jeudi 14 novembre 2013

Esaïe 11:1-10



Esaïe 11 :1-10  Dimanche 8 décembre 2013
J'ai rajouté un autre sermon en 2016 à la suite du premier.


1 Alors un rameau sortira du tronc de Jessé,
un rejeton de ses racines sera fécond.
2 Le souffle du SEIGNEUR reposera sur lui :
souffle de sagesse et d'intelligence,
souffle de conseil et de vaillance,
souffle de connaissance et de crainte du SEIGNEUR.
3 Il respirera la crainte du SEIGNEUR ;
il ne jugera pas sur l'apparence,
il n'arbitrera pas sur un ouï-dire.
4 Il jugera les pauvres avec justice,
il arbitrera avec droiture
en faveur des affligés du pays ;
il frappera la terre du sceptre de sa bouche,
et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.
5 La justice sera la ceinture de ses reins,
et la probité, la ceinture de ses hanches.
6 Le loup séjournera avec le mouton,
la panthère se couchera avec le chevreau ;
le taurillon, le jeune lion et les bêtes grasses seront ensemble,
et un petit garçon les conduira.
7 La vache et l'ourse auront un même pâturage,
leurs petits une même couche ;
le lion, comme le bœuf, mangera de la paille.
8 Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère,
et l'enfant sevré mettra sa main dans le trou de l'aspic.
9 Il ne se fera aucun mal, il n'y aura aucune destruction,
dans toute ma montagne sacrée ;
car la connaissance du SEIGNEUR remplira la terre
comme les eaux recouvrent la mer.
Le retour des bannis d'Israël
10 En ce jour-là, la racine de Jessé
se tiendra là comme une bannière pour les peuples ;
les nations la chercheront,
et son lieu de repos sera glorieux.



Il est des textes bibliques qu’il suffit d’évoquer pour que notre âme soit ravie et que notre cœur se mette à vibrer de mille émotions fortes. Le passage du prophète Esaïe qui nous est offert aujourd’hui en fait partie. Il regorge d’images bucoliques dont on ne se lasse pas. L'évocation du nourrisson s’ébattant près du serpent venimeux sans qu’il ne lui soit fait aucun mal, ainsi que la description de ce prince charmant issu de la race royale dont la dynastie ne va pas tarder à s’éteindre ont l’art de nous ouvrir vers une espérance qui s’accorde bien avec le temps de Noël. Il  serait vain  de vouloir expliquer ce texte d’une manière rationnelle, car cela en briserait la poésie et l’exégèse risquerait d’en altérer la saveur alors que depuis des générations il a contribué à entretenir l’espérance de tant de croyants.

Nous allons tenter de  conserver intact cette vision idyllique de la fin des temps qui met un terme à toute agressivité et qui rogne les dents des loups qui se contentent  désormais de paître en compagnie des agneaux et qui se désaltèrent avec eux de l’onde pure des ruisseaux. Le mal y perd toute efficacité. Tout cela parvient jusqu’à nous, comme si Dieu parachevait sa création par des gestes chargés de paix et de douceur.

Mais nous ne sommes pas dupes. Le charme  que provoque  l’évocation  d’une fin des temps  paradisiaque n’altère pas pour autant l’écho que fait résonner en nous d’autres textes qui décrivent la fin des temps comme une série de catastrophes qui engloutiraient la planète entière et qui entraineraient l’univers dans sa perte. Seuls les  heureux élus pourraient échapper à la catastrophe finale.

Nous nous interrogeons pour découvrir laquelle de ces deux évocations correspond vraiment au plan de Dieu. L’Ecriture peut-elle proposer aux croyants que nous sommes deux issues différentes à la fin des temps ? L’une serait-elle réservée aux optimistes et l’autre aux pessimistes ?

Il nous faut donc nous approcher de ces textes avec sagesse sans nous laisser dominer par des désirs personnels en  nous appuyant sur une première vérité selon laquelle la Parole de Dieu ne peut proposer des solutions contradictoires en la matière. Si les drames et les guerres assombrissent notre horizon, si les catastrophes naturelles  et les fléaux de toutes sortes mettent notre vie en danger, ils sont liés au comportement des hommes ou à l’évolution de la planète  et non pas à une décision divine. Quand ils se produisent ils apportent avec eux des souffrances et la mort. Or Dieu s’acharne à lutter contre les premières et à rendre vaine la seconde.

