comme cela se fait  à Noël. Un tel état de fait se répercute dans nos églises au point qu’on peut se demander si leur avenir n’est pas menacé.

Le texte que nous avons lu, ne nous nous dit  pas ce que nous devons faire, il nous dit plutôt ce qu’il ne faut pas faire. Il nous apporte un contre enseignement. L’homme guéri qui veut témoigner en faveur de Jésus rend surtout un témoignage à lui-même. Il se sert de sa propre personne comme instrument de propagande.  Il croit attirer l’attention des autres sur Jésus, mais en fait, il se fait  une publicité à lui-même. En agissant ainsi, il accapare  la gloire de Dieu  à son profit.  .  

Même si son attitude s’explique aisément, elle ne se justifie pas. En effet, du fait de sa maladie cet homme se trouvait exclu et rejeté. L’action de Jésus le projette au premier rang de la scène. Les hommes de son temps avaient érigé en principe religieux, l’exclusion de la société de tous les lépreux  par crainte de contagion, en vertu de la loi du pur et de l’impur. Ce qui leur donnait bonne conscience pour enfermer ces malheureux à l’extérieur dans l’univers morbide de la maladie. Comment la foi pourrait-elle trouver son chemin dans une telle ambiance de mise à l’écart et de mort?

Par l’intervention de Jésus, l’homme redevient apte à vivre en société. Il peut désormais rejoindre sa famille, trouver du travail, redevenir un homme normal et fréquenter à nouveau les lieux de culte. Même si Jésus ne veut pas qu’il parle de son aventure, celui-ci se met à la raconter au point que la renommée qui se répand empêche   Jésus  d’exercer aucune autre forme de ministère que celui de la guérison.

Jésus avait pour mission de parler de Dieu et de libérer les gens perturbés par l’angoisse que produit la séparation d’avec Dieu. Du fait de cette publicité malencontreuse, il se trouve réduit à la fonction de guérisseur, à tel point que son message en est altéré et que son ministère en devient impossible ! Que faut-il faire alors ? Ne pas parler de sa conversion ? Ne pas dire comment Jésus a transformé notre vie ? Jésus ne répond pas. Il nous renvoie à notre propre sagesse afin de découvrir comment s’y prendre.

Ici le malade guéri ne prend pas le temps d’analyser ce qui s’est passé en lui. Il ne se demande même pas, par quel phénomène spirituel, médical ou psychologique sa guérison a pu se produire. Il ne va même pas faire constater son nouvel état aux prêtres qui seuls ont le pouvoir de lui permettre de rejoindre la société des humains. Il crie au miracle et attire l’attention sur lui. C’est ici que réside une partie du problème. En racontant à tout le monde le miracle au bénéfice duquel il a trouvé la guérison, il détourne l’attention vers lui. Celui qui a opéré le miracle n’est plus qu’un guérisseur efficace et cesse  d’être le témoin  de la puissance divine. C’est celui qui recouvre la santé qui devient intéressant, et non celui qui guérit et les gens ne s’intéressent à Jésus que pour être  guéris à leur tour.

Dans ce récit, il y a comme une confiscation de la gloire qui devrait revenir à Dieu et qui revient à l’homme guéri autour de qui se rassemblent les foules. Le but de Jésus n’était pas d’en arriver là. Par son geste il voulait signifier l’emprise de Dieu sur le mal et montrer qu’il était le maître de la vie. Peine perdue. C’est tout autre chose qui se produit.

C’est l’expérience de transformation  intérieure qui aurait amené le malade à la foi qui nous intéresse, mais le malade ne manifeste aucunement une démarche de foi! Nous ne sommes pas plus avancés ! Nous avons seulement constatés en commençant que si on ne parlait pas de nos expériences religieuses notre foi risquait de s’affadir. Par contre si nous en parlions nous risquerions de focaliser l’intérêt sur nous-mêmes au détriment de Dieu qui ne trouverait pas son compte dans notre égocentrisme.

En fait, ce n’est pas à cause d’une parole sur nous-mêmes que les gens se tourneront vers Dieu, mais c’est au contact de la puissance de vie que nous avons reçue et qui nous a transformés qu’ils se convertiront à leur tour.

Jésus ne nous demande pas de faire le travail à sa place. Il ne nous demande pas davantage, de gérer le monde en son nom et de lui imposer nos lois et notre morale. Il nous demande par contre de rendre témoignage de l’espérance qu’il a mise en nous et de manifester de l’appétit pour la vie en la favorisant de toutes les manières possibles, car seule la vie est porteuse d’avenir.


(1) Réformateur anglais, fondateur de l’Eglise Méthodiste.