samedi 27 octobre 2012

Marc 13: 24-32

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. Marc 13 :24-32 La fin des temps- la fin d'un temps - dimanche  18 novembre 2012

24  Mais en ces jours-là, après cette détresse-là,
le soleil s'obscurcira,
la lune ne donnera plus sa clarté,
25 les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.
26 Alors on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées avec beaucoup de puissance, avec gloire. 27 Alors il enverra les anges et rassemblera des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel, ceux qu'il a choisis.

28 Laissez-vous instruire par la parabole tirée du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l'été est proche. 29 De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez qu'il est proche, aux portes.
30 Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
Dieu seul connaît le moment de la fin
32 Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul.


Jésus avait-il la même conception que nous de la fin des temps ? Voyait-il le déroulement de l’histoire de la même manière que ses contemporains?

- Sans doute pas.  Nous allons nous aventurer ce matin sur un terrain glissant dont les sectes se sont emparées : celui du grand jour final.  Discrètement nos  églises, leur ont laissé la place. Pourtant, de temps en temps il est bon que l’on fasse le point sur la question. En fait, qu’en est-il de cette question? 

Notre vision des choses finales est faite de craintes et d’inquiétudes  car nous avons pris l’habitude de croire que le monde courrait vers  une fin catastrophique. A force de l’imaginer et de le croire  nous avons fini par  être persuadés  que telle était la vision de Jésus lui-même. Pour nous conforter dans cette idée là, nous avons fini par sélectionner dans l’Ecriture les textes qui confortaient l’hypothèse d’une fin violente et nous avons ignoré les autres. Or dans ce passage l’Evangile utilise plusieurs interprétations qui ont été plus ou moins volontairement  entremêlées par les auteurs, même si elles sont   en contradiction les unes avec les autres.

L’auteur de l’Evangile emprunte d’abord une vision à Esaïe qui décrit des événements cosmiques inquiétants : « la lune s’obscurcira, les étoiles tomberont... » puis il cite le prophète Daniel disant qu’alors viendra le fils de l’homme. Ensuite l’auteur raconte comment en bon observateur des choses le croyant  peut repérer la venue du Fils de l’homme seulement en regardant les rameaux verdir au printemps.

A la fin du récit, l’auteur prête à Jésus des propos plus inquiétants en suggérant  une fin tragique pour le monde  avant  la fin de cette  génération. Vu le mélange des genres rassemblés ici en quelques lignes, on peut se demander si Jésus pense à une fin tragique du monde  ou s’il suggère  que le mode est en train d’accomplir calmement son destin ?  Vous avez déjà compris, que je ne vais pas trancher sans avoir vraiment compris de quoi Jésus parle. Il dit encore que nul ne connaît ni le jour ni l’heure, pas même le Fils, c’est-à-dire qu’il n’y a pas urgence à s’inquiéter.  Cette question ne nous concerne donc pas  directement et nous n’avons donc pas à nous la poser.

Mais alors de quoi est-il question quand  l’Evangéliste Marc  emprunte à Esaïe cette histoire d’étoiles qui tombent ou de ciel qui s’obscurcit, et pourquoi dit-il encore que c’est aussi évident que la venue du printemps ? En fait il ne parle pas de la fin des temps ou de la fin du monde, mais de la venue du Fils de l’homme, et c’est nous qui avons mêlé les deux événements. C’est nous qui dans notre logique avons fait du retour du Christ la condition nécessaire pour que se produise la fin des temps.

Les théologiens, contemporains de Jésus nous ont maintenus dans cette confusion. En effet certains textes bibliques mêlent la bonne nouvelle de la résurrection et l’attente du Messie. Les deux événements se confondaient dans leur esprit. Pour la pensée juive, le Messie devait  arriver à la fin des temps, et nous avons fait entrer cette conviction dans notre propre manière de penser en disant simplement que  le retour du Christ dans la pensée Chrétienne correspondait  à la venue du Messie pour les juifs.  Mais était-ce la bonne manière de voir les choses ?

C’était un peu simpliste. En effet si la foi chrétienne affirme que le Christ sera présent à la fin des temps, elle affirme aussi, et c’est l’essentiel de notre foi  que depuis la Pentecôte, le Christ ne cesse pas d’être présent parmi nous. A partir de cet événement, il est dans l’état d’un perpétuel retour.

Ainsi Jésus ne répond pas dans ces textes à la question qui nous hante: Comment  tout cela va-t-il finir,  mais il  nous interroge pour savoir comment nous percevons sa présence dans le monde, et il nous donne des points de repère.

Reprenant les grandes prophéties d’Esaïe, il fait allusion à des événements catastrophiques comme nous pouvons déjà en avoir déjà vécus, ou comme nous pouvons en avoir eu des témoignages et il nous interpelle au niveau de notre foi : « Savez-vous discerner la présence du Christ »  nous dit-il à partir de la prophétie sur les étoiles qui palissent et sur le ciel qui s’obscurcit « quand des catastrophes incompréhensibles s’abattent sur le monde et font des milliers de victimes ?