Dans leurs inquiétudes bien compréhensibles les hommes sont portés à croire que les malheurs que qu'ils subissent  sont les signes de la colère de Dieu qui châtierait la terre de tous les péchés dont l’humanité l’accable. C'est pour lutter contre eux que les humains célèbrent des cérémonies expiatoires, organisent des processions, chantent des « dies irae ». Ils espèrent ainsi   apaiser la colère de Dieu qu’ils croient avoir offensé. C’est ainsi qu’ils croient pouvoir  redonner de l’équilibre à la nature déréglée ou conjurer la folie des hommes en colère.

Quand Jésus évoque de tels événements, il nous invite à ne pas être troublés. Il prétend même que ce ne sera pas la fin. Même si les moments difficiles sont  inévitables,  il nous recommande la patience, la vigilance et  la prière.

Le livre de l’Apocalypse que l’on utilise pour accréditer les thèses catastrophiques affirme lui aussi  que ces événements tant redoutés ne seront pas la fin. Seule  la foi en Dieu permet de donner du sens aux événements quand ils deviennent incompréhensibles. Par contre les signes de la fin des temps tels que l’Apocalypse les donne s’achèvent sur l’évocation de la  paix et donnent des signes d’espérance et non pas de violence. La fin est décrite comme une nouvelle création qui fait toute chose nouvelle.

Ce livre présente les événements derniers, comme l’offrande par Dieu d’une Jérusalem entièrement renouvelée. Elle  descend du ciel comme l’ultime présent du Seigneur  à l’humanité réconciliée avec lui. Plus bucolique, le texte du prophète Esaïe que nous recevons aujourd’hui   inaugure une ère de paix sans fin. Quant aux l’Evangiles, il ne s’achève pas sur le récit du  supplice atroce du fils de Dieu cloué sur un poteau de bois, mais sur une invitation  faite à toute la terre de jouir de la résurrection. Ainsi en est-il de la fin des temps où Dieu envisage de recréer toute chose et où nos personnes seront-elles-même recréées pour une durée de vie qui est dite sans fin ou éternelle.

Dieu reste fidèle à sa parole, et  chaque prophète faisant écho aux paroles de  ceux qui étaient avant lui parle du désir de Dieu d’amener tous les peuples à sa connaissance et de provoquer une ère de paix universelle où l’harmonie unirait le ciel et la terre. C’est ainsi que nos entrons dans le temps de l’attente où selon les promesses contenues dans les Ecritures, Dieu nous ouvrira les portes d’un royaume à la tête duquel il a déjà placé un nouveau roi que nous reconnaissons en Jésus Christ. Héritier de David il nous invite à le suivre pour construire avec lui un avenir d’espérance. Chacun de ceux qui accepteront de le suivre devra se parer des vertus de ce souverain évoqué dans le texte  d’Esaïe.

Habité par les vertus de ce roi promis  jadis et  que nous reconnaissons en Jésus, notre esprit est désormais disposé à discerner le chemin que Dieu dessine pour l’humanité en recherche des vérités dernières.  Il récuse à l’avance ces images et ces textes qui parlent de Dieu en le figeant dans les trais du souverain juge qui exercerait le droit au détriment de l’amour. Il sent bien que Dieu ne peut avoir deux visages. Celui du juge sévère et celui du père miséricordieux.

C’est alors que l’esprit de ce roi évoqué  par le prophète se met à la disposition de notre foi pour que nous discernions les critères qui nous permettront d’avancer. Certains  refusant d’exercer leur esprit critique s’entêtent à suivre à la lettre les prophéties de malheur sans aller jusqu’aux conclusions. Ils s’attribuent à eux-mêmes les faveurs de Dieu et réservent les feux de la Géhenne aux autres. Ils s'octroient  à eux seuls le pardon dont ils dénient aux autres les bénéfices, si bien que  Dieu perdrait ses capacités à être Dieu s’il limitait lui-même sa miséricorde  à ces interprétations humaines exemptes de charité.

Les autres lecteurs éclairés par l’esprit qui traverse les Ecritures, ont compris que Dieu voulait sauver tous les hommes. Ils  prennent pour seuls critères ceux auxquels  Jésus  a voulu rester fidèle et ils découvrent  que ces critères sont les mêmes que les vertus attribuées par Esaïe au roi mystérieux décrit par le prophète. Il ne juge pas d’après ce qu’il voit, il ne juge pas d’après ce qu’il entend, son attention est toute tendue vers les faibles et il prend son plaisir dans le service de Dieu.

