vendredi 29 mars 2013

Jean 10:27-30 dimanche 17 avril 2016 - Jésus et les moutons



Jean 10/27-30 


27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l'arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un. 

(J'ai publié ce sermon en avril 2013 et je ne trouve rien à y modifier, si non que l'équilibre du monde s'est un peu plus fracturé et que l'harmonie avec Dieu est encore plus nécessaire)

Depuis l’école primaire notre esprit est habité par l’image d’un agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Il avait l’innocence de l’enfant  qui tète encore sa mère et n’avait aucune raison de subir l’arrogance d’un loup que la faim avait attiré en ces lieux. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable au risque de voir leur inconscient déformé à tout jamais par l’affirmation selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette fable mémorisée par tant de têtes blondes n’a-t-elle pas contribué à conforter les plus vaillants dans leur bon droit, sans parler de l’effet néfaste qu’elle a pu avoir sur les plus vulnérables.

En dépit de cette histoire, si les agneaux contribuent encore à attendrir les humains, c’est qu’ils sont mignons, par contre ce même Monsieur de La Fontaine classe les moutons et autres espèces parmi les animaux stupides, et cette idée reste profondément ancrée dans l’opinion.

Il faudra alors qu’un petit prince descende de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur. Par le truchement d’Antoine de Saint Exupéry, voilà enfin le mouton redevenu un animal fréquentable. Il est même le sujet d’un entretien philosophique entre l’enfant et l’aviateur perdu dans les sables. Nous sommes inévitablement gagnés par la logique de l’enfant. Nous sommes alors  surpris que l’aviateur tourmenté par son problème de survie ne partage pas davantage le soucis du petit prince inquiet du sort de son mouton.

Jésus aurait sans doute trouvé beaucoup de saveur dans cette histoire, parce que lui aussi s’est intéressé au sort des brebis, perdues dans le désert ou menacées par les voleurs. Il a même consacré tout le chapitre 10 de l’Evangile de Jean  à nous parler de son souci à propos du sort des moutons. Le sermon d’aujourd’hui va s’appuyer sur un tout petit passage de ce long chapitre pour se demander pourquoi et comment Jésus leur promet une part de son éternité.  Sans doute, comme le petit Prince, Jésus se montrerait-il plus sensible au problème du mouton qu’à celui du  pilote  absorbé,  par ses ennuis de moteur. Vue par un enfant la situation prend une autre tournure, car il  est plus important pour lui de savoir dessiner un mouton que de réussir à démarrer un moteur en plein désert !

Sans doute  les contemporains de Jésus ont-ils eu, eux aussi beaucoup de mal à le suivre dans ses élucubrations au sujet des moutons. Jésus  ne voyait  pas le profit économique  que l’on pouvait  retirer de ces animaux. Il n’envisageait  pas le profit que l’on pouvait  retirer des moutons, grâce aux sacrifices du temple. Il ne voyait pas en eux des bêtes de boucherie, il ne cherchait pas à leur tondre la laine sur le dos, ni à les traire en vue de faire du fromage. Mais à quoi lui servaient-ils ?

-  A rien !

Les brebis dans ce récit n’ont aucune utilité. Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but c’est celui de les faire paître dans des près d’herbe tendre. Son seul souci, c’est celui de leur assurer le plus de confort possible. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucune rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, si non celle  de faire la joie de  leur berger.

Bien évidemment  nous sommes invités à nous retrouver dans le rôle des brebis.  Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, si non son plaisir. Notre fonction sur cette terre serait donc de  remplir Dieu de bonheur. Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand  elle nous  explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut  s’obtenir sans l’efficacité. Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que ceux qui nous dirigent, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard,  que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion.