 Même dans ces conditions, nous dit Jésus,  même dans les moments les plus obscures, le Christ reste présent pour rassembler et soutenir ceux qui croient en lui. Il nous exhorte alors au milieu des catastrophes pour nous rappeler que quand les violences sont déchaînées, quand les atrocités voilent pour un temps la vision du Christ et quand les cris d’horreur couvrent sa voix, le Fils de l’homme c’est à dire Jésus Christ n’en reste pas moins maître de notre situation.  Si des événements contraires sèment la terreur et la mort sur leur passage le Christ continue à maintenir ouvertes les portes de son Royaume pour ceux qui brutalement cessent de vivre.  Même quand  la mort semble victorieuse, le Christ  se présente toujours comme le vainqueur de la mort. Jésus n’a jamais caché que notre vie n’était pas seulement de ce monde.

 Il nous a habitués à croire que nous étions promis à la résurrection et il ne veut pas que nous perdions cette assurance quand la folie des hommes ou des éléments s’empare pour un temps de l’histoire.  Dieu laisse les hommes conduire l’histoire du monde, c’est pourquoi il parait parfois absent, mais il continue silencieusement à inspirer, conduire et diriger ceux qui se confient en lui. Seuls les croyants ont alors le privilège de le reconnaître et de l’entendre, et c’est parce qu’ils l’entendent qu’ils ne cessent d’espérer.

Ne croyez pas que je prenne la voie de la facilité pour dire cela. J’exprime ici mes convictions les plus profondes qui me poussent à croire que dans les événements les plus destructeurs, le Christ reste maître de la situation, même si on ne le voit pas.

Mais les événements ne sont pas toujours violents, la vie s’écoule bien souvent d’une manière plus paisible. Les jours succèdent aux jours et on va de Noël à Pâques sans heurt et sans histoire, si bien que dans ces situations là aussi, on est amené à se poser la même question que précédemment : « Le Christ est-il visible parmi nous? »
Or il ne semble pas à première vue qu’il soit vraiment encore présent?

Les messages issus des milieux religieux ne présentent rien de pertinent et ne répondent pas  aux inquiétudes des peuples en quête d’interventions divines significatives. Malgré le calme apparent, des bruits de guerres se font plus précis et inquiètent, les prédictions du calendrier Maya que les esprits forts méprisent troublent  les plus crédules, finalement, tout donne à s’inquiéter dans un monde où Dieu semble absent.  

Pourtant la présence bienveillante de Dieu est visible à l’œil  nu prophétise Jésus. Il est visible dans tous les gestes d’amour, dans les gestes de tendresse naïve ou maladroite, dans cette poignée de main donnée qui réconforte l’homme abandonné, ou dans ce regard amical adressé au condamné qui se désespère. Il est visible dans ce baiser que l’on vous donne et que l’on n’attend pas, dans ce sourire qu’un inconnu vous adresse au moment où le courage vous quitte. Il est dans ces relations de tous les jours qui mettent du soleil dans la vie. Toutes  ces choses  peuvent être mièvres ou à peine perceptibles, elles n’en sont pas moins des signes discrets par lesquels le Christ  est bien de retour parmi nous et qu’il nous réconforte.  Il nous faut apprendre ainsi à discerner dans le quotidien tous les petits miracles qui frémissent de  la présence du Christ.

Nous devons retenir de ce message de Jésus aux siens que sa présence effective ne se voit pas forcément. Il faut que chacun apprenne à porter sur les êtres qui l’entourent ce même regard que Jésus porte sur eux afin que ceux qui doutent et qui désespèrent puisse discerner la présence de Dieu et de son Christ dans le monde.  Sa présence ainsi repérée chaque jour nous entraîne doucement avec lui jusqu’au jour du grand face à face qui sera le premier d’une nouvelle série, mais nul n’en sait ni le jour ni l’heure.


lundi 22 octobre 2012

Marc 12:38-44 -

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Marc 12 :38-44. La pauvre veuve  Dimanche 11 novembre 2012

35 Jésus enseignait dans le temple : Comment les scribes peuvent-ils dire que le Christ est fils de David ? 36 David lui-même, par l'Esprit saint, a dit :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Assieds-toi à ma droite,
jusqu'à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds.
37 David lui-même l'appelle Seigneur ; d'où peut-il donc être son fils ? Et la foule, nombreuse, l'écoutait avec plaisir.
Contre les scribes

38 Il leur disait, dans son enseignement : Gardez-vous des scribes ; ils aiment se promener avec de longues robes, être salués sur les places publiques, 39 avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ; 40 ils dévorent les maisons des veuves et, pour l'apparence, ils font de longues prières. Ils recevront un jugement particulièrement sévère. 
L'offrande de la veuve
41 S'étant assis en face du Trésor, il regardait comment la foule y mettait de la monnaie de bronze. Nombre de riches mettaient beaucoup. 42 Vint aussi une pauvre veuve qui mit deux leptes valant un quadrant. 43 Alors il appela ses disciples et leur dit : Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis quelque chose dans le Trésor ; 44 car tous ont mis de leur abondance, mais elle, elle a mis, de son manque, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.


