jeudi 20 février 2014

Genèse 2:7-9 et 3: 1-7 les origines de l'humanité



  Autre texte pour le dimanche 9 mars ,  Genèse 2 :7-9 et 3 :1-7. Les origines de l’homme.



Le SEIGNEUR Dieu façonna l'homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. 8 Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l'est, et il y mit l'homme qu'il avait façonné. 9 Le SEIGNEUR Dieu fit pousser de la terre toutes sortes d'arbres agréables à voir et bons pour la nourriture, ainsi que l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.

1 Le serpent était le plus avisé de tous les animaux de la campagne que le SEIGNEUR Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : « Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ! » 2 La femme dit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. 3 Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez ! » 4 Alors le serpent dit à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! 5 Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou mauvais. 6 La femme vit que l'arbre était bon pour la nourriture et plaisant pour la vue, qu'il était, cet arbre, désirable pour le discernement. Elle prit de son fruit et en mangea ; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea. 7 Leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent, et ils surent qu'ils étaient nus. Ils cousirent des feuilles de figuier pour se faire des pagnes.

La Bible s’ouvre sur une image concernant la création de l' homme qui nous plonge dans un abîme de réflexions.  Elle nous désoriente beaucoup parce qu’elle est universellement connue. Elle s’impose à nos méditations  sur l’homme et elle prend souvent part à   nos plaisanteries les plus saugrenues.  Pour beaucoup, elle fait partie des  mythes auxquels plus personne ne croit encore, tandis que pour d’autre elle a une valeur d’enseignement qui nous viendrait de Dieu et dont l’ancienneté confirmerait la valeur. Le premier problème qui se pose à  nous, c’est  que ce récit des origines de l’homme nous parvient par le moyen de deux textes différents de la Bible qui se font suite l’un à l’autre. Malgré tout,  les messages de ces deux  récits sont très différents l’un de l’autre.

Le premier raconte que la création du monde se fit en six jours et qu’elle s’acheva par la création du couple humain qui est présenté comme l’achèvement de la création. Le narrateur ne peut s’empêcher  de laisser transparaître son  admiration en déclarant que cet acte fut le meilleur  de  tous le actes créateurs que fit Dieu jusqu’à ce jour. Après  quoi Dieu s’arrêta de créer et en profita pour se reposer. Quelques lignes plus loin, nous avons le récit d’un autre narrateur qui présente l’homme sous un autre aspect.  C’est le texte qu’il nous est proposé de nous approprier  dans cette méditation.

Alors qu’il est seul dans ce jardin magnifique  que Dieu a organisé pour lui, l’homme se sent seul dans cet univers tout ordonnancé pour sa jouissance.  Dieu lui adjoint  une compagne, faite de sa chair et de ses os. C’est  par ce constat que commence vraiment l’histoire de cet homme dans ce deuxième récit, très différent du premier car pour s’accomplir dans son humanité,  le couple d’humains va décider de défier Dieu et de  désobéir.
 A peine  cet acte d'indépendance commis,  qui leur procure un véritable plaisir,  nos deux partenaires  constatent  qu’il sont fragiles et vulnérables. Ils prennent conscience  qu’ils sont nus, proies faciles pour le premier  prédateur venu.

Piètre moyen de défense, ils inventent le pagne en feuille de figuier. Ainsi, l’homme en rébellion contre Dieu devint inventeur.

L’histoire l’humanité commence donc par deux textes différents que  les lecteurs ont tendance amalgamer, si bien qu’ils ont du mal à les comprendre.  Curieusement, à l’opposé de la Bible, l’histoire du nouvel homme, Jésus, commencera, elle-aussi  par deux textes différents, l’un dans l’Evangile de Luc, l’autre dans celui de Matthieu.  Là encore le lecteur a tendance à les amalgamer. Pourtant le récit des anges saluant la naissance de l’enfant par la musique d’un orchestre céleste accompagnés par les bergers  venant à la crèche n’a rien à voir avec le récit des mages et de la colère du roi Hérode. Ce constat  va jeter une lumière nouvelle  sur  notre sujet. Il établit un lien  entre l'histoire de l'origine de l'homme et la découverte du projet de salut que Dieu élabore pour l'humanité.



Pour revenir aux textes sur l’origine de l’homme,  il nous faut considérer que si ces textes sont placés  au début de la Bible, ce n’est pas parce qu’ils sont les plus anciens. Ce sont des savants, qui au retour de l’exil, à partir de 538 avant Jésus Christ  ( édit de Cyrus), quand ils se sont mis à regrouper les différents récits, ont décidé de les classer de cette façon en commençant par les récits concernant les origines de l’homme qu’ils ont été placé avant les récits les plus anciens, sans doute les récits des  prophètes. Les récits de la nativité, arrivés  cinq cents  ans plus tard, dans un autre contexte partageront la même histoire. Ils sont eux aussi, les textes les plus récents du Nouveau Testament et ils ont l’honneur de figurer au début. La raison  en sera la même. Le mystère de la naissance de Jésus est plus important que ceux qui contiennent son enseignement dont les récits sont plus anciens. Il ne faut voir là qu’une interprétation des auteurs sans qu’elle ne soit  vraiment déterminante.