Bien évidemment il ne faut pas être naïfs, nous devons quand même  revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve mais dans la réalité. Notre vie sur terre ne peut se résumer à cultiver un farniente  inutile qui finirait par être tout à fait ennuyeux. Mais ce n’est pas non plus ce que Jésus veut nous dire. Il veut simplement nous rappeler que  le but de notre vie c’est  en priorité de faire plaisir à Dieu.  Dieu, quand à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand  la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite, quand tous sont correctement nourris et quand les malades sont soignés, et que les guerres se terminent par une paix durable.  Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos  activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du
monde son bien huilés, et Dieu est satisfait. Tout cela n’exclut  pas la rentabilité ni l’efficacité dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

J’arrête ici ces propos, parce qu’ils ne convainquent personne. Utopie, diront les économistes. « Ça ne pourra jamais marcher » diront les politiciens. « Ce n’est qu’un ramassis de rêveries » affirmeront les philosophes qu’une telle simplicité rebute. Pourtant ces idées que l’on vient de formuler ne sont pas nouvelles, ce sont celles de Jésus Christ  lui-même.!  Elles sont au cœur même des idées qui animent notre société occidentale. Pendant des siècles n’a-t-on pas fait  de l’enseignement de Jésus la religion d’état ? Alors, pourquoi cela ne marche-t-il toujours pas ?

En fait les humains sont des créatures bizarres, ils projettent sur l’autre monde les idées que Jésus leur a transmises pour construire ce monde ci. Ils  imaginent, qu’après leur mort, le monde reposera sur des règles qu’ils refusent de respecter dans celui-ci. Pourquoi attendre le monde futur pour vivre comme Jésus le souhaite alors qu’il est théoriquement possible de le mettre en pratique dès maintenant ?

Mieux!  Je reviens alors au texte que nous méditons aujourd’hui.  Dieu est allé  plus loin encore que ce que nous pouvons imaginer. Il nous propose dès maintenant d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus  est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas dit-il,  car ils sont déjà passé de la mort à la vie.

Ce n’est donc plus notre fortune amassée tout au long de notre vie  qui fait de nous des êtres remarquables aux yeux de Dieu. Ce ne sont pas nos capacités professionnelles qui 
nous distinguent aux yeux de Dieu, c’est notre capacité à entrer dans son harmonie. C’est notre faculté de pouvoir nous mettre au service des autres qui constitue l’huile que nous devons mettre dans les rouages du monde pour que celui-ci soit en harmonie avec Dieu.

A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis que l’on n’élèverait pas  pour leur tondre  la laine sur le dos ou qu’on ne mangerait pas. En fait Dieu n’a pas fait  des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient  rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité que l’Ecriture dit qu’ils sont faits  l’image de Dieu. Qu’on se le dise !


les Images sont issues du Petit Prince de Saint Exupéry


jeudi 21 mars 2013

Jean 21:1-19 - dimanche 10 avril 2016


Jean 21 :1-19
Jésus apparaît à sept disciples -  dimanche 10 avril 2016
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1 Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples, à la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta.
2 Simon Pierre, Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples étaient ensemble. 3 Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous venons avec toi, nous aussi. Ils sortirent et montèrent dans le bateau ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. 

4 Le matin venu, Jésus se tint debout sur le rivage ; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus. 5 Jésus leur dit : Mes enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Ils lui répondirent : Non. 6 Il leur dit : Jetez le filet à droite du bateau, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc ; et ils n'étaient plus capables de le retirer, tant il y avait de poissons. 7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C'est le Seigneur ! Quand Simon Pierre eut entendu que c'était le Seigneur, il attacha son vêtement à la ceinture — car il était nu — et il se jeta à la mer. 8 Les autres disciples vinrent avec la barque, en traînant le filet plein de poissons, car ils n'étaient pas loin de la terre, à deux cents coudées environ. 

9 Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils voient là un feu de braises, du poisson posé dessus, et du pain. 10 Jésus leur dit : Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. 11 Simon Pierre monta dans le bateau et tira à terre le filet, plein de cent cinquante-trois gros poissons ; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. 

12 Jésus leur dit : Venez déjeuner. Aucun des disciples n'osait lui demander : Qui es-tu, toi ? Car ils savaient que c'était le Seigneur. 13 Jésus vient, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. 14C'était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples depuis qu'il s'était réveillé d'entre les morts. 

15 Après qu'ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Prends soin de mes agneaux. 16 Il lui dit une deuxième fois : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Sois le berger de mes moutons. 17 Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, es-tu mon ami ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : « Es-tu mon ami ? » Il lui répondit : Seigneur, toi, tu sais tout ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Prends soin de mes moutons. 18 Amen, amen, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu passais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te passera ta ceinture pour te mener où tu ne voudras pas. 19 Il dit cela pour signifier par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi.



Non, la page n’était pas tournée. La mort de Jésus n’avait pas effacé le terrible remord qui hantait la vie de Pierre. Le rôle du  traître ne lui allait pas et il ne pouvait pas s’y habituer. Après l’épisode du tombeau vide, la vie de Pierre aurait dû prendre un tournent nouveau dont il n’avait pas encore mesuré toute la portée. Mais il ne s’était encore rendu compte de rien. Rien n’avait encore réellement changé en lui et il était retourné à la pêche comme par le passé. La mort du Seigneur l’avait enfermé dans ce sentiment de culpabilité qui l’obsédait. Parfois le poids d'un remord ou les souvenir d'un passé impardonnable nous écartent de Dieu. Pierre nous a précédés sur le chemin d'une telle aventure et son histoire va nous aider à affronter nos propres mystères.

Habituellement  la mort nous permet de résoudre  plus facilement nos cas de conscience. Le néant  referme ses portes sur   les remords  qui finissent par s’atténuer. Pour Pierre, la résurrection était venue redonner vie à ce que la mort devait ensevelir lentement dans l’oubli. La  résurrection du Seigneur  rendait  vie à ce passé qu’il aurait voulu chasser loin de lui. Il ne savait pas encore que la résurrection allait opérer en lui  une transformation personnelle dont il ne se doutait pas encore. La résurrection allait devenir vraiment effective  pour lui à mesure qu’il découvrirait l’action bénéfique de Jésus en lui. La résurrection  n’était  donc pas un savoir, ni une croyance, mais c’était un état de fait qui transforme l’existence.

C’est Jésus qui revient de l’éternité pour le rencontrer et qui  l’interpelle. Il est désormais vivant pour toujours et  lui rafraichit la mémoire. Il rappelle d’abord à son souvenir les événements qui l’obsèdent. Il le fait avec tendresse  et lui dit pas trois fois « m’aimes- tu  plus que tous ceux- là? » Et Pierre entend « m’aimes-tu plus que tous ceux-là qui n’ont ont pas trahi » C’est à nouveau le chant du coq qui réveille le passé. Jésus encore une fois lui fait sentir qu’il est un traître, indigne de se tenir devant lui. Il a renié  son maître au moment où celui-ci avait besoin de lui. Il a le sentiment d’avoir  indirectement participé à sa crucifixion, c’est comme si lui-même avait enfoncé les clous.

La  résurrection maintient vivant tout ce qui devrait être anéanti par la mort, si bien qu’à cet instant précis elle n’est pas perçue par Pierre comme une «bonne nouvelle ». La faute qu’il aurait aimée voir  entrer dans l’oubli, reprend  place dans sa conscience avec une acuité douloureuse !  Mieux aurait valu pour Pierre que Jésus ne ressuscitât point.

Pourtant si cette scène nous est racontée de la sorte en pesant fortement sur les sentiments de Pierre, ce n’est pas pour l’enfoncer et lui fermer le ciel à tout jamais, c’est au contraire pour qu’il perçoive le profond pouvoir de guérison qu’il y a dans  la résurrection. Dieu le prend en charge tel qu’il est, avec ce profond dégoût de lui-même, pour le transformer et le faire entrer comme un homme nouveau dans l’éternité. C’est Pierre qui initie ce processus de transformation, mais ce même processus  est promis à tous ceux qui entrent dans la même démarche que lui.

Il y a des gestes, ou des paroles ou des pensées dont le seul souvenir nous pourrit la vie. Quand nous y pensons, tout cela  nous obsède et rien ne peut nous en libérer, pas même la promesse du pardon. Comme Pierre, il faut que nous soyons pris en charge, là où ça nous fait mal.

Pierre finira par comprendre que la résurrection a pouvoir d’effacer tout ce qui est irréparable, mais elle n’agit pas forcément sur l’instant. Elle agit comme un lent processus qui prend du temps pour faire effet en nous.  Ce processus  est le résultat de l’action de Dieu. Il relève de cette pulsion de vie nouvelle qui se produit en nous et qui puise son origine en Dieu quand  nous acceptons d’intégrer la réalité de la résurrection.

Ce n’est pas une notion simple à acquérir. Regardons comment Pierre se comporte ce matin-là dès qu’il a compris que  le Seigneur était vivant.  Il s’est mis à agir à contre temps. Il s’est jeté à l’eau alors que les autres avaient peine à amener la barque au rivage.  Il s’est habillé alors qu’il allait mouiller son vêtement. Il ne peut oublier que quelques jours au paravent, c’est le Seigneur qui avait enlevé ses vêtements pour lui laver les pieds. Il en avait fait toute une histoire avant de se laisser faire.  Maintenant, Il  laisse les autres ramener les filets sans lui, mais au lieu de se précipiter aux pieds du Seigneur,  il revient sur ses pas pour les tirer tout seul. Il a cherché à garder une contenance devant  Jésus et il l’a  totalement perdu. Il a tout faux. Son comportement révèle  son inconfort intérieur qu’il a du mal à dissimuler. C’est pour qu’il redevienne rapidement  comme avant que Jésus le prend personnellement en charge.

Bien sûr le Seigneur  n’ignore rien de tout ce que Pierre aurait aimé  lui cacher. Il n’ignore pas les torts qu’il a   envers lui.  C’est pour cela qu’il va tout mettre en œuvre pour que Pierre réagisse car il doit  provoquer en lui une profonde transformation. Elle s’opère du fait  que la notion de vie a pris un sens nouveau.

Jésus l’appelle « Simon », du nom qu’il avait jadis, avant qu’ils ne se connaissent. Il évoque ensuite ce moment  douloureux de son passé, où par trois fois Pierre l’a renié.  Il ne pourra  dépasser  tout ce souvenir qui l’accable dans notre passé que s’il accepte d’aller de l’avant  en laissant définitivement le passé derrière lui. Tout ce  qui encombre notre passé et nous empêche de vivre le présent ne peut être dépassé  que  si nous  entrons dans une dynamique de vie dont Dieu est partie prenante. C'est alors que Jésus le charge de mission: " prends soin de mes moutons", lui dit-il!

Certes, le pardon de Dieu est total et Jésus n’aurait pas besoin d’évoquer le passé douloureusement coupable de Pierre, si Pierre n’avait pas besoin d’assumer lui-même son passé pour le dépasser. C’est seulement après cette conversation avec Jésus que Pierre acceptera que sa vie prenne une nouvelle dimension et que la résurrection jouera son plein effet sur lui. Tant que nous n’aurons pas nous-mêmes vécu un tel moment  d’intimité avec Jésus, nous n’aurons pas  vraiment assumé la vraie dimension de la résurrection.

Nous connaissons tous des frères et des amis qui se sont éloignés de Dieu parce qu’ils n’acceptaient pas que le Seigneur porte un regard apaisant sur leurs fautes commises. «  Ma faute est trop grande pour que je puisse subsister devant Dieu » avait dit Caïn. Pire, nous connaissons tous des situations où se sont les hommes eux-mêmes  qui  font peser lourdement sur les coupables le poids de leurs fautes, si bien  qu’ils leur refusent ainsi toute possibilité de repentir. Ils  leur ferment  alors la porte à une possible  résurrection, ce qui rendra encore plus difficile au Seigneur la possibilité de les atteindre.

Le message que  Jésus adresse aujourd’hui à tous ces ressuscités potentiels que nous sommes, c’est de rester attentifs cette dimension de la résurrection.  C’est un supplément de vie que Dieu donne à tous,  quand ils lui expriment leur besoin de pardon et d’espérance. Il nous  charge ensuite de mission auprès de tous ceux qui se  sont écartés de Dieu ou que les hommes ont écartés de Dieu. C’est de pardon que nous devons parler, d’espérance aussi, mais surtout de vie. Nous restons conscients du fait que  Dieu pourra quand même les rejoindre sans notre aide, mais ce sera beaucoup plus facile si nous lui apportons notre collaboration.  Notre vocation est donc de devenir des agents efficaces de la résurrection auprès de ceux  qui n’ont pas encore compris qu’elle faisait partie de ce supplément de vie que Dieu  donne à tous eux qui croient

Aquarelle de Madeleine Diener

vendredi 15 mars 2013

Jean 20:19-31



 Jean 20:19-31 - Jésus apparaît à ses disciples - dimanche 7 avril 2013

19 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20 Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21 Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint. 23 A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.

Thomas et le ressuscité

24 Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, l'un des Douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais !
26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! 

Le but de ce livre

30 Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.



Avec les beaux jours, nous avons l’impression que Dieu revient pour visiter la terre qui s’était assoupie pendant les mois d’hiver. C’est une impression qui s’installe en nous tous les ans au moment de Pâques. La vie se remet à circuler au ras de terre, la sève trace son chemin sous l’écorce et les oiseaux envahissent tout l’espace aérien. Mais par-dessus tout, c’est aussi  ce moment où le calendrier nous rappelle qu’à Pâques Dieu a définitivement conquis la vie sur la mort. Tel est le mystère de la résurrection.

Notre optimisme naturel  nous entraîne à nouveau à nous émerveiller du fait que  le changement de saison s’harmonise avec le calendrier de nos célébrations religieuses. Il rappelle que Dieu est le maître de la vie et qu’en ce moment  de Pâques nous célébrons sa victoire sur la mort.  La venue du printemps n’est pas seulement une question de calendrier, c’est aussi le rappel que nous ne sommes pas seuls à habiter la terre.  Dieu s’est donné pour tâche de venir partager avec nous le destin du monde que nous habitons et  de faire progresser sa création en collaboration avec nous.

Pourtant, voilà que depuis quelques années, nous réalisons que les progrès ne vont pas dans le sens où nous le souhaitons. Si conformément  au calendrier la terre s’ouvre à la vie, c’est  la vie elle-même qui  n’offre  plus le même visage que  d’habitude. Elle  nous apparaît comme fragilisée par l’action de l’homme qui en voulant  rendre l’existence plus heureuse sur terre a mis en causes les règles de son évolution. La vie que nous croyions appartenir au domaine réservé de Dieu  est bousculée par  l’espèce humaine au grand damne de Dieu lui-même qui ne semble pas réagir.

La chose n’est pas évidente au premier coup d’œil. En effet,  apparemment notre existence s’améliore,  les maladies régressent, la durée de l’existence s’est allongée, le travail est devenu moins pénible. Pourtant  le doute  s’est emparé des humains quant au bienfondé de tous ces avantages. Les ressources naturelles s’amenuisent, l’eau se raréfie tout  en se polluant, la mer ne donne plus les poissons que l’on attend d’elle, la pollinisation des fleurs a du mal à se faire. La nature est malade de l’homme.

En jouant à l’apprenti sorcier, les hommes ont mis leur existence en danger. En décidant eux-mêmes de leur évolution indépendamment de Dieu, les humains s’en sont pris à Dieu lui-même.  En voulant se passer de lui, les hommes s’en sont pris à la vie dont Dieu était le maître. Dieu s’est trouvé rejeté loin des préoccupations des hommes et ceux-ci se trouvent tout d’un coup seuls pour faire face  à l’angoisse d’un avenir incertain. L’espérance s’amenuise et l’échec des hommes devient en même temps l’échec de Dieu.

Bien évidemment personne n’ose ouvertement partager une telle opinion.  La plupart des croyants  se refusent à imaginer que  Dieu puisse être vaincu par ses propres créatures.  Ils récusent cette accusation  qui mettrait à mal notre espérance  et détruirait en nous toute velléité à réagir. En fait notre  espérance semble rester intacte  pour nous qui faisons confiance aux promesses  de Pâques  telles quel nous  les avons reçues de Jésus Christ. 
Sans être totalement naïfs,  nous  avons quand même conscience d’avoir empiété sur le domaine de Dieu, mais  nous pensons cependant  que rien d’irrémédiable n’a été commis et nous restons persuadés que les enjeux sont ailleurs que dans notre manière de gérer la planète.  Nous sommes persuadés que Dieu continue à  s’affirmer comme le maître de la vie. Mais comment espérer que notre vie intérieure puisse être en voie de progrès si notre environnement physique est menacé ?