On  se sent bien petit et plein d’admiration devant un tel texte. On admire  la foi de cette femme, mais on n’a nullement envie de lui ressembler. C’est souvent ainsi dans l’Évangile. Les gens que l’on nous donne à admirer, voire même à nous identifier à eux, sont  bien souvent  des laissés pour compte, telle cette femme. On dirait que malgré les difficultés de notre vie Jésus nous reproche les bons moments que nous avons et les quelques avantages que notre société nous procure.

Pendant des générations, on a retenu pour faire son salut qu’il fallait être pauvre comme saint François d’Assise et se réjouir  de sa pauvreté et de sa médiocrité. C’est ainsi que l’on a  compris les choses  pendant de nombreux siècles jusqu’à ce que la Réforme  bouscule le bien-fondé de cette situation et rappelle que le salut est gratuit et qu’on ne l’acquiert pas en se faisant volontairement pauvre. Si Jésus montre cette femme en exemple, ce n’est pas pour montrer que le dénuement mène à Dieu mais pour  dire que  la richesse peut faire obstacle à la perception de la volonté de Dieu.

Pourtant ici en lisant ce texte nous ne pouvons qu’éprouver un profond malaise. Cette  petite scène anodine va nous amener à nous poser des questions sur la personne de Jésus lui-même et sur  sa manière d’être présent au monde. Il y a en effet,  ici un certain nombre d’incohérences dont il va bien falloir rendre compte pour essayer de comprendre la portée de l’enseignement de Jésus.

Pour peu que notre esprit soit en éveil,  et qu’il  soit assez critique, nous serons sans doute surpris, si non choqués en constatant que  Jésus félicite une femme pour avoir fait  un  geste qui ne va servir à rien.

Il  fait  devant ses intimes l’éloge  de cette  pauvre femme qui se sacrifie en donnant tout ce qui lui est nécessaire à la vie pour l’entretien  du temple de Jérusalem dont il annonce par ailleurs, la destruction dans les instants qui suivent. Cette constatation est assez choquante, pour nous arrêter et nous forcer à chercher une explication logique, car  pour l’instant Jésus approuve un sacrifice qui, selon son propre jugement ne servira à rien.

En fait tout est ici fait pour nous mettre mal à l’aise, et nous avons l’impression d’être pris au piège de notre propre foi.  Jésus semble être blasé par le spectacle de la collecte de l’argent. «  Jésus regardait comment les foules mettaient de l’argent, plusieurs riches mettaient beaucoup... » Jésus ne critique pas, il ne louange pas non plus, il regarde simplement. Il ne porte  aucun jugement de valeur sur ceux qui donnent beaucoup. Il attire cependant  l’attention de ses amis sur la veuve  dont il est question ici.  Le  texte insiste sur l’insignifiance de la somme qu’elle met dans le tronc: « 2 pièces faisant un quart de sou ». Autant dire rien du tout,  mais cette faible sommes a une grande valeur pour elle car  elle a donné de son nécessaire. Elle  s’est servi de l’argent du ménage pour plaire à Dieu, croit-elle  car elle lui a donné la valeur du morceau de pain qu’elle ne mangera pas.

Jésus ne fait aucun commentaire pour dire si Dieu y trouve son compte et s’il se réjouit d’un geste qui ne sert à rien. Cependant un tel geste représente pour  elle   tout son potentiel de vie. Ainsi elle entre  avec Dieu dans une relation de vie. Il y a ici bien plus qu’un simple geste, bien plus qu’une simple action de grâces,  elle  donne matériellement sa vie. Jésus ne commente pas dans le sens où nous l’espérons.  En donnant cet exemple, l’évangéliste recommande que notre relation à Dieu soit de l’ordre du vital. Notre relation à Dieu est aussi importante que la vie que nous menons, que l’air que nous respirons  ou que le pain que nous mangeons. Qui  pourrait faire comme elle, dans une  société où l’argent est devenu le maître à penser, et  où n’a de valeur aujourd’hui que ce qui permet un profit immédiat.

Le geste de la femme est cité en exemple sans qu’aucun autre commentaire ne soit fait, ni sur l’argent, ni sur les riches. La femme ne sait même pas qu’elle a retenu l’attention de Jésus pendant quelques secondes. Jésus n’a même pas eu une parole pour lui dire la faveur de Dieu à son égard, ni même si Dieu se réjouit d’un tel sacrifice.  L’Évangile insiste seulement sur la valeur du sacrifice volontaire qui établit une relation de vie entre Dieu et la femme. C’est tout. On aurait envie de faire les commentaires que Jésus ne fait pas.