Nous reconnaissons que les critères sur lesquels Esaïe étayait sa prophétie  sont les mêmes que ceux envisagés sept siècles plus tard par Jésus. N’est-ce pas alors dans cette direction qu’il nous faut tourner les regards avec intelligence ? C’est l’esprit du Seigneur qui nous aide à comprendre ce que dit la Parole de Dieu et nous comprendrons que nous sommes en accord avec elle si nous avons plus envie d’aimer que de haïr,  si nos actions nous poussent à vouloir le mieux-être des hommes, y compris ceux que nous estimons coupables,  si enfin notre louange monte vers le Seigneur parce que son Royaume n’est pas réservé aux seuls justes.

Il ne nous reste plus qu’à œuvrer pour la gloire de Dieu en mettant en accord ce que nous avons reçu de sa Parole avec les actions que nous sommes amenés à faire.


Les images  du Christ en gloire sont issues des tympans des cathédrales de Vézelay, Conques Amiens, Autun, Bourges, Angoulême ( de haut en bas)




Trois ans plus tard je vous propose un autre sermon sur ce même sujet:



Esaïe 11 :1-10


Il est des moments où l’imaginaire se croit complice de Dieu et recrée un monde différent de celui où nous sommes.  Ce faisant, nous nous sentons  complices de la même vision que celle de Dieu. Cette vision des choses telle que le prophète la prête à Dieu nous entraine sur les rives du rêve et non sur celle de la réalité.  Une telle vision est attribuée à Dieu alors qu’elle nous emmène loin des chemins qu’il fréquente.  Il nous faut alors considérer que le prophète emprunte  cette voie pour nous provoquer. Nous y découvrons le monde de demain  tel que nous pourrions l’imaginer  et non pas tel que Dieu voudrait  que nous l’imaginions. Nous serons, en fin de parcours invités à nous dégager de ce futur  qui ressemble plus à celui de la fée Clochette qu’à celui qu’on pourrait  solidement construire en s’ appuyant sur le respect de la morale et sur la logique scientifique des plus qualifiés de nos chercheurs. Mais ni l’un ni l’autre  de ces mondes imaginaires ne ressemble au projet de Dieu.


Dans le premier cas nous pensons que le prophète se fourvoie, qu’il invente un monde du futur impossible à réaliser et sur lequel ce n’est pas Dieu qui règnerait mais une absence de Dieu à l’image du monde  de Walt Dinsney. Dans le deuxième cas, nous  ne pouvons imaginer un futur cohérent  sans prendre leçon  de l’histoire.  Il nous faut alors énumérer tous les échecs  qu’ont connus les sociétés utopiques construites la plupart du temps dans le nouveau monde par des idéalistes fuyant  le Vieux monde à cause de son intolérance  et en réalisant des sociétés encore plus intolérantes. Toutes ont échoué.

Pourquoi, les prophètes de jadis ont-ils mêlés Dieu à nos rêves les plus fous ?  Pourquoi leur imagination a-t-elle  frisé l’invraisemblable ? Ils nous invitent à imaginer un monde  où les carnassiers deviendraient des ruminants et où les enfants irresponsables  pourraient s’adonner aux exercices  les plus  dangereux sans risquer la mort. En fait, dans l’inconscient collectif, ceux qui se plaisent à évoquer de telles images sont des insatisfaits du monde où nous sommes  et voudraient que Dieu partage leur insatisfaction, c’est pourquoi Ils vont même jusqu’à indiquer à Dieu la procédure à suivre, si bien qu’ils deviennent leur propre Dieu en se séparant  de celui qui opère dans le monde du réel. 

Esaïe en proposant cette prophétie, ne parle pas d’avenir. Il nous provoque en imaginant que Dieu pourrait  nous proposer un monde futur aseptisé où nous serions privés de toute initiative. Il serait tellement absent de toute violence qu’il deviendrait  impossible d’y vivre. Le mal n’existerait plus, les injustices non plus. Mais ceux qui préconiseraient  un tel monde  oublient que ce sont eux, les hommes, qui en sont les principaux acteurs et que, avant d’en éradiquer la violence, il faut d’abord enlever celle qui est en eux. En effet, si en voulant  faire des loups ou des ours  des créatures fréquentables, totalement différentes de ce qu’elles sont, on  ferait violence à leur nature en  désirant les  transformer selon nos désirs. Cela consisterait en fait, à les faire périr plutôt qu’à les faire évoluer. On voudrait corriger le monde de sa propre violence en lui faisant violence. Ces quelques boutades nous amènent  à constater que la violence dont nous voudrions éradiquer le monde est d’abord en nous avant de la repérer chez les autres.  On pourrait même dire que c’est parce qu’elle est en nous qu’on la repère d’autant mieux chez les autres.