Nous ne cessons  portant de répéter, comme si rien n’avait changé, que Jésus est revenu vivant du monde  de la mort où son supplice l’avait entraîné. Par le miracle de la résurrection, Dieu a détruit la mort et les forces du mal ont été définitivement vaincues. Ainsi l’évocation de Pâques remplit-elle  son rôle  de pourvoyeuse d’espérance  auprès de ceux qui mettent leur confiance en Dieu. Mais la réalité est bien différente, car beaucoup de ceux qui ont cru au progrès illimité de la science et qui ont déchanté depuis longtemps, ne trouvent plus en Dieu les réconforts qu’ils seraient en droit d’espérer. Ils se comportent pour la plupart comme si, en prenant acte de leur propre échec ils en avaient déduit celui de Dieu.

Mais si une telle attitude se trouve dans les pays industrialisés, elle ne s’est pas généralisée sur la planète. C’est dans les pays où la vie est le plus contestée  et où   les humains seraient en droit de se révolter  que la foi reste vive. Les croyants  continuent à placer leur foi en ce Dieu qui alimente leur espérance.

Il nous faut cependant  en déduire que plus les hommes sont  performants dans leurs prouesses techniques, plus ils ont tendance à se passer de Dieu et à agir sans lui.  Que des événements les amènent à perdre foi en eux-mêmes, c’est alors qu’ils perdent aussi  foi en Dieu.  C’est ce type de constatation que répandent  dans nos sphères, quantité  de prophètes alarmistes. Ils considèrent que puisque les hommes n’ont plus de réponse en eux-mêmes aux  problèmes de notre temps, ils ne doivent plus espérer de réponses venues d’ailleurs.

Heureusement que Thomas, vient encore une fois ce matin nous prêter main forte. C’est lui qui le premier à douté du fait que Dieu pouvait restaurer la vie de ceux qui sont morts  et la  redonner à ceux qui l’avait perdue. Le doute à partir duquel il a construit sa foi, a été pour lui un moteur qui est censé l’avoir  propulsé  jusqu’aux Indes, selon la tradition.

Si la vie moderne  nous bouscule au point de nous faire douter de l’avenir de l’homme, la foi elle, nous invite à découvrir que l’avenir de l’homme dépend de l’avenir de Dieu. Tant que nous ferons confiance à  Dieu pour alimenter notre espérance nous continuerons à entreprendre  des actions porteuses d’avenir. Rappelons-nous comment Thomas a réagi quand les autres l’ont provoqué. Il a répondu qu’il ne croirait que quand il aurait la preuve de la résurrection. Quand huit jours après Jésus vint vers lui,  et qu’il a  parlé à sa sensibilité et à son âme, Thomas a cessé d’avoir besoin de preuve pour croire.  

Quand bousculés par l’avenir incertain de la planète, nous remettons notre foi en cause, demandons-nous vraiment ce qui nous amène à douter. Nous réaliserons alors que ce sont des événements extérieurs, qui ne relèvent pas de notre vie intérieure qui nous troublent mais  des arguments  que véhiculent les humains. Ce sont les faits sensibles qui alimentent le doute, mais la réalité de notre foi est ailleurs.  Elle n’est pas dans ce qui est visible, mais elle est dans ce que nous vivons au fond de  nous-mêmes en intimité avec Dieu. Si un jour nous avons entendu la voix de Jésus, ce ne fut pas par une onde sonore qu’elle est parvenue jusqu’à nous, c’est par une intuition intérieure qu’elle s’est imposée à nous comme une vérité qui nous venait de lui.

Notre relation à Dieu ne peut pas être altérée par les informations que les hommes  se colportent les uns aux autres. La science n’a aucune emprise sur notre vie intérieure qui se déroule en tête à tête avec Dieu. La vie que nous donne Dieu et qui se revêt des couleurs de la résurrection n’est pas une vie matérielle, elle n’a pas besoin du support physique d’un corps, mais elle porte en elle la réalité de l’éternité. Assurés de la réalité de cette vie intérieure qui nous habite, nous pouvons nous engager tout entier au service de la vie pour les autres. De cette vie, à laquelle nous travaillons, jaillira l’espérance. L’espérance sera désormais la marque de Dieu en nous. Elle s’appuie sur une réalité qui nous est personnelle et qui  porte en elle la trace de Dieu.