Mais tout n’est pas si simple car le temple va être détruit. L’étrange prophétie de Jésus annonçant la disparition du temple semble rendre vain et inutile cet acte qui lie la femme à son Dieu. Le temple par lequel passe sa relation à Dieu  et pour lequel elle sacrifie ainsi sa vie sera démoli!  Il ne restera  plus pierre sur pierre. Comment Jésus peut-il faire une telle prophétie, qui va se réaliser dans une génération, après avoir insisté sur le geste de cette  femme que cette prophétie rend parfaitement inutile?

En fait il me semble que les choses ne sont pas inscrites  à l’avance dans  l’histoire. Il n’y a pas de déterminisme dans la pensée judéo-chrétienne. Jamais on ne pourra dire c’était écrit, sans quoi l’intervention de Dieu dans l’histoire n’aurait pas de sens. Le jour de notre mort, et l’événement par lequel nous quitterons cette terre n’est pas écrit à l’avance,  dans le livre de Dieu comme on le pense dans d’autres religions.

 S’il en était ainsi la  révélation chrétienne n’aurait aucun sens puisque les hommes seraient voués à un destin préétabli et dans un tel contexte, le ministère de Jésus n’aurait aucun sens. L’histoire se vit donc au jour le jour dans l’existence des hommes qui cherchent par leurs actions à répondre à la mission et à la vocation que Dieu leur a données. C’est dans ce contexte que s’inscrit le geste de la femme. Le geste de la femme va dans le sens de la vie telle que Dieu la souhaite et telle que Jésus, l’annonce, même si l’histoire montrera que le Temple ne jouera aucun rôle par la suite. Pour l’instant et pour la relation de cette femme avec son Dieu il joue un rôle considérable.  En contribuant de tout son être à l’édification du sanctuaire  terrestre où réside le nom de Dieu elle participe à la volonté créatrice du Seigneur. C’est dans ce sens que Jésus valorise son action.

Ce geste n’empêche pas pour autant Jésus de considérer avec lucidité la  situation socio-politique de son époque. Jésus sait, comme tout un chacun que si les tensions entre juifs et romains persistent, la guerre finira par éclater et le sanctuaire sera détruit. La prophétie de Jésus relève de la lucidité politique plutôt que de la théologie. La théologie sur la destruction du temple sera élaborée après coup par ses disciples et ses apôtres qui chercheront une logique là où il n’y en avait pas forcément.

 La destruction du temple est de l’ordre du possible et même du probable, elle est liée au péché et à la violence des hommes et pas forcément à la volonté de Dieu. Encore une fois répétons que les hommes sont appelés chaque jour à construire l’histoire avec leur Dieu  en y mettant tout le bien qu’il leur inspire.

Si Jésus  savait que Dieu avait décidé la destruction du Temple, il n’aurait pas tenu les propos qu’il a tenus sur la veuve comme il l’a fait. Jésus ne s’est jamais très clairement exprimé sur la destruction du temple, se sont ses ennemis qui au moment du procès ont joué sur les mots.  « Il a parlé de la destruction du temple » disaient-ils et l’évangéliste Jean d’ajouter « qu’il parlait du temple de son corps ». Les disciples en fait n’ont retenu que des paroles ambiguës à propos du temple que Jésus a purifié avant sa mort (dimanche des rameaux) et auquel il s’est identifié. Ni l’Évangile de Matthieu  ni l’Évangile de Jean n’ont retenu la prophétie que seule Marc et Luc rapportent.

C’est pourquoi en prophétisant la destruction du temple Jésus n’a pas  fait  état d’une décision préétablie de Dieu qui conduirait l’histoire indépendamment des hommes, mais Jésus a fait état des conséquences inévitables que le péché des hommes pouvait avoir sur la religion et sur la société de son temps. L’histoire peut ainsi rendre vains des gestes qui étaient pourtant porteurs d’avenir au moment où ils ont été faits.

C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter le geste de la femme qui met toute sa vie au service de la cause de son Dieu, mais ce geste n’empêchera pourtant pas les hommes de commettre l’irréparable et d’entraîner dans leur folie la destruction du temple comme ce fut jadis le cas à l’époque de Nabuchodonosor.

vendredi 12 octobre 2012

Marc 12:28-34


.Marc 12 :28-34 Le premier de tous les commandements - dimanche 4 novembre 2012

28 Un des scribes, qui les avait entendus débattre et voyait qu'il leur avait bien répondu, vint lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? 29 Jésus répondit : Le premier, c'est : Ecoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, 30 et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. 31 Le second, c'est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.

32 Le scribe lui dit : C'est bien, maître ; tu as dit avec vérité qu'il est un et qu'il n'y en a pas d'autre que lui, 33 et que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et les sacrifices. 34 Jésus, voyant qu'il avait répondu judicieusement, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n'osait plus l'interroger.


