dimanche 18 août 2013

Luc 14:25-33



       Luc 14:25-33  - porter sa croix - dimanche 8 septembre 2013




De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit :

26 Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.


28 En effet, lequel d'entre vous, s'il veut construire une tour, ne s'assied pas d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer, 29 de peur qu'après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d'achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : 30 « Cet homme a commencé à construire, et il n'a pas été capable d'achever. »

31 Ou bien quel roi, s'il part en guerre contre un autre roi, ne s'assied pas d'abord pour se demander s'il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui vient au-devant de lui avec vingt mille ? 32 Sinon, tandis que l'autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. 33Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

La tradition a rendu populaire une certaine image de Jésus que Théodore Botrel parmi tant d’autres a chanté dans le folklore breton. Jésus y est présenté comme le doux Sauveur à barbe blonde avec de grands yeux doux. Le cinéma américain a contribué pour sa part à vulgariser cette image. Les peintres classiques n’ont pas échappé à ce canon de beauté pour présenter le visage du Seigneur.
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Mais ce serait mal lire l’Evangile que de voir Jésus sous ce seul portrait. Le texte que nous avons lu nous présente un autre aspect de Jésus, plus rude, d’où la tendresse est absente. Le rôle de Jésus est de nous faire découvrir Dieu. Ici il le fait sans ménagement car le Dieu dont il est le témoin est différent de celui que Jésus lui-même nous a habitués à découvrir dans ses propos.

Qui est Dieu pour vous ? En quoi votre existence est-elle affectée par la réalité de Dieu? Comment agit-il en vous ? Ces questions tant de fois répétées, tant de fois formulées nécessitent qu’on ose se les poser au moins une fois de temps en temps. Chacun y répondra mentalement et à sa façon. On pourra dire que Dieu est une force qui vient d’en haut et qui s’empare de nous, qui habite notre âme et notre esprit. On dira aussi que c’est une certitude rassurante selon laquelle notre vie serait ballottée au rythme des hasards dans une société globalisante. Nous dirons aussi que Dieu donne du sens à notre être. Nous nous garderons de vérifier si notre réponse est conforme à la dogmatique en vigueur dans notre église. Mais nous savons fondamentalement, que nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait déjà trouvés, et que c’est lui qui nous pousse à le chercher. Nous percevons intuitivement qu’il y a un lien entre lui et nous et nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec notre existence dans ce monde.

Il est donc normal que nous cherchions Dieu, sans pour autant jamais le trouver complètement. Écoutez ce que dit le poète Kalil Gibran : « Contemplez le ruisseau, écoutez sa mélodie. Eternellement, il sera en quête de la mer, et bien que sa recherche n’ait pas de fin, il chante son mystère de crépuscule en crépuscule. Puissiez-vous chercher le Père comme le ruisseau cherche la mer » (1)

Nous savons que Dieu a laissé son empreinte en nous, c’est pourquoi Jésus nous aide à le trouver. Mais ce Dieu que Jésus nous aide à trouver est très différent de tout ce que l’on a dit, car il nous devient personnel. Dans le texte de ce matin Jésus s’implique dans notre recherche et nous provoque volontairement. Il ne s’encombre d’aucun a priori, et d’une manière surprenante il saute à pieds joints par-dessus les conventions.
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Il  parle de haine alors que nous nous attendons à ce qu’il parle d’amour. «  Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son Père ou sa Mère… ». Nous avons retenu seulement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

 Aujourd’hui, dans ce passage, Jésus recommande de haïr  même ses proches. Il n’a aucune parole rassurante pour mettre un baume sur nos inquiétudes. Pour nous stimuler, il nous demande de porter notre croix, comme W. Churchill promettait à son peuple du sang et des larmes. Il ouvre devant nous une perspective de souffrance et de mort.

Ainsi provoqués, nous allons pouvoir exercer notre sagacité. En fait, le jeu en vaut la chandelle. Jésus a l’intention de nous faire sortir des chemins battus. Il nous montre que Dieu n’a rien à voir avec les critères soigneusement recensés par les religions. Dieu pour lui ne se trouve pas dans un code de morale. Il est ailleurs que dans nos définitions théologiques. Dieu se situe avant tout dans une relation avec nous. Comme il a sacrifié sa divinité pour venir jusqu’à nous, il s’attend à ce que nous lui consacrions notre humanité.

Il nous propose sagement de faire le bilan de notre foi en nous racontant cette parabole banale du roi qui compte ses hommes, puis qui compte les hommes de l’adversaire et qui négocie la paix en fonction de ses propres forces parce qu’il préfère se soumettre plutôt que de risquer un combat perdu d’avance. La paix dans ce contexte devient un accord de moindre mal, un « gentleman agreement » que l’on a du mal à fonder théologiquement. Or nos vies ressemblent la plupart du temps à ces côtes mal taillée où l’on essaye de donner à chacun sa part. Dieu y compris. Nous composons avec Dieu, avec les hommes, avec notre vertu, avec le temps, si bien que notre existence ne ressemble plus à rien si non à un « melting pot » sans goût ni grâce ni saveur ni prétention.