En agissant ainsi les savants qui ont classé les Ecritures dans l’ordre où ils l’ont  fait, ont  voulu montrer que c’est la relation  de Dieu avec l’homme qui  était la plus importante. Leurs réflexions s’appuyaient sur deux récits qui ne portaient pas le même regard sur l’origine de l’humanité. Le premier  fait de l’homme un être parfait qui a vocation à être le maître de la création. C’est pour lui que tout l’univers avait été mis en place. Il devait en prendre la responsabilité pendant toute la duré du repos de Dieu. La destiné de l’homme était donc de devenir l’auxiliaire de Dieu et de prolonger  son œuvre de créateur dans   ce monde qui venait de naître.

Il ne fallait pas être fin scribe pour constater  que tout ce beau projet  ne fonctionnait pas au moment de la mise par écrit de ces textes. Les scribes savaient que le peuple  qui se croyait peuple de Dieu  s’était détourné de sa vocation, avait désobéi à Dieu et que, ses rois  n’avaient pas toujours été bons. Son clergé, quant à lui était corrompu. Dieu mécontent les avaient punis. Telle était la leçon qu’il fallait retirer de la catastrophe de la chute de Jérusalem et des dures années d’exil. Ce deuxième texte en contradiction apparente avec le premier semblait répondre aux questions que l’on se posait au sujet du mauvais penchant  des hommes, mais il mettait Dieu en accusation.



En effet, lors de la création, dans le deuxième texte, on peut se demander comment Dieu aurait  pu concevoir  un homme désobéissant ? L’homme conçu comme un être parfait dans le premier texte devenait un être imparfait dans le deuxième texte ? A peine sorti des mains créatrices de Dieu, il souffrait déjà de la solitude. L’homme  conçu comme capable d’être tenté pouvait-il  succomber à la tentation ? Pour échapper à la critique, l’auteur de ce  texte fait intervenir le  serpent. Par ce choix il innocente le couple humain  qui n’aurait pas décidé   par lui-même de désobéir.  Il innocente aussi  Dieu de ne pas avoir  prévu  le coup.

Quand l’homme et sa compagne suivirent l’injonction du serpent  leurs yeux s’ouvrirent est-il dit. C’est comme si leur création n’avait pas encore été complètement achevée. Quand leurs yeux s’ouvrent ils découvrent leur faiblesse et  immédiatement ils deviennent intelligents et se mettent à inventer le pagne. C’est comme si le serpent en les rendant cupides les avait rendus capables de progrès.  A partir de cet instant le couple humain entrait dans sa destinée. Il fut tenté de s’opposer à Dieu pour progresser, car s’il ne progressait pas il n’avait plus que la mort pour avenir.


On a toujours lu ce texte comme une malédiction  pour l’homme, voué à la désobéissance à Dieu et puni par lui pour l’avoir offensé.  Il n’en est rien. L’homme se découvre mortel et vulnérable, mais il l’était déjà. Dieu ne le châtie pas à proprement parler.  En le chassant, il le pousse à l’extérieur du jardin, comme s’il l’accouchait d’un ventre  maternel.  Il le pousse vers la vie et les risques qu’il encourt. C’est pour le protéger que Dieu lui fit un vêtement en peau, plus confortable et plus protecteur que la  feuille de figuier.

Le lecteur biblique a devant lui deux portraits de l’homme. Le premier, c’est celui de l’homme parfait qui doit veiller à le rester, car c’est ainsi que Dieu l’a voulu. Face à ce portrait de l’homme, il y en a un autre, plus complexe, celui de l’homme qui cherche à progresser et à mettre en valeur la terre où il se trouve. Elle lui est hostile  et lui, est faible. Il doit pour exister devenir inventif et il le deviendra au point de se croire supérieur à Dieu. L’homme reste cependant continuellement tenté de tirer la couverture à son profit et de voir son propre  intérêt avant celui des autres. Il est radicalement différent de l'homme du premier récit.

Il a pourtant, face à lui le portrait exemplaire de cet homme qui se tient comme un miroir devant lui, l’invitant à œuvrer pour le mieux être de la création qui lui est confiée et  de continuer l’œuvre de Dieu en harmonie avec lui .

Nous voyons en  ce premier Adam, fait à l’image de Dieu, se dessiner le portrait de ce nouvel Adam, dont parlera Paul,  que nous reconnaîtrons en Jésus Christ. L’histoire de sa naissance semble être copiée sur celle des origines de l’humanité.  Jésus s’est appliqué à  montrer aux hommes le bon chemin qui à partir de l’autre Adam, celui du deuxième récit doit aboutir à celui du premier récit. Le serpent  l’a aveuglé en  lui masquant le chemin qui mène de l’un à l’autre.  Jésus nous ouvre à nous, ses descendants, le chemin  qui ramène l’humanité vers la perfection entrevue dès le début dans le premier récit, mais jamais réalisée.

Quant au serpent, au diable, au mal, l’Ecriture nous  révèle son existence, mais ne nous dit rien de son origine. La seule chose que nous savons c’est que l’œuvre de Jésus  a été accomplie pour nous en  délivrer. C’est cela la bonne nouvelle de l’Evangile. 

En illustration, des images de la création vue par Jean Effel

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