Que serait le monde sans amour ? Les poètes l’ont chanté, les peintres l’ont représenté et notre tête est remplie de souvenirs d’amours passées qui subsistent peut être encore et qui enchantent notre mémoire. Sans amour, l’humanité  disparaîtrait dans l’oubli et dans la mort. Comment pourrait-on vivre si personne n’éprouvait l’ombre d’un sentiment pour nous ou si nous n’éprouvions aucun sentiment pour personne. Jésus a bien vu que les hommes ne peuvent vivre sans l’amour qu’ils échangent avec leurs semblables, c’est pourquoi à la demande d’un jeune scribe sympathique il a extrait des 613 articles de la loi deux commandements  dont l’un parle de l’amour de Dieu et l’autre de l’amour du prochain.

L’amour est un sentiment que l’on a du mal à analyser. Il provient du plus profond de nous-mêmes et fait vibrer notre âme d’une manière exquise sans que l’on sache vraiment quels en sont les causes. Cependant chacun de ses  effets embellit tellement la vie  qu’elle se trouve radicalement transformée. L’amour  fonctionne comme un moteur qui fait avancer notre vie sur la voie du bonheur. Il se cache dans tous les recoins de l’être et arrache de notre cœur des sentiments d’extase et d’exaltation pour une autre personne qui ne provoque apparemment pas les mêmes émotions chez les autres. Au lieu de s’en tenir à ces constatations bucoliques,  les chercheurs ont voulu aller plus loin et ils ont édulcoré la beauté du sentiment. Ils ont parlé de phéromones et d’autres substances chimiques qui seraient à l’origine du phénomène. Mais peu importe, contentons-nous de constater que ce phénomène fonctionne et que nous profitons de  ses effets.

L’Amour  n’est pas seulement suscité par d’autres personnes au contact desquelles nous nous trouvons. Il peut être provoqué en nous par toutes sortes de choses. C’est ainsi qu’on aime certaines musiques, qu’on s’attache à certaines peintures, que l’on apprécie le confort d’une maison ou d’une voiture, c’est pourquoi on se laisse aller à dire  que nous aimons tel objet, voire même telle situation. Ce sentiment s’empare tellement de notre vie qu’on arrive même à ne plus l’écrire ou le décrire. On  a fini par le représenter  par des icônes en forme de cœurs. On l’imprime même sur nos tees shirts pour dire que l’on ne peut vivre sans amour.

Conscients de la nécessité de ce sentiment et du bien qu’il nous procure, nous nous engageons cependant sur les chemins de la vie en laissant sur notre passage des sentiments d’indifférence, d’hostilité ou de haine qui mettent à mal  toute cette quiétude que nous venons d’évoquer. Nous nous comportons  comme si nous avions comme un malin plaisir à  abimer ce qui nous fait du bien.  Nous véhiculons sur notre passage des comportements qui désenchantent notre vie, alors que tout devrait fonctionner  pour la rendre  belle et ouverte à l’avenir. On a donc raison de dire que l’homme est un être bizarre qui connaît la marche à suivre pour être heureux mais qui délibérément en utilise une autre.

Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire que tout cela est la cause du péché, même si nous serons amenés à  considérer à la fin de notre propos que c’est la seule réponse possible. Il me semble avant tout que l’on exclue de notre comportement celui qui, à l’origine, est l’inventeur de l’amour : Dieu. En effet, quand on prononce le nom de Dieu, ce n’est pas  au sentiment d’amour que l’on pense en premier, sauf exception.  Quand on pense à Dieu, on fait référence  à des notions de toute puissance, de création, de péché, mais  on ne pense au mot «amour» que si on est un pratiquant de la foi chrétienne, et encore ce sentiment n’arrive pas en tête dans l’ ordre des valeurs concernant Dieu.

Or Jésus va consacrer toute sa vie à nous dire  que ce sentiment doit être premier et qu’il ne peut y avoir de relation à Dieu sans amour.  C’est par là que l’on doit commencer quand on veut parler de Dieu aux hommes. Pourtant, la plupart du temps, ce n’est pas par-là que l’on commence. Où est  donc l’origine de ce  dysfonctionnement ?

C’est sans doute notre tradition qu’il faut incriminer parce qu’elle  présente les préceptes de la Bible comme des commandements. Elle considère que  la pratique de l’amour doit-être soumise à un ordre venu d’en haut : « tu aimeras » est-il dit. Or l’amour est un sentiment que l’on ne commande pas. On  ne peut nullement aimer sur ordre, même sur ordre de Dieu. On a cependant considéré depuis toujours que le terme de « commandement » était le mieux approprié pour parler de notre relation à Dieu pourtant, le Livre du Deutéronome parle plus volontiers de « paroles » que de « commandements ».  Ce mot de parole, derrière lequel se cache  le pouvoir créateur de Dieu, exprime  plus un souhait de sa part qu’un ordre. En effet, notre relation avec Dieu relève plus du désir de vivre ensemble que de l’obligation  de le faire. Notre désir se portera d’autant plus vers Dieu que nous nous sentirons libres de le faire.

Mais on ne change pas aussi facilement des siècles de tradition. Jésus s’y est attaqué en nous présentant Dieu sous un autre visage que celui du maître exigeant et contraignant. Il a préféré celui du Père aimant, soucieux du mieux-être de ses enfants, mais curieusement, les évangélistes qui nous ont rapporté son enseignement ont conservé un mot grec qu’il est d’usage de traduire par « commandement ». Nous ne dérogerons pas à cette règle à notre tour, mais nous nous souviendrons intérieurement que  Jésus en appelle d’abord à la qualité de nos sentiments envers Dieu et envers les autres.

A peine ce premier obstacle levé, en voici un autre qui se dresse sous nos pas. Il s’agit de ce celui provoqué par Dieu lui-même.  Jacques Brel dans une de ses chansons célèbres disait : « Que connais-tu de Dieu grand Jacques ?... Tu ne connais rien de lui. » Jacques Brel sans le vouloir avait soulevé un obstacle majeur. On ne peut aimer  Dieu que si on le connaît, or  on ne le connaît pas vraiment. Certes, on nous a parlé de lui, on nous l’a décrit comme un Dieu tout puissant et maître de l’univers,  un Dieu qui prononce le premier et le dernier mot de toute vie. Un tel Dieu provoque la crainte et le respect, mais ne suscite aucun sentiment d’amour. Pour l’aimer, il faut le connaître, pour le connaître, il faut le rencontrer.

Toute la Bible nous parle de rencontre avec Dieu. Ce fut d’abord celle d’Abraham qui parlait face à face avec lui. Ce fut aussi Jacob qui lutta avec lui ou Moïse qui le reconnut dans un buisson de feu. Une telle rencontre doit aussi devenir la nôtre. Elle peut se faire de mille façons, mais la plus part du temps, elle se fait dans l’intimité de sa vie personnelle. Cela peut avoir lieu dans le secret d’une descente  à l’intérieur de nous-mêmes, dans l’intimité de notre cœur, là où Dieu nous attend et développe avec nous une relation intime qui lentement devient de l’amour et nous rend dépendants l’un de l’autre.

Si cette vie intime avec Dieu nous comble de bien être, Jésus nous révèle que ça ne peut pas s’arrêter là et que l’amour avec Dieu perdra de sa vigueur au risque de s’éteindre définitivement   si nous ne l’accompagnons pas d’actes concrets à l’égard des autres. Ce sont ces actes qui réjouissent Dieu et qui alimentent son amour pour nous. C’est ce que Jésus nous rappelle dans le deuxième commandement. Le prochain devient pour nous celui en qui se réalisent nos gestes d’amour pour Dieu, car Dieu cache son visage derrière celui de ceux que nous rencontrons. Dieu et notre prochain confondent leur visage en un seul et Dieu ne peut être vraiment connu que dans la mesure où on l’a reconnu dans l’autre.

Quand Jésus nous demande d’aimer notre prochain, il ne nous demande pas de faire un effort particulier, il nous invite simplement à exprimer par des actes à l’égard des autres les sentiments que Dieu provoque lui-même en nous. L’amour des autres devient automatiquement la conséquence de l’amour que nous avons pour Dieu.

La réciproque n’est pas forcément vraie. Certains ont conservé par devers eux  une image tellement altérée de Dieu à cause des violences que les hommes pratiquent entre eux qu’ils peinent à  éliminer cette image que des siècles d’histoire leur ont transmise. Les guerres que les hommes se sont faites au nom de Dieu et qu’ils continuent à se faire,  ont grandement  contribué à altérer son image si bien  que ces gens  peuvent aimer les autres sans que cet amour fasse naître en eux un sentiment pour Dieu. Il nous faut donc travailler à rendre crédible cette image de Dieu qui abandonne sa toute- puissance au profit de sa relation paternelle avec chacune et chacun de nous. Si par contre,  notre relation avec les autres hommes n’est pas bonne et se détériore, c’est que notre relation à Dieu n’est pas bonne non plus. Notre relation avec les autres s’améliorera forcément du fait que nous nous attacherons à améliorer notre relation à Dieu.

Illustrations : Gustav Klimt : le baiser

dimanche 7 octobre 2012

Marc 10:46-52


Marc 10/46-52  L’aveugle Bartimée: dimanche  28 octobre 2012

46 Ils viennent à Jéricho. Et comme il sortait de Jéricho, avec ses disciples et une foule importante, un mendiant aveugle, Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin. 47 Il entendit que c'était Jésus le Nazaréen et se mit à crier : Fils de David, Jésus, aie compassion de moi ! 48 Beaucoup le rabrouaient pour le faire taire ; mais il criait d'autant plus : Fils de David, aie compassion de moi ! 49 Jésus s'arrêta et dit : Appelez-le. Ils appelèrent l'aveugle en lui disant : Courage ! Lève-toi, il t'appelle ! 50 Il jeta son vêtement, se leva d'un bond et vint vers Jésus. 51 Jésus lui demanda : Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, lui dit l'aveugle, que je retrouve la vue ! 52 Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il retrouva la vue et se mit à le suivre sur le chemin.

Quelle est donc cette puissance qui anime Jésus ? Il est bien évidemment habité par quelque chose  qui lui vient de Dieu mais qui ne fait pourtant pas  de lui un être extraordinaire. Pour le moment il s’est seulement manifesté comme un rabbi plein de sagesse ou comme un guérisseur compétent.   Mais les  foules croient discerner en lui un «plus» que n’ont pas les autres. C’est pour exprimer cela que les Évangiles saluent Jésus du titre de Fils de David. C’est un titre qui traverse les temps et les âges et qui désigne dans la tradition juive celui qui doit venir pour parachever la révélation divine, à l’égal de celui de Messie.

C’est dire qu’en utilisant ce terme, l' Évangéliste Marc nous place délibérément dans un temps d’attente qui ouvre l’avenir sur  l’espérance.  Le Dieu auquel Jésus rend témoignage n’est pas seulement le Dieu de la tradition, celui qu’ont vénéré les Pères dans la foi, il est aussi celui qui vient, il habite le devenir des hommes et s’emploie à construire leur quotidien avec eux.

Quand Jésus s’entend appelé par ce titre, il s’arrête, alors que rien ne semble avoir interrompu sa traversée de la ville jusqu’alors. A ce moment, celui qui l’a interpellé, rejette son manteau et bondit sur ses pieds. C’est à partir de ces quelques éléments que nous allons essayer de définir quelle est la dynamique qui habite Jésus et qu’il nous transmet.

Ce petit texte pourrait ne pas retenir l’attention du lecteur trop pressé, tant il est court et qu’il ne contient apparemment aucun élément remarquable. Mais ce serait une erreur que d’aller trop vite en besogne, car ce récit  contient tout un enseignement précieux  sur les mystères qui concernent la personnalité de Jésus. Vous avez sans doute remarqué que  ce passage nous présente un récit tout en mouvement, c’est pourquoi on est frappé quand Jésus s’arrête et pourtant,  rien ne se passe vraiment.

Il est dit que Jésus traverse Jéricho ! Il le fait comme s’il s’agissait d’une simple bourgade. Pourtant Jéricho n’est pas une ville ordinaire, elle mériterait que Jésus s’y arrêtât quelques instants.  On l’appelle la ville des palmiers,  et elle s’étend sur les bords du Jourdain comme une oasis verdoyante après la traversée du désert de Juda. Elle est célèbre, non pas seulement pour la douceur de son climat et la beauté de son site, mais elle est aussi la plus vieille ville du monde, chargée d’histoire et de tradition.

Tout voyageur qui la traverse éprouve le besoin de s’y arrêter pour s’y reposer et pour laisser son âme se  nourrir de paix et de tranquillité.  La Bible raconte que ses murailles dressées à la porte du désert s’opposèrent au passage de Josué et que celui-ci après en avoir   fait sept fois le tour  les  fit tomber au son des trompettes. Même si les archéologues contestent l’historicité de l’événement, la ville de Jéricho méritait sans doute que Jésus lui accorde plus d’attention.

Mais Jésus ne visite pas les lieux qu’il traverse en touriste. Il cherche à soutenir tous ceux  qui demandent  qu’on les aide à vivre. Il montre par son attitude que Dieu est à la recherche de  tous ceux qui ont besoin de lui. Il s’intéresse à tous ceux qui ont besoin d’un supplément de vie pour  exister et c’est auprès de ceux-là qu’il interrompt sa marche en avant.

Mais direz-vous : « N’y avait-il qu’un seul homme digne d’intérêt à Jéricho ? » Non bien sûr,  nous savons par l’Évangile de Luc que Jésus y  a aussi manifesté de l’intérêt pour Zachée, le percepteur, un homme petit de taille mais haut en couleurs, que Jésus a repéré accroché aux branches basses d’un sycomore. Il l’a même  cité en exemple. Il me semble qu’il devait  y avoir aussi des centaines de gens tels que l’aveugle Barthimée ou Zachée le percepteur, susceptibles d’interrompre la marche de Jésus  et de réclamer son intérêt. Mais  pour que nous en saisissions mieux la leçon, l’Évangéliste Marc s’est contenté  de l’histoire d’un seul personnage : Barthimée. Pourtant, il y a un autre personnage, qu’il faudrait mentionner, car lui aussi est digne d’intérêt, c’est le lecteur lui-même, mais  il faut qu’il se reconnaisse.

Quand Jésus s’arrête et s’intéresse à quelqu’un, il n’y a plus que celui-là qui compte. Chacun de nous, est un cas unique et ce qui se passe pour Barthimée se passe également pour nous, et pour chacun de ceux devant qui les pas de Jésus s’arrêtent pour faire pénétrer en lui le regard de Dieu. Si le cas de chacun est unique devant Dieu, alors le cas de Barthimée est suffisamment normatif pour retenir notre attention.

C’est d’une manière allégorique que nous allons aborder ce passage. Cette lecture est évidemment contestable, mais elle  m’est  apparue comme la plus  commode pour discerner le sens caché de ce récit. Je pense en outre, que Marc  qui le rapporte  a voulu qu’il en soit ainsi. Barthimée appelle en disant : «  Fils de David ». Son cri manifeste qu’il ne cherche pas seulement à attirer l’attention sur Jésus, comme le ferait n’importe quel mendiant pour recevoir quelque aumône. Cet appel porte en lui l’espérance qui  est déjà dans cet homme et   qui  le motive. L’expression « Fils de David » contient en elle une charge d’espérance. Cette  espérance est déjà en lui.  Il y a dans cette expression comme  une demande de vie qui n’est pas la simple survie que pourrait lui apporter une aumône. Il y a, sans qu’il le sache encore, comme l’expression d’un appel vers  Dieu de qui dépend son présent et son avenir.

Son espoir n’est pas de survivre, mais de vivre autrement. En demandant à Jésus de voir, il lui demande en fait la possibilité que sa vie devienne différente. Il ne prononce pas une déclaration de foi attendrissante en se réclamant de la foi de ses ancêtres et en louangeant Jésus de quelque manière, il dit simplement son besoin de vivre et  cela suffit.

Son besoin de vivre est accompagné de deux signes : Il rejette son manteau et il bondit pour se mettre debout. En rejetant son manteau, il signifie qu’il renonce à la protection précaire que lui réservait son état de mendiant. C’est ainsi qu’il vivotait en recevant les charités qu’il quémandait de ses concitoyens qui se devaient, par obligation religieuse, de soulager la dureté de la vie des mendiants. En se mettant debout il signifie  qu’il est prêt à assumer la vie nouvelle  que Jésus pourrait lui proposer.

Quand il se lève d’un bond il fait état du dynamisme qui est déjà en lui. Tout se passe comme s’il était déjà habité par Dieu, car sans qu’il s’en rende compte, l’espérance était déjà en lui, le dynamisme l’habitait déjà, autrement dit, Dieu avait déjà pris place en lui, mais il n’en était pas conscient. L’action de Jésus consiste simplement à faire apparaître la réalité des choses. « Ta foi t’a sauvé » lui dit-il simplement. La foi était déjà en lui et il ne le savait pas. Il a fallu que Jésus s’arrête devant lui pour qu’il prenne conscience de ce qui existait déjà sans qu’il en ait pris acte. Jésus a agi en lui comme un révélateur de Dieu. C’est ainsi aussi qu’il agit en nous.

Ayant déjà par son geste, renoncé à toute protection précaire, étant habité par un désir de vivre, la nouvelle vie qui jaillit en lui par le don de la vue devient toute naturelle. Il met alors ses pas dans ceux de Jésus et leurs vies se confondent dans une même marche en avant.

Je n’ai pas encore prononcé le mot de miracle, car apparemment il n’y a pas vraiment eu de miracle, même si le texte dit qu’il recouvre la vue. Le miracle, dans notre manière habituelle de voir les choses relève d’une manifestation spectaculaire. Ici, l’action de Jésus consiste à  dire à Barthimée la réalité de la foi qui est déjà en lui. Il comprend que Dieu habitait déjà tout son être et que la présence de Jésus  qui se tient devant  lui, lui a permis de découvrir que le dynamisme qui était déjà en lui, lui permettait de changer de vie, si bien que sa guérison devient simplement une prise de conscience de la présence de Dieu en lui.

Combien de nos contemporains ne traversent-ils pas la vie comme des touristes ? Ils cherchent ce qui est spectaculaire, ils admirent, en les jalousant parfois, les œuvres  des hommes mais  ils se contentent d’une vie sans histoire qui ne les mène pas loin.

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Il est alors temps qu’on leur dise  qu’ils peuvent aussi s’attacher à repérer en eux tout ce que Dieu y a déjà mis. En ne le faisant pas, Ils laissent s’affadir leurs désirs de vie, ils laissent leur foi s’assoupir, ils ne savent plus découvrir ce qu’il y a de dynamisant dans leur vie intérieure. Pour eux aussi, comme pour Bartimée le même miracle est possible. Comme lui ils peuvent appeler « Fils de David ait pitié ». Ce simple appel leur permettra de prendre conscience du fait que Dieu lui-même peut arrêter ses pas devant eux, et leur donner la vie qu’ils désirent parce qu’elle est déjà en eux.

Il leur faudra alors bondir en avant pour se mettre debout et accepter  de sauter dans la vie que Jésus leur propose et pour laquelle Dieu a déjà préparé le terrain.  

Illustrations Alexandra Domnec. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.