En quelques phrases, Jésus a mis à mal tout notre édifice spirituel, pour que nous nous efforcions de le reconstruire. Nous n’osons même pas continuer notre lecture de l’Evangile de peur d’être encore plus déstabilisés car ajoute Jésus, «quiconque ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Il faut comprendre clairement que cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir Dieu en vérité sans abandonner tous les préjugés et tous les acquis de la société. Le chercheur de Dieu doit donc aller à contre-courant d’une société qui centralise tout sur l’homme.

Jésus met notre manière de raisonner totalement en cause en nous rappelant qu’avec Dieu, c’est tout ou rien. Pas question de partager prudemment entre Dieu et le monde. Pas question de demander à Dieu de se charger de notre âme d’une part et de choisir de gérer nous-mêmes et à notre gré nos autres activités. Il nous rappelle ainsi que Dieu est envahissant.

Jésus contemple alors la foule qui le suit comme un troupeau bêlant. Il les décrit comme des moutons cherchant à être pris en charge par un bon berger. Ils cherchent seulement un confort spirituel auprès d’un maître à la mode qui paraît pour lors efficace. Jésus renonce à se laisser manipuler par eux, il n’est pas un gourou rassurant qui profiterait des avantages de ses dons de guérisseur et de prédicateur pour s’assurer une notoriété. Il provoque la foule dont nous faisons tous partie pour que chacun sorte de lui-même et assume le poids de la croix qu’il doit porter.

Vous voulez être rassurés sur l’avenir de votre âme, vous voulez une religion facile qui soit distincte des religions traditionnelles. Vous voulez échapper aux tourments de la vie et être les privilégiés de Dieu, vous ne voulez plus être malades et vous voulez manger tous les jours à votre faim ! Mais vous valez mieux que cela, vous n’êtes pas des moutons promis à l’abattoir. Vous avez en vous la capacité d’être des rebelles, de vivre une passion dévorante, cette passion peut se vivre avec Dieu, mais elle réclame une rupture.

Dans l’Ecriture, la rupture est parfois féconde et créatrice, car elle demande à être habitée par un esprit inventif. La rupture c’est la distanciation nécessaire qu’il nous faut prendre par rapport aux conventions sociales qui nous enferment dans des catégories ou des préjugés. Il n’est donc pas étonnant que Jésus prenne la famille pour cible, parce qu’elle a un pouvoir contraignant et enfermant sur les individus. Pour que Dieu puisse s’emparer de nous il ne faut être retenu par aucun autre intérêt. C’est ainsi libérés et placés tout entier sous le charme de Dieu que nous pourrons devenir les conquérants d’un monde nouveau. De même que l’homme doit quitter son père et sa mère et s’il veut aimer sa femme, de même il faut mettre les exigences familiales au second degré de nos préoccupations pour laisser l’intuition de Dieu nous saisir et mettre nos vies à la disposition de Dieu.

Combien parmi nous ne trouvent-ils pas leur existence fade et sans avenir ? Ils se sont généralement comportés comme le roi de la parabole racontée par Jésus. Ils ont recherché leurs intérêts, ils ont fait la part des choses, et ils ont donné une importance calculée à chacun, ils n’ont cependant pas négligé Dieu, mais ils lui ont seulement réservé une part. Ils ont ainsi construit une vie raisonnable faite de concessions, sans que le hasard et l’aventure n’y aient leur place. Dieu mérite mieux que nos petites dispositions de sagesse humaine, il réclame toute notre activité, tous nos soucis, toutes nos préoccupations, la totalité de nos personnes. Dieu réclame de devenir le partenaire de notre vie et de la partager en totalité.

Affranchis des contingences humaines, Dieu nous rend libres et responsables
Il se peut que cette joyeuse liberté déplaise aux hommes qui cherchent à nous la prendre en nous enlevant la vie. Ce fut le cas de Jésus et de bien d’autres après lui. Mais leur mort ne fut-elle pas un cri de liberté et une ouverture vers la délivrance. Leur vie était en Dieu et la vie en Dieu est sans limite puisqu’elle lui est toute consacrée et qu’elle débouche quand tout est accompli dans la plénitude éternelle de Dieu, sans limite de temps et d’espace.



1. Jésus fils de l’homme page 71. Albin Michel



Ces images existent sur plusieurs blogs, mais je n'ai pas réussi à en trouver l'auteur. Qu'il soit félicité pour son talent. Si un lecteur trouve son nom, je le remercie de me le communiquer.




Ce texte avec quelques corrections a déjà été publié en septembre 2010

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