Quand  les prophètes se plaisent  à décrire un monde improbable qui  correspondrait mieux à la volonté du Dieu  qu’ils imaginent, c’est en fait à l’image de Dieu lui-même qu’ils s’en prennent.  En agissant ainsi, c’est  Dieu qu’ils veulent transformer, et non pas les hommes que nous sommes. Nous l’avons compris, c’est pour nous provoquer qu’ils agissent ainsi   Ils veulent nous aider à affronter  la violence du monde  et la menace de la mort qui rôde autour de nous sans pour autant la nier.

 Cette prophétie, n’est pas la description d’un avenir enchanteur dans lequel Dieu envisagerait de nous voir évoluer en récompense de notre fidélité  et de nos comportements vertueux.  Ce n’est pas la redécouverte d’un paradis perdu qu’il chercherait à restaurer. Le prophète conteste au contraire notre passivité et notre refus de nous impliquer dans la construction d’un avenir meilleur pour le monde. Ce qu’il dénonce, c’est notre refus d’ agir  et notre désir de voir les choses s’accomplir sans que nous n’ayons  rien à  faire, car  si ce monde doit avoir un avenir meilleur, c’est que nous  sommes impliqués personnellement dans son histoire et que c’est avec nous qu’il se construira ou qu’il ne se construira pas.

Nulle part dans les Ecritures, nous voyons la promesse de voir se créer ’une société passive  où tout se passerait sans que les hommes n’aient à intervenir. Leur bonne conduite, leur religiosité, leur vertu et leur morale sont insuffisantes pour dresser les bases de la société de demain. Il faut aux hommes quelque chose d’autre pour que ce projet réussisse. Ce quelque chose d’autre qui nous est nécessaire, c’est  l’esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de vaillance, un esprit avec lequel le monde sera géré avec justice.  C’est de cela que parle le prophète au tout début de son intervention et c’est la condition  indispensable de la venue d’un monde meilleur.

Bien évidemment ces qualités particulières nous les avons reconnues dans les vertus du Messie attendu, de Jésus Christ en qui nous reconnaissons le rejeton du tronc d’Isaïe.  Il fut tué par les hommes parce qu’il a cherché à  mettre en place, d’une manière efficace toutes  ces vertus décrites ici.  Il a commencé par préconiser la « justice », c'est-à-dire l’équité à l’égard de tous ceux qui sont en manque d’une manière ou d’une autre. Manque de pain et manque d’espérance,  manque  de foi aussi, santé déficiente  et violence de toute sorte subies par eux. Jésus est venu vers eux au nom de Dieu, il a remédié, dans la mesure de ses faibles forces à leurs manques.

Si Jésus en est mort, c’est parce qu’il s’est senti désigné, comme celui que les prophètes annonçaient. Il a mis en pratique ce qu’ils disaient, et il  en est mort, mais il n’aurait pas connu un tel destin,  et il ne serait pas mort s’il avait été suivi par tous ceux qui avaient reconnu qu’il agissait au nom de Dieu. Ils auraient tout mis en œuvre avec lui pour que la justice divine soit appliquée, pour que les pauvres ne soient pas condamnés à le rester et pour que les petits ne désespèrent plus d’être refoulés au plus bas de l’échelle sociale.

Le monde voulu par Dieu n’était donc pas un monde de rêve où tout serait en contradiction avec les règles de la nature, mais un monde nouveau en contradiction avec les règles de la société que les hommes ont établies à leur profit sans jamais avoir consulté Dieu. Jésus a payé de sa personne pour avoir voulu répondre au désir de Dieu de vouloir changer les choses pour évoluer vers ce Royaume  que Jésus appelait de ses vœux.


Allons-nous maintenant laisser son sacrifice sans suite ?  Il est possible de réaliser  le rêve de Dieu si nous nous mettons à l’œuvre dans le sens où Jésus le souhaite. Il souhaite une forme de justice telle qu’elle s’appuie d’abord sur l’amour du prochain. Il n’est pas question de tergiverser  sur le fait de savoir si cet amour est justifié ou mérité, car en vérité, nous savons qu’il n’est jamais vraiment mérité, et Jésus nous demande d’écarter cette question pour entrer dans l’application de sa vérité selon laquelle nous devons être témoins de son amour injustifié et immérité pour tous les hommes, et de le mettre en pratique là où nous sommes.

Aucun commentaire: