lundi 30 juillet 2012

Jean 6:51-58:


 

Jean  6/51-58 : le pain descendu du ciel: dimanche 19 août 2012


51 C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde.
52 Les Juifs se querellaient entre eux ; ils disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?
53 Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas de vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. 57 Comme le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et comme moi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel. Il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra pour toujours.

Que nous faut-il aujourd’hui pour vivre ?  A une telle question l’homme moderne répond en formulant quelques sigles qui n’ont de valeur que pour cette génération. Il va parler de RSA ou de SMIG tout en sachant  que ces sigles n’expriment qu’un minimum que d’aucun juge insuffisant. Si on veut être plus précis, on dira encore que pour vivre normalement  il faut un logement décent, un emploi stable et une voiture capable de transporter  toute la famille, mais on dira peu de choses quant à la nourriture.  Dans l’antiquité on était plus prosaïque, c’est en pain que l’on estimait le revenu acceptable pour une famille normale. Il fallait avoir assez de pain chaque jour pour nourrir tous les membres de sa famille. Les critères ne sont plus les mêmes.

Ainsi la valeur du pain ne sera pas la même pour nos ancêtres de l’antiquité que  pour nous. Si pour nous, la notion de  pain a  une valeur symbolique, pour  eux elle avait une valeur vitale. Quand Jésus prononce le mot pain ce mot prend une résonance bien réelle. Aujourd’hui, il faut s’appuyer sur d’autres valeurs,  pour parler de niveau de vie, on est obligé de parler de RSA. Mais les termes utilisés dans l’antiquité étaient plus significatifs. Le mot pain était associé au mot vie. Cela signifiait que  la vie dépendait du  pain. Sans pain, on ne pouvait vivre. En s’identifiant au pain Jésus montre qu’il s’associe à la nécessité vitale de chacun.

Selon notre manière actuelle de voir les choses, quand on associe la notion de   pain, à celle de vie, nous avons tendance à spiritualiser les choses  et à  les associer au corps sacramentel de Jésus, si bien qu’en donnant au pain une valeur spirituelle il perd son sens  de nécessité vitale  immédiate pour prendre une valeur sacrée. Il   dépasse sa signification matérielle  pour devenir le pain de la cène. Il pend  alors une valeur toute spéciale,  si bien que les théologiens en ont déduit qu'il  n’était  pas destiné à tout le monde : on ne peut le donner ni aux enfants trop jeunes qui ne comprennent pas  encore,  ni aux non convertis, ni au non baptisés,  le pain du ciel devient une chose réservée aux initiés qui se réservent à leur tour le droit de le donner à qui leur paraît assez digne pour le manger. C’est ainsi qu’on passe à côté, de ce que Jésus avait l’intention de nous faire comprendre, car si le pain de vie est pour lui vraiment porteur de vie, il est destiné  à tout le monde  et il a une valeur immédiate afin que tous aient la même chance dans l’existence.

En  s’identifiant au pain comme il le fait Jésus veut dire que Dieu est aussi présent et aussi nécessaire que la nourriture quotidienne. Dieu n’est pas une réalité mystique  qui nécessite une longue pratique ou un long enseignement  pour s’approcher de lui. Dieu est aussi facile à approcher  qu’un morceau de pain et  sa présence est aussi nécessaire à la vie que le plus modeste élément de nourriture.  C’est dans ce sens que Jésus espère être compris.  Chacun doit trouver en lui une  réalité qui pourra lui permettre de valoriser sa vie Nous avons à la fois besoin d’éléments matériels comme la nourriture pour vivre  et nous avons en même temps  besoin d’éléments spirituels comme la présence de Dieu.

Comme notre corps a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre, de même notre être spirituel a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre. Mais curieusement, nous ne semblons pas en être persuadés. Nos contemporains ont pour la plupart d’entre eux l’impression qu’ils se suffisent à eux-mêmes sur le plan spirituel.  Beaucoup estiment qu’il leur suffit de penser par eux-mêmes, ou de s’intéresser à l’art ou à la philosophie pour avoir une vie spirituelle. Ils estiment qu’ils sont eux-mêmes producteurs de leur nourriture spirituelle  et maîtres de leur propre salut, à supposer que dans ce contexte la notion de salut ait une valeur quelconque.

 Mais comme pour la nourriture matérielle,  l’homme ne peut se suffire à lui-même, il faut que sa vie spirituelle soit alimentée par quelque chose qui lui  vienne d’ailleurs, qui  lui soit extérieure. En raison de cette logique il paraît impossible d’avoir une vie spirituelle sans Dieu.

En fait je ne pense pas que ça se passe ainsi !  Nous absorbons des nourritures matérielles pour vivre sans vraiment nous en rendre compte puisque, comme  nous l’avons vu tout à l’heure, nos critères d’existence ne sont plus liés à la nourriture, mais plutôt au confort, de même la vie spirituelle se nourrit elle aussi  de tous les apports extérieurs dont elle a besoin, sans que nous prenions le temps de nous interroger sur leur origine.  Nous ne prenons pas le temps de repérer la présence de Dieu dans tout ce qui fait vibrer notre vie intérieure, pourtant, sans que nous nous en rendions compte, Dieu est présent en nous.

Il est donc nécessaire que nous marquions une pause pour réfléchir à la manière dont nous vivons. La  présence de Dieu ne devient vraiment efficace pour nous que si nous en prenons conscience. Il nous faut donc chercher à repérer les traces de Dieu dans notre vie, mais la plupart des hommes le cherchent dans l’irrationnel et dans le merveilleux.

 Aujourd'hui  se sont les courants religieux qui parlent d'irrationnel et qui recherchent le merveilleux qui ont la faveur des masses.  Cependant,  comme l’irrationnel et le merveilleux  nous échappent  et finissent bien souvent  par trouver une explication on finit par être déconnecté de la réalité  et   à douter de Dieu.

Nous  demandons à Dieu  de se manifester dans des actions où nous ne croyons pas vraiment qu’il puisse agir. Nous voudrions qu’il intervienne sur la météo, qu'il supprime les sécheresse ou les inondations, qu’il supprime le mal et impose la justice, qu’il n’y aient plus de catastrophes naturelles, et qu'il n'y aient plus de guerres etc. En raisonnant ainsi,  nous n’entrons pas  dans la logique de Dieu.

 En effet, si nous pensons que Dieu est à l’origine du monde, pourquoi  changerait-il les modes de fonctionnement qu’il aurait mis lui-même en place ?  S’il en est ainsi, nos questions n’ont pas beaucoup de pertinence en face d’un Dieu que nous estimons tout puissant et créateur et auquel nous ne cesserions de contester les défauts de sa toute puissance et de lui demander de corriger continuellement  sa création.  Ce n’est pas non plus parce que la science n’apporte pas de réponses à nos questions qu’il faut en conclure à l’absence de Dieu !

Si ces préoccupations ne nous apportent pas de réponses, d’autres questions se posent alors à nous : Pourquoi éprouvons-nous  des émotions ?  Pourquoi l’amour ?  Pourquoi les passions ? Toutes aussi irrationnelles, ces sensations ne sont possibles que parce qu’elles nous viennent d’ailleurs.  Nous ne pouvons pas aimer sans un  vis à vis, car c’est bien de l’extérieur de nous mêmes que vient ce sentiment.  Le problème c’est que nous cherchons Dieu ailleurs que là où il se manifeste et que nous ne savons pas le repérer quand il agit au fond de nous-mêmes.

Si donc Dieu vient se manifester en nous et qu’il a un lien évident  avec nos émotions,  sans que nous ne nous en apercevions, s’il pilote les pulsions de vie qui font vibrer notre âme, s’il nourrit notre esprit sans que nous le sachions, qu’adviendra-t-il  de nous quand  nous le découvrions vraiment ? Quelle qualité de vie aurons-nous alors si nous découvrons que Dieu est à l’œuvre en nous ?

Face à un tel questionnement, Jésus nous apprend alors  qu’il suffit de regarder en nous-mêmes pour  voir Dieu agir. C’est alors que nous accepterons de savourer ce qui se passe dans notre existence, et que nous découvrirons  avec joie ce qu’il nous donne. Son esprit qui ne cesse de nous visiter deviendra vraiment  efficace en nous. Ainsi nourris par lui, nous nous surprendrons nous-mêmes à faire les actes que, en d’autres temps nous lui demanderions de faire, si bien que c’est nous qui  accomplirons  les miracles que nous attendions de lui pour croire !

 C’est parce que nous sommes habités par son esprit que nous devenons meilleurs, altruistes, généreux. Grâce à ces qualités  que Dieu améliore en nous par sa présence, le monde se met à évoluer d’une autre manière et l’on rencontre alors  des Mère Thérésa, des Henri Dunan des Albert Schweitzer, des Martin Luther King, des  Nelson Mandella qui chacun, là où il est,  transforme le monde et agit au cœur  de l’égoïsme des peuples  pour faire jaillir l’espérance.



Illustrations Bernard Frackowiak :" le vieil homme et le pain"







dimanche 22 juillet 2012

1 Rois 19: 4-8


1 Rois 19 :4-8 Pourquoi  le sage souffre-t-il parfois, alors que le méchant prospère . Dimanche 12 août 2012

1Achab raconta à Jézabel tout ce qu'avait fait Elie, et comment il avait tué par l'épée tous les prophètes. 2Jézabel envoya un messager à Elie, pour lui dire : Que les dieux fassent ceci et qu'ils y ajoutent cela, si demain, à cette heure-ci, je ne fais de ta vie ce que tu as fait de la vie de chacun d'eux ! 3Elie, voyant cela, s'en alla pour sauver sa vie. Il arriva à Bersabée, qui appartient à Juda, et il laissa là son serviteur. 4

Quant à lui, il alla dans le désert, à une journée de marche ; il s'assit sous un genêt et demanda la mort en disant : Cela suffit ! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères. 5Il se coucha et s'endormit sous un genêt. Soudain, un messager le toucha et lui dit : Lève-toi, mange ! 6Il regarda : il y avait à côté de lui une galette cuite sur des pierres chaudes et une cruche d'eau. Il mangea et but, puis se recoucha. 7Le messager du SEIGNEUR vint une seconde fois, le toucha et dit : Lève-toi, mange, car le chemin serait trop long pour toi. 8Il se leva, mangea et but ; avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb.
 Comment se fait-il que parfois le méchant prospère et que le sage se trouve bafoué dans sa sagesse  au risque de mourir seul et isolé du monde ? L’Ecclésiaste, autrement appelé Qohelet, un sage roi d’Israël a consacré tout un livre à traiter de cette question. La seule réponse que l’on peut déduire de ses écrits c’est qu’il n’y a pas vraiment de réponse. Ici Elie se trouve dans une situation telle qu’il achoppe sur cette même question. Quel sens peut avoir sa vie  quand on l’a entièrement consacrée à Dieu et qu’aux moments décisifs  de son existence, celui-ci fait la sourde oreille, ne tient pas compte des actions menées  en sa faveur  et reste sourd aux prières qu’on lui adresse. Ces situations sont parfois si cuisantes que l’on peut même se demander si  Dieu existe vraiment.

Si d’aventure, nous sommes  confrontés à de tels problèmes, nous saurons que nous ne sommes pas les premiers à les rencontrer. L’histoire d’Elie, si elle ne nous donne pas une réponse va sans doute nous indiquer dans quelle direction orienter nos regards.

Homme providentiel, Elie a sauvé la mise au roi Achab, de triste mémoire,  lors de la grande sécheresse. Il ramena l’eau en Israël et lui offrit une entrée  triomphale dans sa capitale. Mais le roi, et surtout la reine Jézabel se refusent à voir dans ce prodige un signe de la faveur du Seigneur. Les souverains ne cultivent aucune relation avec Dieu. Ils se montrent plus attentifs aux divinités païennes qui prétendent  favoriser la réussite personnelle et  flattent leur égo qu’au culte de l’Eternel, plus enclin à leur faire des reproches par la bouche de ses prophètes. En fait le roi croit surtout en lui-même et refuse qu’on lui résiste. Dieu, connaît pas !

En fait, si la Bible se montre sévère avec lui, c’est à cause de son impiété. La Bible  méconnaît la grandeur de ce souverain que l’archéologie moderne révélera comme un roi constructeur et entreprenant. Il n’a pas supporté qu’Elie remette en cause son projet d’urbanisme quand il réquisitionna la vigne d’un notable du nom de Naboth pour des travaux d’agrandissement du palais. A juste titre Elie lui opposa des arguments moraux en contestant le bienfondé de l’expropriation en cours. Pour que son projet aboutisse et sur les conseils de sa femme, le roi eut finalement recours à l’assassinat politique. Devenu gênant.  Elie continua à s’opposer à la reine jusqu’à ce que la tension devienne insoutenable si bien qu’il trouva son salut dans la fuite.

Où aller, même le désert lui est hostile ? La mort lui serait préférable à toute autre solution, pourtant il s’est comporté toute sa vie  en champion de Dieu. Y a-t-il des raisons pour que Dieu l’abandonne ? Sans doute en cherchant bien il en trouvera.  Bien que la Bible ne porte aucun jugement contre lui, il sait bien que toutes ses actions n’ont pas été exemplaires. Quand il a provoqué la mort des prophètes de Baal  qu’il a égorgé de ses propres mains, il n’avait reçu aucun ordre de Dieu pour agir comme il le fit. Il suivit son  seul instinct. Croyant bien faire, il n’a pas forcément bien fait.  Il a donc lui aussi  agi en tuant ses opposants, même si ses opposants étaient  des ennemis de Dieu. N’est-il pas en ce moment en train de se demander  s’il ne paye pas son action criminelle et qu’en représailles Dieu l’abandonnerait ?  En tout cas, s’il ne le fait pas, c’est nous qui nous nous posons la question pour lui. Il est certain que cette action déchaîna la fureur de la reine contre lui.

Elie, le fidèle parmi les fidèles n’a donc pas été toujours exemplaire et Dieu n’est peut-être pas très content de lui. Pourtant la réponse à sa situation n’est pas dans l’abandon de Dieu ni dans une action de sa part qui lui serait hostile. Ceux qui pensent que  Dieu peut les punir des fautes ignorées ou inavouées en s’en prenant au cours normal de leur vie font fausse route. Dieu ne se venge pas. Dieu ne punit pas non plus. Il aide plutôt  chacun à prendre la responsabilité de ses actes mais ne prononce pas de sentence qui aurait un caractère punitif.

En effet, si  Dieu veut  que nous tirions leçon des erreurs que nous avons faites.  Ce n’est pas en nous accablant par un jugement qui nous culpabiliserait qu’il nous aidera à avancer, cela  réduirait   plutôt nos forces de vie.

Au contraire, Dieu cherche à nous donner de nouvelles forces de vie pour nous redresser, encore faut-il les repérer. Si nous nous enfermons dans nos remords,  si nous ruminons notre culpabilité, si nous cherchons dans les événements de notre vie, les signes du jugement  de Dieu contre nous, nous resterons figés dans un attentisme coupable qui ne nous permettra pas de poursuivre notre route. Ce n’est pas le projet de vie de Dieu pour nous.

Quant à Elie, il n’a pas encore compris que Dieu lui veut du bien, contrairement aux apparences. Il  ne se fait aucune illusion sur lui-même. «  Je ne suis pas meilleur que mes Pères » dit-il. Sans vraiment analyser sa situation. Il s’attend  à ce que Dieu exerce un jugement contre lui dont il ne sait pas vraiment la cause. Il sens peser sur ses épaules le jugement de Dieu et considère, arrivé à ce point de son existence, que sa vie n’a plus de sens. Il s’endort donc comme s’il sombrait dans la mort. Mais Dieu veille. Et en venant à son secours, Dieu va se servir de lui pour  répondre à toutes nos questions  latentes depuis le début de ce propos

Un quignon de pain et une cruche  d’eau.  Voilà ce que Dieu lui donne pour continuer  à vivre. Ce geste paraît tellement dérisoire qu’Elie ne semble même pas en tenir compte. A peine sustenté par ce repas frugal, il sombre à nouveau dans un sommeil porteur d’angoisse et  de mort. Il n’a pas compris qu’aussi petit qu’il soit, le geste de Dieu était porteur de vie. Tout ce qui contient une promesse de vie, fut-elle réduite au minimum, mérite qu’on  lui accorde  de la valeur. Mais il ne reconnaît pas dans l’intervention de Dieu une valeur suffisante pour lui redonner goût à la vie et le charger d’énergie. Dieu ne se lasse pas, il renouvelle son geste mais  ne lui accorde rien de plus que lors de sa première intervention. C’est alors que ce geste de vie se révèle comme porteur d’une force extraordinaire qui lui permettra de marcher 40 jours et de trouver enfin la trace de Dieu.

Il faudra un repas médiocre et 40 jours de marche  pour qu’enfin Dieu  lui donne la réponse qu’il attend. Les gestes qui révèlent la présence de Dieu ne sont pas forcément spectaculaires, ils le sont rarement, mais quand  on les repère, ils se revêtent d’une valeur extraordinairement féconde. Telle est l’action de l’Esprit de Dieu en nous. Il ne se voit pas, il ne s’entend pas mais porte en lui une efficacité capable de défier la mort.

Cette brève expérience  d’Elie anticipait  le mystère par lequel le Christ défiant la mort serait investi  d’une force  capable de faire jaillir la vie éternelle hors de sa tombe, hors de toutes les tombes. Cette force, Dieu  la met à la disposition de chacun de ceux qui acceptent de chercher dans leur vie les traces des Dieu en action. Elles ne sont pas toujours visibles, mais elles sont toujours efficaces.


samedi 14 juillet 2012

Jean 6: 24-35

Le Pain qui descend du ciel, Dimanche 5 août 2012          

  ( texte proposé également pour le dimanche           2 aout 2015  )                               

Jean 6/ 24-35

24Quand la foule vit que ni Jésus, ni ses disciples n'étaient là, les gens montèrent eux-mêmes dans ces barques et vinrent à Capharnaüm, à la recherche de Jésus. 25Ils le trouvèrent sur l'autre rive de la mer et lui dirent : Rabbi, quand es-tu arrivé ici ?
26Jésus leur répondit : Amen, amen, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. 27Œuvrez, non pas en vue de la nourriture qui se perd, mais en vue de la nourriture qui demeure pour la vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera ; car c'est lui que le Père — Dieu — a marqué de son sceau. 28Ils lui dirent : Que devons-nous faire pour accomplir les œuvres de Dieu ? 29Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu, c'est que vous mettiez votre foi en celui qu'il a lui-même envoyé.
30Ils lui dirent alors : Quel signe produis-tu donc, toi, pour que nous voyions et que nous te croyions ? Quelle œuvre fais-tu ? 31Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna à manger du pain venu du ciel. 32Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, c'est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel ; 33car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel pour donner la vie au monde. 34Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. 35Jésus leur dit : C'est moi qui suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui met sa foi en moi n'aura jamais soif.

Il existe donc un pain qui fait vivre, non pas pour une durée de quelques heures, mais qui peut nous faire vivre éternellement. En entendant ainsi parler,  de ce pain particulier, il est normal que les disciples de Jésus lui demandent de leur donner de ce pain pour toujours, comme s’ils ne savaient pas que Jésus parlait d’une réalité spirituelle et non pas d’une réalité matérielle qui ne s’achète pas à la boulangerie comme on pourrait acheter un pain fait de froment.

Jésus donne volontairement dans l’ambiguïté et ses interlocuteurs savent bien les nuances qu’il met dans ses propos. Il suffit d’écouter avec attention la lecture de ce passage, comme vous l’avez sans doute  fait pour découvrir que le sens du texte ne réside pas dans la syntaxe, mais qu’il est dans l’agencement des mots entre eux.

 Le texte parle plus à notre sensibilité qu’à notre intelligence, c’est pourquoi notre esprit s’est laissé saisir par le mot pain, et que plusieurs fois répété,  il a été mêlé à la notion de ciel, il a aussi été mêlé à la personne de Jésus et il a été mêlé à la notion d’éternité, si bien que le pain nous est apparu à la fois comme une réalité céleste , comme une réalité spirituelle et comme une réalité matérielle. Il a été proposé comme nourriture pour l’immédiat et en même temps comme nourriture pour l’éternité.

Dans la plupart des civilisations, le pain est considéré comme la nourriture de base, en tout cas dans le vocabulaire courant. Tout le monde sait ce que signifie l’expression : « gagner son pain à la sueur de son front ». On sait aussi «  que le pain de l’exil est toujours amer » et l’homme vertueux «  est celui qui mange le pain qu’il a gagné ». La notion de pain est liée à la notion minimale de la possibilité de vie dans notre société. Celui qui ne gagne pas son pain est un marginal. S’il ne gagne pas de pain, s’il est affamé, s’il ne sait plus la valeur matérielle du pain comment alors le faire participer à la réalité du pain spirituel ? Comment parler de pain spirituel dans une société où l’on manque de pain matériel? Ce pain matériel n’est pas forcément lié au manque de farine, de sel et d’eau, il est   sans doute  lié à  bien d’autres choses qui leur manque pour vivre, tels que l’amour ou l’espérance. Le pain spirituel est peut être lié lui aussi à des manques dont la possession est nécessaire pour qu’on puisse dépasser la notion de  pain matériel et lui donner une signification spirituelle.

Depuis quelque temps, notre société  se focalise sur la situation de ceux qui manquent vraiment de pain matériel. Ils sont de plus en plus nombreux à se marginaliser dans une société qui malgré tout reste encore prospère.  On essaye   cependant de répondre aux manques de tous les SDF. On se mobilise sur tout le territoire de notre  pays. Évidemment, le succès de ce type d’aide dépend de notre générosité. Pourtant, nous savons bien que ce n’est pas de ce pain matériel  que les naufragés de notre société  ont  le plus besoin,  il s’agit de considération, d’attention à l’autre et d’empathie dont beaucoup sont privés. C’est à partir de ces  notions qui sont des variantes de l’amour que l’on peut construire l’espérance. L’amour et l’espérance  sont la farine et le sel nécessaires pour permettre de parler de pain spirituel.

Or, comme nous sommes persuadés que l’espérance et l’amour sont les caractéristiques du christianisme, nous n’avons donc pas à chercher bien loin pour savoir ce qu’il faut faire pour que le monde où nous sommes reçoive ce pain, puisque nous en avons les ingrédients. Pourtant, tout se passe comme si un voile terne de pollution ou de scories était tombé sur nous et sur nos églises et avait rendu invisibles les structures mêmes de notre foi. C’est comme si notre espérance et notre amour n’étaient plus perceptibles par les hommes.

Maintenant que tout cela a été dit, nous ne sommes  pas plus avancés pour dire la suite ! Et quelle suite ?  Nous ne connaissons pas le  secret pour faire jaillir de nos lieux de prière l’espérance et l’amour qui y sont contenus. La seule chose que  nous pouvons constater, c’est que nous avons du mal à produire pour ce monde ce  pain fait d’amour et d’espérance. Pourtant, ce ne sont pas les hommes qui le fabriquent. Ce pain venu du ciel est gratuit et nous vient de Dieu. Ce sont là deux notions que  nous ne sommes pas habituées à utiliser vraiment : la gratuité, c’est la compagne indispensable de notre générosité. Elle s’adresse aux autres  sans qu’ils soient obligés d’en faire retour. Quant à Dieu, nous concevons très bien sa présence à l’intérieur de nos sanctuaires,  mais  nous  restons maladroits  pour en témoigner  à l’extérieur des lieux  de prière et quand nous le faisons, nous le faisons dans un langage conventionnel qui n’a pas grande portée. Il  représente une valeur  venue d’ailleurs dont les hommes ne savent pas faire usage.

Le monde matérialiste où nous sommes ne croit que dans un Dieu qu’il se fabrique  à partir de ses propres concepts. Notre société divinise ses aspirations profondes, elle divinise le progrès, la liberté, l’égalité, la démocratie, les droits de l’homme, et quand elle en trouve  la trace dans l’Écriture, elle fait semblant de les attribuer à Dieu. En fait, elle se divinise elle-même en cherchant dans l’Écriture ce qu’elle sait y trouver. Quant à se laisser bousculer et émerveiller par quelque chose qui ne serait pas issue du travail  des hommes ou du génie de sa pensée  et qui viendrait d’ailleurs,  c’est un défi particulièrement difficile   à  relever pour la plupart.

 Malgré notre incapacité  à inventer un avenir  qui pourrait se faire sans nous, l’expérience devrait cependant nous apprendre qu’en modifiant les données  et en injectant de l’espérance dans nos propos  et de l’amour dans nos actions les choses      deviendront différentes. C’est ce que Dieu nous invite à faire.

Ainsi donc, Dieu est capable de faire une nourriture spirituelle à partir d’  ingrédients que nous possédons déjà, l’espérance et l’amour. Il est capable de nous surprendre en faisant jaillir de nos églises, que l’on compare parfois à des coques vides,  une nourriture pour ce monde qui l’amènera à la connaissance de son Seigneur.

Quant aux églises dans lesquelles nous édifions notre foi il leur faudra mobiliser tous leurs fidèles pour qu'ils extériorisent  l’amour et l’espérance dont ils nourrissent leur foi pour construire ce monde nouveau que les hommes espèrent et que Dieu leur promet. Nous savons que c’est  en s’appuyant  sur des intuitions qui nous viennent d'ailleurs que cela se produira.

Si maintenant en, parlant de ce pain, vous pensez à la Sainte Cène, pour savoir où est la présence réelle de Dieu dans le pain, ou pour savoir quand ce pain cesse d’être matériel pour devenir spirituel, vous découvrirez bien vite, qu’il faut dépasser tout cela. Il faut le prendre comme il nous est donné, à la fois matériel et à la fois spirituel. C’est quand cette double réalité  se réalise qu’il devient vraiment nourrissant.

Si  on veut en savoir plus, la réponse ne peut nous venir que , de Dieu, pas des hommes ! Et s’il a plu à Dieu de ne pas nous donner de réponse, c’est qu’elle n’est pas essentielle. Une seule chose est essentielle, c’est que notre espérance soit fermement enracinée dans l’amour de celui qui, venu d’ailleurs vient vers nous pour nous amener à lui.

vendredi 6 juillet 2012

Jean 6:1-15



Jean 6/1-15  Un autre récit de la multiplication des pains Dimanche 29 juillet 2012

1Après cela, Jésus s'en alla sur l'autre rive de la mer de Galilée, la mer de Tibériade. 2Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les signes qu'il produisait sur les malades. 3Jésus monta sur la montagne ; là, il s'assit avec ses disciples. 4Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.

5Jésus leva les yeux et vit qu'une grande foule venait à lui ; il dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? 6Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car il savait, lui, ce qu'il allait faire. 7Philippe lui répondit : Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu. 8Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : 9Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ? 10Jésus dit : Faites installer ces gens. — Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. — Ils s'installèrent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. 11Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même pour les poissons, autant qu'ils en voulurent. 12Lorsqu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde. 13Ils les ramassèrent donc ; ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui restaient à ceux qui avaient mangé.

14A la vue du signe qu'il avait produit, les gens disaient : C'est vraiment lui, le Prophète qui vient dans le monde.

15Jésus, sachant qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, seul.

Les religions celtes, mais bien d’autres qu’elles aussi  imaginent qu’à la fin des temps, tous les hommes seront invités à un baquet qui ne finira jamais. Ceux qui auront le privilège d’y participer partageront avec la divinité les mets les plus raffinés. Mais avant d’entrer dans la salle du banquet, il faudra pour chacun franchir avec succès les dures épreuves que la vie leur réserve avant d’avoir le droit de figurer au nombre des invités. 

Jésus aurait-il donné dans ce genre ? C’est ce que pourrait se demander un lecteur impertinent en lisant cette version de la multiplication des pains donnée par l’Evangéliste Jean. Cependant à la différence des religions  évoquées plus  haut, Jésus  ne conçoit pas l’existence terrestre  comme un parcours initiatique au banquet final. Pour lui, c’est Dieu qui vient à la rencontre des hommes pour  participer avec eux,  et de leur vivant,  à la longue marche de la vie. Il se propose de les assister pour qu’ils surmontent leurs angoisses et maîtrisent  les obstacles que la maladie, la faim  et les oppressions dressent devant leurs pas.

Il nous appartient à nous seuls  de découvrir ces moments où nous  reconnaissons  en Dieu notre compagnon de route.  Jésus nous promet aussi qu’au  terme de notre vie l’action libératrice de Dieu ne nous fera pas défaut. Il a raconté cette action de Dieu  dans plusieurs  paraboles  qu’il situe dans des banquets et même dans des banquets de noce signifiant la fin heureuse qui nous est  réservée.

Jésus a participé à de nombreux repas au cours desquels il n’a pas manqué de  donner un enseignement sur la fin des temps. Dans l’épisode de la multiplication des pains, il apporte un élément supplémentaire. Il établit un lien entre le repas ordinaire de tous les jours qui est une nécessité de la vie, avec le repas mythique de la fin des temps. Tout cela évidemment ne prend de sens que si on se souvient qu’au dernier soir de sa vie Jésus partagea le pain  et le vin qui  ont signifié pour ses apôtres un don de vie.

Contrairement au banquet final que les peuples celtes, partageaient avec le Dieu Odin qui les récompensait en buvant avec eux de la cervoise tiède dans le crane de leurs ennemis, Jésus n’attend pas la fin  de la vie des hommes pour leur signifier la réalité de leur salut. Il les nourrit alors qu’ils ne demandent rien et il leur apporte le salut sans  qu’ils ne s’en soient rendus dignes. Jésus transforme le mythe en réalité. Il rend le salut présent sans tenir compte des péchés et ceux qui participent à l’événement n’ont pas besoin d’attendre leur mort, pour savoir que Dieu les aime.

C’est là le premier enseignement qu’il faut tirer de cet épisode : Le salut n’est pas le résultat d’une longue pratique, il n’est pas la récompense d’une vie méritoire. Il est à l’évidence la conséquence de la présence de Jésus parmi les hommes. La présence de Jésus, à elle seule suffit, à nous assurer que Dieu a prévu l’éternité  pour que les hommes s’y accomplissent. Ainsi Dieu s’installe pour toujours dans notre vie.

Cet épisode de la multiplication des pains en est un signe tellement significatif qu’il sera rapporté 5 fois dans les Evangiles. Jésus en  confirmera  la portée un peu plus tard, lors du repas de Pâques qu’il partagera au soir de sa vie avec les siens. Ce repas final sera compris  comme le don total de sa vie à la cause des hommes.

Mais si tel est l’enseignement de Jésus, on ne peut s’empêcher de lui opposer tous les démentis que l’histoire des hommes nous a fait connaître. On a vu trop de peuples laminés par la disette et la famine. On a vu trop  d’humains mourir de faim ou de maladie sans qu’aucun miracle ne vienne les secourir malgré leurs prières incessantes. L’apparente surdité de Dieu  aux détresses humaines laisse Jésus mourir avec nos illusions.

En fait, rien n’a vraiment changé. Le monde reste désespérément mauvais. Pourtant cela  n’empêche pas  Jésus  de  nous affirmer que l’éternité de Dieu nous appartient. C’est à partir de cette certitude qu’il recrute des hommes et des femmes de bonne volonté pour qu’à son instigation ils se mettent à leur tour à transformer le monde et à le faire évoluer pour que les promesses du Christ annonçant un changement radical se réalisent.  Le but de Jésus est donc que nous organisions nous-mêmes, à l échelle de la planète le partage initié ce jour là.

l’Ecriture n’a jamais caché que l’humanité avait été mise à part par Dieu pour organiser le monde afin qu’il devienne un paradis. Ce paradis est présenté comme un projet formulé par Dieu  à l’origine et que le  péché des hommes s’évertue à faire échouer. La crise mondiale qui s’aggrave montre que les hommes continuent par leur égoïsme à détruire le projet divin. Les pays nantis réduisent en ces temps difficiles leur participation au développement. Ils contribuent ainsi à plonger les pays les plus pauvres dans une détresse qui grandit davantage alors qu’ils ne sont  responsables, ni de la crise financière, ni des émissions de gaz  à effet de serre qui demain les rendra encore plus vulnérables.  

 C’est  dans ce contexte  qu’il faut recevoir le récit de la multiplication des pains. Il nous ramène dans le droit fil du projet divin. Les participants à ce repas partagent tous, les maigres provisions mises à la disposition de Jésus. Transformées  par ses mains, elles  deviennent quantité suffisante pour chacun. Ils sont tous rassasiés. Personne  ne fait  bombance en tirant de son propre panier des suppléments de victuailles. Nous ne voyons pas  non plus, les gros bras faire usage de leur puissance physique  pour accaparer plus de nourriture que nécessaire et faire des provisions pour les négocier plus tard.  La nécessité que Jésus  leur impose de partager collectivement les modestes vivres qu’il leur offre montre clairement que  c’est ainsi que ça devrait se passer dans le monde. Quand ça se passe pas ainsi,  c’est que le péché qui  est à l’œuvre empêche la vie des peuples d’évoluer harmonieusement. 

Sans le péché  qui fausse tout, les hommes deviendraient  capables de remplir leur vocation d’hommes, c’est à dire qu’ils seraient  capables de gérer le  monde tel que Dieu l’avait prévu. Or Jésus ne cesse de dire que le péché a été détruit par Dieu. Il  laisse  donc miroiter la possibilité  que le monde pourrait évoluer autrement qu’il ne le fait.

Mais apparemment, ça ne marche pas et le monde où nous sommes semble courir inéluctablement vers sa perte. Ça ne marche pas parce que nous pensons que c’est à Dieu de changer le cœur des hommes et  de provoquer l’évolution du monde qu’il souhaite. C’est là que le bât nous blesse. Beaucoup de croyants qui ne supportent pas  l’accroissement des injustices, se réfugient dans l’attente d’une intervention de Dieu qui détruirait le monde des incrédules et donnerait aux fidèles l’éternité promise.
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Ils n’ont pas tort, mais  ils s’arrêtent à mi-chemin. Ils attendent au lieu d’agir. C’est bien souvent l’attitude  qui est celle de leurs églises. Elles ont prêché le salut, elles ont enseigné aux hommes la morale pour s’y maintenir. Mais elles aussi se sont arrêtées là en attendant que Dieu fasse le reste, elles ont figé l’histoire du salut dans l’événement de la conversion de chacun. Elles  réactualisent continuellement  cet événement dans les sacrements qu’elles pratiquent fidèlement, mais elles semblent ignorer  l’étape suivante. Elles la rejettent dans le camp de Dieu.  Pourtant Dieu compte sur elles  pour cette dernière étape.

Il s’agit maintenant du  salut du monde dont nous sommes chargés par vocation divine.  Les hommes qui  ont fait l’expérience du salut par la  foi sont maintenant appelés par  Dieu à gérer le monde  pour qu’il devienne ce monde nouveau symbolisé par la multiplication des pains.

Il y a donc deux étapes dans l’histoire du salut. Il y a le salut individuel qui est une chose acquise, c'est la première étape. La deuxième étape, celle du salut du monde, est confiée de toute éternité aux hommes qui doivent inlassablement donner des signes d’espérance et de vie là où le péché tend à répandre la mort.

Le miracle de la multiplication des pains est porteur en lui de cette double espérance : L’espérance du salut de chacun que Jésus prend en charge et l’espérance du monde pour laquelle Jésus renvoie la balle dans notre camp. Pour cela nous devons apprendre  à jouer  dans la société des hommes avec les règles que Dieu nous a données pour construire son Royaume.

jeudi 5 juillet 2012

Marc 6:30-34 - la multiplication des pains.







Marc 6 / 30-34 
 La Multiplication des  pains - dimanche 19 juillet 2015

  Ce sermon proposé  en 2012 a  été réécrit et réactualisé pour 2015


30Rassemblés auprès de Jésus, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. 31Il leur dit : Venez à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. Car beaucoup venaient et repartaient, et ils n'avaient pas même le temps de manger.

32Ils partirent donc dans le bateau pour aller à l'écart, dans un lieu désert. 33Beaucoup les virent s'en aller et les reconnurent ; de toutes les villes, à pied, on accourut et on les devança.

34Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule ; il en fut ému, parce qu'ils étaient comme des moutons qui n'ont pas de berger ; et il se mit à leur enseigner quantité de choses.



35Comme l'heure était déjà tardive, ses disciples vinrent lui dire : Ce lieu est désert et l'heure est déjà tardive ; 36renvoie-les, pour qu'ils aillent s'acheter de quoi manger dans les hameaux et les villages des environs. 37Mais il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui disent : Irons-nous acheter deux cents deniers de pains pour leur donner à manger ? 38Il leur demande : Combien de pains avez-vous ? Allez voir. Après s'être informés, ils répondent : Cinq, et deux poissons. 39Alors il leur ordonna de les installer tous en groupes sur l'herbe verte, 40et ils s'installèrent par rangées de cent et de cinquante. 41Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. Puis il rompit les pains et se mit à les donner à ses disciples, pour qu'ils les distribuent. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. 42Tous mangèrent et furent rassasiés, 43et on emporta douze paniers de morceaux de pain et de poisson. 44Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.




Il est rare que l’on s’approche de Jésus tout ragaillardi, plein d’enthousiasme  et prêt à se mettre à son service sans discuter. Cela arrive, mais ce n’est pas le cas habituel. La plupart du temps nous  nous adressons à Jésus, quand  fatigués et inquiets, nous espérons de sa part,  un peu d’écoute et de compassion. C’est le cas de ses disciples ce jour là qui rentrent de leur première expédition missionnaire. Ils sont à la fois excités et en attente de compassion de la part du maître.

Jésus semble abonder dans leur sens, c’est pourquoi il les emmène en bateau pour prendre un peu de distance par rapport à la tous ceux qui le  sollicitent. Inutile ! La foule plus rapide qu’eux les a rejoints. On se reposera plus tard, on mangera à un autre moment, Jésus leur sacrifie sa disponibilité pour se consacrer à plus démunis qu’eux.

Ainsi en est-il de ceux qui ont choisi de mettre leurs  pas dans ceux de Jésus et de répondre à l’appel de Dieu. Ils sont sans doute fatigués, la mission a été rude mais Il leu faut aller de l’avant. Ils ont sans doute besoin  de nourriture matérielle, ils ont besoin de partager leur aventure et de dire leur chagrin à la suite de la mort de Jean Baptiste  que le souverain a lâchement fait exécuter, mais il y a autre chose à faire et Jésus.  Entraîne dans un nouveau projet.

Eux,  ils espéraient de la compassion pour eux  et c’est la foule qui y a droit. Mais si Jésus en éprouve pour la foule,  ce n’est pas pour s’attendrir sur son sort, et ce n’est pas non plus pour les  prendre  tous en charge individuellement. Il ne va pas non plus les mobiliser derrière lui pour en faire une armée de partisans qui s’opposeraient pacifiquement aux soldats  du tétrarque  et prépareraient une ère nouvelle  sur la terre de  Palestine. Le risque serait trop grand, la partie serait loin d’être gagnée, et surtout, ce  n’était pas l’ambition de Jésus.

Les gens de cette foule sont comme des brebis sans berger. Curieusement, Jésus ne se propose pas d’être leur berger. Au contraire il va les  préparer à retourner chez eux, pour  reprendre leur vie comme au paravent,  mais avec quelques choses qu’ils n’avaient pas en venant : L’espérance. Même  si dans un premier temps il semble jouer le rôle de berger, ce ne sera que provisoirement.  Il va  les aider  à affronter leur destin avec une force nouvelle qui est celle de l’esprit qu’il leur  communique par sa présence et par ses propos..

Ils doivent cesser de se comporter comme un troupeau à l’abandon.  Des brebis sans berger n’ont pas d’avenir, elles vont dans tous les  sens, ne savent pas où brouter et sont continuellement en danger d’être volées  ou d’être mangées par le loup. Avec ou sans berger les brebis restent des animaux dépendants.  Le berger leur permet de vivre. Mais Jésus va leur proposer mieux, même si c’est plus difficile.

Pour répondre à leur détresse, Jésus les enseigne. Celui qui enseigne n’est pas forcément celui qui prend en charge. On ne sait d’ailleurs pas ce qu’il leur dit, mais on peut le supposer. Il leur dit que s’ils suivent son enseignement, ils n’auront plus besoin de berger, l’enseignement  qu’il leur donne leur suffit pour qu’ils deviennent eux-mêmes leur propre berger.

Jésus les invite à cesser d’être des moutons imbéciles, qui attendent tout de celui qui veut bien les prendre en charge. Ils n’ont besoin ni de maître ni de gourou. Jésus leur indique la voie qui donne du sens à leur vie. En écoutant Jésus, ils sont remplis du désir de vivre. Ils reprennent goût à la vie, même si la vie qu’ils ont menée jusqu’à présent n’est pas très enviable. C’est aussi le but de l’Evangile pour tous ceux qui l’écoutent, c'est-à-dire nous.


Il leur dit que Dieu vient jusqu’à eux et cela leur donne envie de se mettre debout  et d’aller plus loin. Il provoque en eux le désir de vivre malgré leur détresse, c’est pourquoi il les nourrit miraculeusement. Ici Jésus leur donne un coup de pouce, pour les lancer sur le chemin d’une autre vie. Ce coup de pouce prend alors figure de miracle. Le miracle, bien souvent réside dans le fait que les hommes qui ne peuvent plus avancer se mettent  quand même à avancer. Le miracle ici, comme ailleurs sert à faire jaillir le désir de vie. C’est le coup d’envoi pour eux d’une nouvelle existence que Dieu partage avec eux. Dieu est celui qui provoque le désir et le désir rend inventif.

Nul ne sait de quoi a été fait ce miracle. Beaucoup de propos ont été tenus et de nombreuses  d’explications  ont été données à ce sujet. On a dit  que  le fait de vouloir nourrir cette grande foule avec quelques pains et quelques poissons a dénoué les consciences et que chacun s’est mis à partager avec les autres le casse croûte qu’il avait emporté.  Quoi qu’il en soit l’espoir de vivre une nouvelle vie s’est transformé en espérance de vie et chacun a été rassasié autant de pain que d’espérance. Ils ont découvert qu’avec rien, on pouvait faire beaucoup.  Ils n’avaient pas  à attendre passivement  qu’on leur donne, mais ils  découvraient  qu’ils avaient en eux la possibilité d’avancer avec rien en poche

De moutons apeurés sans berger qu’ils sont, il s’est mis à les transformer en humains responsables. C’est pourquoi Jésus sollicite encore ses disciples. Même s’ils  sont fatigués,  il doit encore les mettre à contribution pour provoquer un désir de vivre chez chacun des membres de cette foule. Il les remet donc au travail, car le miracle, réside aussi dans le fait  que les disciples soient  capables de se mettre au service des autres  malgré leur fatigue.

On a pris l’habitude de considérer que les disciples de Jésus étaient des râleurs qui comprennent toujours trop tard ce que Jésus attend d’eux et qui se font prier pour accomplir les désirs du maître. Nous leur ressemblons  sans doute.  Il n’empêche que malgré leur indisponibilité, c’est quand même par eux que s’accomplit le miracle. Pourtant Jésus ne leur demande pas de faire un effort au-delà de leurs forces. S’ils sont épuisés, Jésus leur a quand même laissé un peu de temps pour se reprendre.


Jésus en effet n’est pas un bourreau de travail pour les autres. Il connaît parfaitement leurs limites et il prend soin de les ménager malgré l’urgence du moment. Ainsi celui qui nous guide sur les sentiers d’une vie nouvelle connaît parfaitement les gens auxquels il s’adresse, il sait jusqu’où ils peuvent aller. Mais il sait aussi quel est le but à atteindre et il fait le nécessaire pour qu’il se réalise.

Inutile de lui dire qu’il y a urgence. Il le sait. Le soir tombe, la nuit approche. C’est la nuit de l’angoisse et de l’incertitude. Nuit de ce jour qui s’achève, nuit aussi dans leur vie intérieure faite d’angoisses et de questionnements. Il faut que tout soit dit et que tout soit compris avant que les ténèbres ne surprennent tout le monde. Il faut que chacun reparte, animé d’une puissance de vie nouvelle qui lui permettra de franchir les obstacles que l’obscurité lui réserve. Si Jésus  a mis en eux l’espérance d’une autre vie il ne leur a cependant pas donné une potion magique qui déjoue tous  les obstacles. Il leur a donné une autre vision des choses qui les remplit d’énergie, mais les difficultés de la vie subsistent

Les chemins de la vie où ils s’engagent les mèneront sans doute vers le Royaume, mais chacun devra s’y employer, parfois au-delà de ses forces, comme ce fut le cas pour les disciples fatigués qui ont donné du sens au miracle par le dépassement qu’ils ont accompli sur eux mêmes