vendredi 25 mai 2012

Marc 4:26-34

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Comment Dieu se révèle-t-il? dimanche 17 juin 2012

 
graine de moutarde
La parabole de la semence qui pousse toute seule

26Il disait encore : Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette de la semence sur la terre ; 27qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu'il sache comment. 28D'elle-même la terre porte du fruit : d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin le blé bien formé dans l'épi ; 29et sitôt que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là.

La parabole de la graine de moutarde

30Il disait encore : A quoi comparerons-nous le règne de Dieu ? Par quelle parabole le représenterons-nous ? 31C'est comme une graine de moutarde qui, lorsqu'on la sème en terre, est la plus petite de toutes les semences de la terre ; 32mais une fois semée, elle monte, devient plus grande que toutes les plantes potagères et donne de grandes branches, de sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre.

L'enseignement en paraboles

33C'est par beaucoup de paraboles de ce genre qu'il leur disait la Parole, selon ce qu'ils étaient capables d'entendre. 34Il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en privé, il expliquait tout à ses disciples.



Le monde semble devoir évoluer suivant le cours normal des choses sans que rien ne vienne modifier son rythme. Même  si l’activité humaine influe ponctuellement sur  les effets  du climat, cela ne semble pas avoir de conséquence à long terme sur le devenir de la planète elle-même qui peut subsister sans la présence humaine. Le chien aboie, la caravane passe et aucune force humaine n’y peut rien.  Rien, donc ne signale aux yeux des hommes la présence d’un être supérieur et intelligent qui règlerait tout cela.  Si Dieu ne se démontre pas, il ne se voit pas non plus  et la réalité de son Royaume passe inaperçue.  Ceux qui se croient les plus futés et qui croient posséder la clé de l’énigme ont des critères qui ne sont valables que pour eux-mêmes et qui ne se communiquent pas facilement. Ni la beauté du ciel, ni le nombre des étoiles, ni la profondeur des océans ne disent la grandeur de Dieu et ne plaident en faveur de son existence.

Tel  est le raisonnement habituel des êtres humains qui se croient avertis des choses du monde. Pourtant,  un jour, sans que rien ne les y ait préparés, la conscience du divin s’impose à leur esprit comme une évidence. Ils  se mettent à  considérer  que ce que leur logique récusait jusqu’alors, pouvait  devenir  une réalité envisageable. Cette aventure  n’arrive pas à tout le monde,  mais elle s’est produite un nombre  de fois suffisant pour mériter notre attention. On peut même dire, mais après coup seulement, que la chose se préparait depuis longtemps et qu’il y avait en eux quelque chose qui travaillait. Tout se passait comme l’action  d’un grain enfoui dans la terre et dont le germe se met à poindre.

Le germe  lance lentement une radicelle vers le bas, puis pousse sa tige vers le haut et la feuille prend forme. Il faut attendre que la pointe perce la surface du sol pour que l’on se rende compte de tout le travail qui a été fait en profondeur. C’est alors que l’on peut  constater la réalité de la vie qui s’élance de nulle part pour défendre ses droits.

Tout ce qui vit sur terre semble procéder du même schéma. La vie s’active avant-même  que quiconque ait pris conscience de sa réalité.  Avant même que l’on réalise son existence, l’embryon a déjà  vécu une longue histoire. Ainsi la vie qui jaillit de la terre pour produire un arbre a déjà un long passé. Tel est le mystère qui est à l’origine de tout ce qui vit. L’homme lui-même n’échappe pas à la règle.

La connaissance de Dieu suit le même mouvement.   La foi semble se manifester en l’homme  après une mystérieuse  maturation  spirituelle en lui. Il  ne sait pas toujours en  retracer les étapes mais on peut se demander si le mystère de la vie et celui de la foi ne suivent pas le même chemin. Il se pourrait-même qu’ils aient cause commune. La foi trouve ses origines au plus profond de la conscience humaine avant d’éclater d’un seul coup, comme si elle se manifestait sur l’instant. C’est ce que nous raconte Jésus dans ces deux paraboles. Il semble nous dire que la foi a ses origines profondément enfouies au cœur de l’homme et se développe sans qu’on y prenne garde jusqu’au jour où elle envahit tout l’espace de la pensée.

Dieu qui avait fait sa demeure en nous et qui se lovait dans notre inconscient cherche par tous les moyens à trouver le chemin de notre conscience. Quand il y parvient, il occupe alors tout notre être et oriente notre vie vers le meilleur de nous-mêmes. Jésus  rend compte de ce qui se passe en nous quand nous nous ouvrons à la foi,  à partir d’une simple observation de  la nature et en tire des conclusions qui nous surprennent  car il semble considérer que l’éveil  à la foi est possible pour tout un chacun.

Mais l’observateur futé dira bien vite que ça ne se passe pas toujours ainsi. Il y a des gens qui espèrent croire sans jamais y arriver.  Cette constatation est aussi valable pour les graines. Toute semence jetée en terre ne germe pas forcément, et quand elle germe, elle n’arrive pas obligatoirement à maturité.  Les limaces aussi bien que les vaches rivalisent entre elles pour consommer le brin d’herbe avant qu’il ne soit parvenu à former des épis ou des gousses.

 Il y a plus de graines qui n’arrivent pas à former de plantes que celles qui y parviennent. Cette loi est-elle valable pour la foi ? Y a-t-il des gens qui seront à tout jamais privés de la connaissance de Dieu parce qu’un obstacle  se sera interposé pour empêcher la foi de progresser ? Difficile à répondre sans heurter les sensibilités. Il y a des hasards qui font que la vie des uns ou des autres n’évolue pas de manière souhaitable et que des défaillances s’immiscent entre Dieu et les hommes contrariant d’une manière fâcheuse  le développement de la connaissance de Dieu.

Nous ne donnerons aucune explication rationnelle, mais il est vraisemblable qu’il y a dans la vie, des obstacles qui peuvent s’opposer à l’épanouissement de la foi. Par contre il peut se produire des situations ou c’est l’homme lui-même qui produit ces obstacles. Il peut se forger intellectuellement les images d’un Dieu qu’il ne peut accepter. Il peut vivre  dans une  société où la réalité  qui lui est donnée de Dieu provoque en lui un dégout tel  que  la notion de divin en lui en soit fortement affectée.

Certains ont beau dire qu’ils cherchent Dieu sans réussir à le trouver, ils ont beau prétendre que la grâce de connaître Dieu ne leur est pas donnée, alors que c’est eux, par leurs idées préconçues qui empêchent la manifestation du divin en eux. Pourtant la pratique de la Bible nous enseigne que Dieu multiplie les occasions de se faire connaître et ne désespère jamais d’atteindre la conscience de chaque individu. Il agit dans le secret de chacun et nul ne prend conscience de cette action de Dieu en lui que lorsqu’elle s’impose à lui de manière manifeste.

En 1958 Ingrid Bergman  dans « l’Auberge du sixième bonheur » a proposé une telle approche de l’action de Dieu. Le but du film était de raconter comment une jeune secrétaire,   éprise du désir d’évangéliser la Chine a réussi, à force de persévérance, à rejoindre une mission chrétienne dans un village perdu et a réussi à sauver un groupe d’enfants pendant la guerre contre les Japonais.  Ce qui me semble intéressant dans ce film,  c’est la méthode utilisée par la vieille dame missionnaire qu’elle était venue rejoindre et qui éclaire notre propos.  Elle racontait les histoires de la Bible, le soir à la veillée dans son auberge, dite du Sixième Bonheur. Elle espérait répandre la foi chrétienne par l’action des marchands qui fréquentaient son établissement et qui en colportant ces histoires transmettraient la parole de Dieu. Dieu semait ainsi à tout vent et laissait le soin au hasard de prolonger son œuvre.

Telle est la méthode de Dieu : semer avec persévérance et générosité et faire confiance à une force qui est insaisissable, celle du hasard.  C’est ce qui se passe dans cette parabole. Les choses se passent sans qu’on les voit agir,  et l’action de Dieu se fait dans le secret du cœur de l’homme sans qu’on puisse établir de règles, mais le résultat est surprenant.  Dieu ne donne à personne la clé de l’énigme mais engage chacun de ceux qui croient à entrer dans ce vaste mouvement où le secret, le hasard et Dieu jouent un grand rôle sans que les hommes puissent savoir comment ça marche.

Bien entendu, l’étincelle qui donne à la foi sa réalité, c’est la personne de Jésus. Le croyant,  en  s’appuyant sur l'Evangile y découvre l’enseignement de l’amour qui transforme la vie. La parole de Dieu devient efficace  en lui et requiert deux niveaux de réception.  Le premier consiste à  laisser faire les choses, c’est ce que nous avons dit tout au long de ce propos, la parole de Dieu se répand par tous les canaux possibles,  souvent ignorés des hommes. Elle agit comme la semence jetée en terre, elle germe selon les hasards du moment, des hommes en sont imprégnées et favorisent sa progression, les autres la rejettent.

Pour ceux qui la reçoivent avec joie, ils deviennent des compagnons du Seigneur et prennent rang parmi ses disciples. A ceux là, Dieu  réserve une deuxième approche. C’est le deuxième niveau que le texte de ce jour  nous révèle dans sa dernière phrase: « A ceux là, il expliquait tout en privé ». Le message se fait alors personnel, il agit dans la conscience de chacun et chacun devient apte à comprendre Dieu qui lui parle.  Jésus devient son confident personnel. C’est l’œuvre du Saint esprit en lui, mais c’est ici le sujet d’un nouveau sermon qui trouvera  ici sa place une autre fois.


mercredi 23 mai 2012

Marc 1:29-39


Une manipulation malheureuse a déplacé cette page à cette place qui n'est pas la sienne. Je me trouve dans l'impossibilité de la ramener 5 ou 6 pages en arrière. Que le lecteur veuille bien m'excuser. Merci

La résurrection est au centre de l'œuvre de Jésus

                dimanche 5 février 2012  Marc 1/29-39


Guérisons de malades et de démoniaques 29 En sortant de la synagogue, ils se rendirent, avec Jacques et Jean, chez Simon et André. 30 La belle-mère de Simon était couchée elle avait de la fièvre ; aussitôt on lui parle d'elle. 31 Il s'approcha et la fit lever en lui saisissant la main ; la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir. 32 Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et les démoniaques. 33 Toute la ville était rassemblée devant la porte. 34 Il guérit beaucoup de malades qui souffraient de divers maux et chassa beaucoup de démons ; il ne laissait pas les démons parler, parce qu'ils le connaissaient. P

roclamation en Galilée 35 Au matin, alors qu'il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier. 36 Simon et ceux qui étaient avec lui s'empressèrent de le rechercher. 37 Quand ils l'eurent trouvé, ils lui disent : Tous te cherchent. 38 Il leur répond : Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que là aussi je proclame le message ; car c'est pour cela que je suis sorti. 39 Et il se rendit dans toute la Galilée, proclamant le message dans leurs synagogues et chassant les démons.



On n’a pas l’habitude de commencer un sermon en citant un autre texte de la Bible que celui sur lequel on a l’intention de prêcher. C’est pourtant ce que je vais faire : « Il ne sommeille ni ne dort celui qui garde Israël ». dit le psaume 121. Ce psaume nous montre Dieu affairé à s’occuper de son peuple et toujours prêt à lui tendre une main secourable dans toutes les circonstances qui l’accablent que ce soit le jour ou la nuit.

N’en déplaise à ce psaume, on ne voit pas beaucoup Dieu à l’œuvre en ce bas monde. Mais si on ne le voit pas par contre dans le récit que nous avons lu, nous constatons que Jésus prend la relève. Jésus dans ce texte remplit toutes les fonctions dévolues à Dieu dans le psaume. Il accomplit l’œuvre du Père.

Vous devinez facilement que je vais être amené à dire que si nous nous efforçons d’imiter Jésus nous allons devenir à notre tour proches de Dieu et nous serons élevés comme Jésus à la fonction d’enfants de Dieu. C’est ainsi que Jésus va nous associer à son propre destin et nous faire participer dès maintenant à sa résurrection. En effet sans qu’on s’en aperçoive, ce passage est placé sous le signe de la résurrection.

Il commence par le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre. Elle est atteinte de fièvre, Jésus la guérit, il n’y a rien de spectaculaire dans cette guérison et on ne comprendrait pas pourquoi ce petit miracle serait rapporté si ce n’était pour faire ressortir un élément qui transparaît au travers des termes utilisés. Ce sont des mots qui sont habituellement réservés à la description de la résurrection. Il est dit qu’elle était couchée et non pas qu’elle était au lit. Elle était étendue, comme le sont les morts. Et il n’est pas dit qu’il la guérit, mais qu’il la fit se lever, et l’expression « faire se lever » désigne habituellement dans l’Evangile l’action de ressusciter ! Ce récit anodin de la guérison de cette femme est très connu, mais a part le fait que l’on s’en soit servi pour faire quelques plaisanteries désobligeantes, il n’a qu’un seul intérêt, celui de placer ce récit et celui des autres guérisons qui vont suivre sous le signe de la résurrection. Quand Jésus intervient dans l’existence de quelqu’un c’est pour le faire passer d’une situation de mort à une situation de vie, c’est cela la résurrection.

Sans que les choses soient dites, il nous est donc donné de percevoir que toutes les relations que Jésus établit avec les humains sont placées dans cette dimension de la résurrection qui devient la réalité profonde de son ministère. La résurrection prend alors son sens véritable qui ne désigne pas seulement le fait de survivre à notre propre mort mais qui est le fait de vivre dès maintenant la réalité de la présence de Jésus à nos côtés. C’est cela qui est désormais l’aspect premier de la résurrection.

Pour être ressuscité il faut être libéré de tout ce qui nous entraîne dans la mort. Nous avons ici toute une série d’actions libératrices de Jésus. Ces actions ont lieu en pleine nuit et la foule est nombreuse. Toute la ville est là, est-il dit, c’est dire que tout un chacun est concerné. La nuit n’est pas seulement l’absence de jour, c’est aussi l’absence d’espérance, la nuit signifie l’incapacité que l’on a de voir la situation à venir, la nuit n’est pas seulement physique, elle est spirituelle. Elle désigne cette situation qui fait que tous les fantasmes, tous les démons s’en donnent à cœur joie et se comportent comme si Dieu n’avait aucun pouvoir sur eux.

Dans la société antique, comme dans notre inconscient, la nuit est peuplée d’éléments hostiles aux hommes. Elle est perçue comme un moment où Dieu semble suspendre sa vigilance et laisse la place libre aux forces négatives. C’est dans ce monde redoutable pour l’homme où Dieu semble être absent que Jésus intervient, comme pour dire qu’il n’y a pas de domaine où la maladie et les forces hostiles aux hommes puissent avoir une place.. L’Evangile de Marc nous dit que Jésus est venu instaurer la résurrection dans le domaine de la mort et rétablir une relation avec Dieu qui paraissait interrompue.

Qui fait obstacle à ces relations? Ce sont bien entendu les démons et la maladie. Dans le contexte de l’Evangile, les démons ne sont pas personnalisés, ils sont mis au même rang que la maladie dont l’absence de guérison nous fait douter de Dieu. Nous traversons parfois des événements si terribles que notre raison ne peut les surmonter sans mettre Dieu en cause. Ils sont à mettre au rang des démons auxquels Jésus livre un combat sans merci.

Nous doutons de Dieu, quand nous avons le sentiment que le poids du destin est trop lourd et nous pensons alors que Dieu doit être impuissant pour avoir toléré quelque chose de si injuste. Pire, s’il n’est pas impuissant, c’est qu’il laisse faire ou qu’il n’a rien à faire d’une créature aussi insignifiante que nous. Ce sentiment d’indifférence ou de total abandon est insupportable car nous n’avons pas la force de faire face à notre destin tout seul. Nous nous sentons enfermés dans une nuit épaisse condamnés à subir un destin que nous ne maîtrisons pas.

C’est dans cette nuit épaisse que Jésus se tient. C’est là que les disciples le trouvent alors qu’il fait encore noir. Ils lui disent l’angoisse des hommes et Jésus répond qu’il est là pour les soulager. Jésus était sorti dans la nuit pour prier c’est dire que pendant que les hommes dormaient, Jésus lui, veillait.

Il donne ainsi une première réponse à nos angoisses. Quand nous avons peur, il est là et il prie, c’est sa manière à lui d’être efficace.

Jésus répond à ceux qui le cherchent et qui l’interpellent. Il leur dit: « allons ailleurs ». Cet « ailleurs » prend une très grande importance, car cet ailleurs n’est pas là où ils l’espèrent. Pour eux la présence efficace de Jésus serait de faire cesser immédiatement ce qui ne va pas. Ils attendent un miracle et un soulagement. Le miracle est de l’ordre du confort immédiat comme le ferait un médicament qui à peine administré supprimerait la douleur. La position de Jésus n’est pas tout à fait celle la. Elle est ailleurs.

Les hommes souhaitent qu’en intervenant il corrige les anomalies dont nous sommes victimes. Et ce n’est pas exactement ce qui se produit. Malgré nos prières, nos angoisses subsistent, les maladies perdurent et parfois nous emportent. Dieu ne veut pas passer son temps à corriger ce qui ne va pas dans le monde. Il se refuse à être le Dieu-Providence qui répond aux nécessités des hommes en manque. Jésus oriente leurs regards vers un ailleurs où ils n’ont pas encore tourné les yeux. Cet ailleurs, nous l’avons déjà désigné au commencement de ce propos, c’est l’événement de la résurrection.

La résurrection s’est manifestée au moment où Dieu, dans la personne de Jésus a accepté de faire retomber sur lui toutes les malédictions des hommes pour les porter et les assumer dans sa mort. Sa présence en nous implique donc la résurrection.

Grâce à elle nous dépassons nos propres souffrances, en sachant que Dieu a mis en nous assez d’énergie pour les surmonter et pour faire qu’elles ne soient plus des obstacles à notre foi et à notre espérance. La résurrection est puissance de Dieu en nous.

Dieu ne détruit pas, comme par l’effet d’une potion magique tous nos blocages mais il met assez d’énergie en nous pour que nous les dépassions car Dieu croit en l’homme et à sa capacité de dépassement. Il fait le pari que si nous lui faisons confiance nous surmonterons par nous-mêmes tout ce qui nous fait souffrir. Cela ne l’empêche cependant pas de mettre régulièrement sur notre route des signes effectifs de sa puissance. Il nous donne des repères et se permet de faire quand même des miracles. Ils agissent sur nous comme le pain et le vin de la cène qui ne nourrissent pas physiquement mais qui nous disent la présence réelle de Dieu dans notre existence.

Les illustrations proviennent de La Bible illustrée Par Edy Legrand

mercredi 16 mai 2012

Marc 14:12-26

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Pour avoir un autre sermon sur ce texte cliquer sur l'indication du blog juste au dessus de ce texte à gauche et chercher " à propos de  Judas"
ENQUÊTE  POLICIÈRE  A JÉRUSALEM 

 DIMANCHE  10  JUIN  2012


12Le premier jour des Pains sans levain, le jour où l'on sacrifiait la Pâque, ses disciples lui disent : Où veux-tu que nous allions te préparer le repas de la Pâque ? 13Il envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez à la ville ; un homme portant une cruche d'eau viendra à votre rencontre ; suivez-le,14et là où il entrera, dites au maître de maison : Le maître dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? 15Il vous montrera une grande chambre à l'étage, aménagée et toute prête : c'est là que vous ferez pour nous les préparatifs. 16Les disciples partirent, arrivèrent à la ville, trouvèrent les choses comme il leur avait dit et préparèrent la Pâque.

17Le soir venu, il arrive avec les Douze. 18Pendant qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : Amen, je vous le dis, l'un de vous, qui mange avec moi, me livrera. 19Attristés, ils se mirent à lui dire l'un après l'autre : Est-ce moi ? 20Il leur répondit : C'est l'un des Douze, celui qui met avec moi la main dans le plat. 21Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais quel malheur pour cet homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme ne pas être né.

22Pendant qu'ils mangeaient, il prit du pain ; après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le leur donna en disant : Prenez ; c'est mon corps.23Il prit ensuite une coupe ; après avoir rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. 24Il leur dit alors : C'est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour une multitude. 25Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu.



Que peut bien faire là, tout seul cet homme avec une cruche ? Il est sans doute d’un aspect assez banal pour qu’on ne fasse pas attention à lui mais assez insolite pour  qu’une personne correctement avertie puisse le repérer.  En effet, l’usage voulait que ce soit plutôt les femmes qui portent les cruches d’eau, c’est pourquoi les deux compères envoyés par Jésus n’ont aucun mal à le repérer. Pas un seul mot n’est échangé. Ils le suivent vers une demeure dont l’hôte est resté anonyme. Cependant  tout  a été préparé. Ces quelques constatations suffisent  pour que l’on sente peser l’atmosphère de suspicion dans laquelle  se déroule le récit qui va suivre. Jésus craint les espions qui peuvent venir de l’extérieur, c'est-à-dire de ceux qui sont envoyés par les autorités pour  repérer où il se cache. Peut-être la trahison viendra-t-elle  de l’intérieur de sa propre communauté,  peut être même, le sait-il déjà ?

Jésus n’est pas un naïf,  il a tout un réseau d’amis fidèles qui se sont mobilisés pour que tout se passe bien et que les choses se fassent comme il les a prévues.  Ici, quatre personnes au moins se sont compromises pour se mettre à son service dans une ville où le danger le guette à chaque coin de rue. Le propriétaire e la maison (1), le porteur de cruche, et les deux disciples anonymes.

Le soir, quand tout est prêt le maître n’a plus qu’à se mettre à table avec les douze. Les autres ont disparu. Le repas pascal peut avoir lieu. Dernier repas de Jésus, première Sainte Cène que préside le Christ entouré de ceux qui constituent l’embryon de la première église. Faut-il rappeler à votre mémoire la scène de Léonard de Vinci avec les douze qui s’interrogent par groupes de trois pour savoir lequel d’entre eux trahira le maître.

Les paroles ambiguës de Jésus à propos d’une éventuelle dénonciation  les consternent. « Est-ce moi ? Est-ce un autre ? » Se demandent-ils,  alors que vraisemblablement,  ils savent tous déjà qui va trahir. Interpelés par la tradition et par des thèses plus récentes, nous  nous demandons s’il faut le considérer comme un abominable traître ou comme un héros. Même si certains penchent pour la thèse du héros, sans pour autant avoir recours à cet apocryphe qui a défrayé l’actualité, il y a quelques années, il n’en reste pas moins vrai que dans l’Evangile, c’est une atmosphère d’angoisse de suspicion et de trahison qui plane.

Indépendamment du rôle tenu par Judas, nous savons qu’aucun des onze autres ne va jouer un rôle remarquable. Chacun, à sa façon va trahir, et aucun n’aura l’excuse que l’on prête à Judas  qui aurait trahi soit par ordre du maître, soit par une décision à caractère politico-religieux visant à contraindre Jésus à se révéler comme Messie, soit tout simplement par intérêt personnel, parce qu’il était avide. Les autres sont tout simplement des couards, ils ont eu peur, ils se sont sauvés comme des lapins au moment de l’arrestation.  Pierre lui-même a fait pire, il a dit des paroles inadmissibles  de reniement. Voila une belle brochette d’anti-héros qui deviendront tous, par la suite les chefs de l’Eglise.
 
Ses amis, car ce sont ses amis entourent le maître qui va faire les gestes que l’on sait et prononcer les paroles que l’on sait.  Pauvre Jésus, savait-il qu’il jetait là une pomme de discorde entre les futures églises, si bien  qu’on ne peut pas considérer que  les traîtres de jadis étaient pas meilleurs que les traîtres d’aujourd’hui. On a depuis passé au crible chaque geste de Jésus pour en trouver la signification. On a étudié chacune de ses paroles dont on a cherché le sens caché qu’elles pouvaient avoir en hébreu ou en araméen et même en copte ancien. Chaque fois ces arguments ont servi à diviser les hommes entre eux, à dresser des barrières entre les églises et à répandre la haine, alors qu’il s’agissait de  rendre compte de l’acte d’amour  le plus sublime que Jésus ait accompli ce soir là.

Jésus a  tout simplement tenté d’expliquer que ce repas, qu’ils seraient appelés à célébrer à nouveau en mémoire de lui, garderait à tout jamais l’empreinte de sa vie  alors qu’il ne serait plus là. La mort cruelle vers laquelle il s’acheminait était un défi que Jésus relevait pour révéler que Dieu  restait présent dans la vie des hommes quand bien même la mort les engloutirait

L’acte le plus sublime de la vie de Jésus se déroulait ce soir là au milieu d’hommes apeurés qui ne comprenaient pas  que leur maître accomplissait un enseignement en actes, qui allait être déterminent pour la  suite. Ils étaient invités à comprendre dans ces simples gestes que le pardon l’emportait sur le péché et que la vie aurait le dernier mot sur la mort.  Plus tard, leurs successeurs manifesteront la même incompréhension en  divisant les églises au sujet des paroles prononcées ce soir là.

Au lieu de m’attrister, ces réflexions m’encouragent à porter les regards  au-delà du cercle des douze. Elles nous invitent à nous intéresser à ceux  que le récit a laissé à l’écart  et qui ont dressé la table. Sans eux la célébration dont les autres ont eu tant de mal à saisir le sens,  n’aurait pas eu lieu. Pour que nous comprenions  que la mort de Jésus  portait en elle un baume de guérison contre le péché, il a fallut qu’il y ait un porteur de cruche, il a fallu qu’il y ait un propriétaire de maison qui se soit affairé en secret pour tout préparer. Il a fallu aussi qu’il y ait deux disciples anonymes qui fassent une course relais dans les rues de la ville et déjouent les pièges des tueurs. Combien de fidélités non dites a-t-il fallu encore pour, apporter les provisions, aller chercher le pain et le vin. Qui a cuit le mouton ? Qui a fait et agi de telle sorte que tout soit prêt ? Nous ne le savons pas.

C’est intentionnellement que j’attire votre attention sur ces quatre hommes. Leur présence ici dans ce récit nous apprend, mieux qu’ailleurs que les limites de l’Eglises sont bien plus vastes que la communauté visible rassemblée autour du maître. Elle est bien plus vaste que le nombre de ceux qui sont recensés sur nos listes et que ceux que nous accueillons à la table que le Seigneur préside. Serviteurs zélés, nous organisons l’Eglise avec nos propres critères, nous regardons les hommes avec nos yeux d’humains et nous avons tendance à fermer les portes de nos sanctuaires pour que ceux qui sont sur le seuil ne perturbent pas nos saintes assemblées.

Au regard de ce texte on s’interroge pour savoir  qui est concerné par le mystère qui est ici raconté. Est-ce seulement les 12 rassemblés autour du maître  et qui dans quelques instants le trahiront ? Qu’en est-il du porteur de cruche qui, sans doute au risque de sa vie a guidé les deux anonymes vers la maison d’un troisième  qu’on ne connaît pas mais qui avait déjà tout préparé. Lui aussi  a risqué sa vie en hébergeant dans sa maison celui que la police recherchait pour le traîner devant le tribunal qui déciderait de sa mort ?
 
Curieusement, sur le fronton des églises,  on représente traditionnellement le Christ, les apôtres, et tous ceux dont la tradition a retenu les noms. Y a-t-il une seule Eglise au monde  qui ait osé mettre sur son tympan ou tout simplement à l’entrée de son sanctuaire l’image d’un homme portant une cruche ? C’est pourtant grâce à un tel homme que Jésus a pu accomplir ce geste que nous répétons tant de fois et par lequel nous  redécouvrons chaque jour que dans la mort du Christ se trouve une espérance de vie  pour toutes les nations.

Si quelqu’un voulait reconstituer l’intrigue policière dans laquelle ce drame s’est joué, si quelqu’un voulait inventer l’histoire de cet homme pour lui redonner vie,  peut être  ferait-il de lui un nouvel apôtre  et peut être ferait-il du  récit de ce compagnon anonyme de Jésus  un best seller.

(1)   Cet homme pourrait être Jean l’Evangéliste, notable de Jérusalem, gagné à la cause de Jésus, qui fait tout pour lui faciliter la tâche et qui aurait assisté dans la cour du grand prêtre à la suite des événements. C’est la thèse que défend  Jean-Christian PetitFils dans son livre sur la vie de Jésus « Jésus » paru aux éditions Fayard en janvier 2012

samedi 12 mai 2012

Matthieu 28:16-20



 Envoi des disciples dans le monde Dimanche 3 juin 2012

 16Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée. 17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes ; 18Jésus s'approcha et leur dit : Toute autorité m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. 19Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint, 20et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Quant à moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. 



Le Christ glorieux associe les apôtres à son règne qui s’ouvre dès maintenant. Ils ont mission de  prendre en charge le monde entier, car le monde entier est concerné par cet événement. On a envie de crier victoire, car les  vicissitudes du monde semblent terminées. Pourtant en écoutant attentivement la lecture de ce texte, on apprend que certains doutent de la réalité dont ils sont témoins, on apprend aussi que les autorités civiles avaient payé des soldats pour faire courir de fausses nouvelles. Alors qui faut-il croire ? Où est là vérité? Bien évidemment mes sous entendus sont volontairement provocateurs.

 Il n’empêche que notre foi doit trouver son chemin à travers les méandres des  interprétations variées et des interrogations qui sont frappées au coin de bon sens. Nous ne pouvons pas construire notre foi sans faire nos propres expériences et acquérir nos propres certitudes. La foi n’est pas une vérité qui tombe du ciel et qui s’impose  à nous sans que notre propre logique ne lui résiste. Le Saint Esprit qui nous vient d’en haut  ne suffit pas. Nous devons passer par l’épreuve du doute et de la remise en question pour que nos intuitions de la foi deviennent des certitudes.  Pour être crédibles, ces certitudes doivent être porteuses d’ouverture sur l’avenir.       

Parmi ces certitudes il y a une qui repose sur le fait que le Christ ressuscité a réussi  à s’imposer aux premiers apôtres qui avaient plus de raisons que nous de le contester.  Il s’est imposé malgré les manipulations des uns et les doutes des autres. Il s‘est imposé à eux parce qu’il est porteur d’espérance, non pas pour eux personnellement ou pour nous personnellement, mais pour le monde.
 
Le Christ ouvre une espérance pour le monde. Il promet que le monde changera quand l’Evangile sera prêché jusqu’aux extrémités de la terre. Cette espérance  est l’élément qui nous pousse à espérer d’abord et  à croire ensuite. Le monde n’est pas voué au fatalisme qui semble peser sur lui, au contraire c’est une nouvelle vision des choses qui nous est proposée. Cette proposition réclame notre participation. Et parce qu’elle nous engage, nous voulons y croire, comme les  onze apôtres y ont cru et comme  tous les chrétiens qui les ont suivi ont cru après eux.

La lecture de ce passage  et  l’espérance qu’elle suscite a donné naissance à de nombreuses expressions de la foi, en particulier aux sculptures triomphantes du Christ  en gloire sur le  tympan de certaines cathédrales gothiques ou  aux magnifiques mosaïques au centre de la coupole des Eglises byzantines. Ces portraits du Christ en gloire sont la manifestation de la foi de tout un peuple qui croit que le Christ change le monde. Le Christ Pantocrator s’assoit à la droite du Père pour rendre toute chose nouvelle. La résurrection est l’événement qui déclenche la transformation du monde.  Depuis 2000 ans  les artistes ont fidèlement transmis cette vision et au XXe eme siècle il en est au moins un, Salvador Dali qui a suivi leurs traces. Dans son admirable cène il mêle le Christ glorieux au Christ  partageant le pain et le vin pour que le monde transfiguré  découvre sa vocation promise..

Le Christ ressuscité vient combattre nos doutes et nous rappelle que sans espérance nous n’avons pas d’avenir. Si donc nous aspirons à un avenir meilleur, si nous croyons que Dieu est capable d’ inventer un devenir à notre société, nous devons rejoindre ceux qui depuis toujours ont fidèlement lié leur foi à cet événement glorieux où le Christ en gloire nous dit en même temps qu’il prend le monde en  charge et qu’il nous envoie pour  être les instruments de cette promesse.


La mondialisation dont on nous rabat les oreilles depuis quelques temps était déjà à la mode dans le projet du Christ, car c’est de mondialisation qu’il entretient ses disciples. Il veut que son enseignement devienne la règle de vie du monde entier. Il ne veut pas qu’il soit le monopole d’une petite secte marginalisée dans la société juive du Moyen Orient qui était la première Eglise. L’Evangile devait conquérir l’empire, et il le fit. Il devait devenir le moteur d’un nouvel ordre des choses et il le devint.

Sous l’influence de l’Evangile le monde devait devenir différent. Et ce fut le cas. De païen, le monde est devenu Chrétien. L’Evangile a bousculé les  frontières de l’empire  et il est parti à la conquête de ces terres barbares qui sont devenues les nôtres aujourd’hui. La frénésie de la mission est devenue contagieuse et l’Evangile a retenti  jusqu’au bout de la terre. N’est-ce pas merveilleux?  Le monde en est-il pour autant devenu meilleur?, compte tenu d’un certains nombres de valeurs incontournables aujourd’hui, on peut sans doute dire que sans l’Evangile ça aurait pu être pire.
 
Certes je n’ignore ni les larmes ni le sang que tout cela a provoqué, je n’oublie ni les compromis ni la recherche de la gloire personnelle, je ne gomme pas non plus le fait que des fortunes entières ont été arrachées à certains pour enrichir quelques privilégiés. Rien de tout cela ne s’est construit sans que le  péché des hommes n’ait apporté régulièrement son lot de notes discordantes, mais je dis que le processus de mondialisation a d’abord été le fait de l’Evangile. Or nous semblons découvrir ce phénomène comme une nouveauté alors qu’il a déjà été usé par 20 siècles d’élans missionnaires. A l’origine de cette mondialisation de l’Evangile, il y a le texte que nous méditons aujourd’hui. Il s’appuie  sur la certitude que  la proclamation de l’Evangile avait pour vocation de transformer le monde en une confrérie fraternelle d’hommes et de femmes gérant  la planète  pour la plus grande gloire du Père. Les résultats ne sont apparemment pas visibles, mais le processus est en marche, même si on se force aujourd’hui à refuser de le voir  et que l’on focalise notre attention sur d’autres forces qui le masquent.

Sous couvert d’Evangile l’homme s’est fait loup pour l’homme. Les terres a évangéliser son devenues des réservoirs d’hommes asservis. Les puissances colonisatrices en ont profité pour normaliser le monde à la mode occidentale en imposant leurs langues et leurs coutumes  parce qu’elles pensaient qu’elles étaient les supports les mieux adaptés à la foi chrétienne et aux échanges économiques. Toutes ces mauvaises raisons et aussi quelques unes de ces bonnes raisons ont été mises au service, qu’on le veuille ou non du Seigneur Jésus Christ pour bâtir le monde d’aujourd’hui. On peut s’en féliciter ou le rejeter, là n’est pas la question. Qu’il nous suffise de constater que l’intention primitive était bonne, puisqu’elle découlait d’un ordre du Christ qui faisait du partage fraternel le mot d’ordre de la conquête du monde.
 
 Si la mondialisation telle que l’Evangile l’a proposée n’a pas apporté  l’égalité sociale qu’elle avait vocation d’apporter, que va-t-il en être de la mondialisation actuelle qui ne se cache pas  derrière des  a priori moraux ?  N’allez pas imaginer qu’elle va diffuser malgré elle un évangile égalitaire alors qu’elle est déjà issue de l’inégalité. 

L’Evangile doit reprendre sa place dans tout cela. Il doit prendre la tête d’une révolution sociale indispensable sans quoi  le monde basculera sous les coups des égoïsmes conjugués. Qu’on ne dise pas alors qu’on sera forcé à faire du social pour survivre. On ne fera du social que si notre espérance nous y pousse et seule l’espérance contenue dans l’Evangile nous y poussera.

Il est urgent dans ce contexte que l’Evangile soit pris au sérieux par ceux qui s’en réclament. Les Eglises ont passé l’époque de leurs dissensions internes. Elles ne doivent  pas manquer  cette chance qui leur est offerte aujourd’hui  de rappeler au monde que l’Evangile a lancé des hommes dans une aventure d’espérance et de partage, Le courant de la mondialisation est porteur, et il est nécessaire qu’elles l’utilisent pour que les idées du Christ  se répandent à nouveau comme un flux d’espérance sur un monde à la dérive. Il ne s’agit plus de paraphraser Malraux en disant que le monde de demain sera spirituel ou ne sera pas, il faut avoir l’audace de dire  avec conviction que le monde de demain sera  gagné à l’Evangile  ou ne sera pas.


mardi 8 mai 2012

Jean 15:26-27 et 16:12-15

 



Le Saint Esprit -  dimanche 27 mai 2012-  Jean 15:26-27 et Jean 16 :12-15




Jean 15 :26« Celui qui doit vous venir en aide viendra : c'est l'Esprit de vérité qui vient du Père. Je vous l'enverrai de la part du Père et il me rendra témoignage. 27Et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous avez été avec moi depuis le commencement. 

Jean 16 :12« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les supporter maintenant. 13Quand viendra l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. Il ne parlera pas en son propre nom, mais il dira tout ce qu'il aura entendu et vous annoncera ce qui doit arriver. 14Il révélera ma gloire, car il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. 15Tout ce que le Père possède est aussi à moi. C'est pourquoi j'ai dit que l'Esprit recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. »




« Je suis maître de moi, comme de l’univers, je le suis, je veux l’être » disait  l’empereur Auguste sous la plume de Pierre Corneille dans Cinna. De tels vers ont accompagné  la jeunesse des plus anciens parmi nous, à l époque où on apprenait par cœur les vers célèbres de la poésie classique. A force de les réciter sans faute sous peine de recevoir de mauvaises notes, les jeunes élèves ont été imprégnés d’une philosophie qui a sans doute  durablement marqué leur vie. Ils ont été ainsi préparés à ouvrir leur existence à un avenir glorieux, tel que semblait l’annoncer le théâtre classique.

C’était l’époque des trente glorieuses a-t-on dit,  la prospérité caressait l’avenir d’un monde moderne après  de longues années de troubles et d’agitation. Les guerres coloniales s’apaisaient et  la tourmente de la dernière guerre mondiale était oubliée. L’homme civilisé partait  à la conquête d’un avenir heureux et prospère. A quoi bon alors s’encombrer de problèmes spirituels puisque la  science et la technique devaient  maîtriser toutes les difficultés qui auraient pu surgir. Dieu avait-il encore sa place dans un univers que l’intelligence humaine devait désormais maîtriser ?  On  envisageait  la conquête des  astres après avoir pour la première fois mis les pieds sur la lune.

Aveuglé par sa réussite dont il trouvait les origines dans la littérature, l’homme moderne prenait lentement la place de Dieu. Une telle attitude relève bien évidemment de la tentation de l’homme qui ne trouve aucune limite à son ambition quand tout va bien, mais  quand les choses se mettent à mal tourner, c’est une autre histoire ! Naturellement cette euphorie n’a pas durée, mais la foi en Dieu est-elle revenue ?

On ne se  retourne pas tout naturellement vers Dieu,  quand on l’a abandonné. Quand  les événements se retournent contre nous, on se replie plutôt sur soi-même en se culpabilisant, comme si on avait mal agi et que la cause de notre échec était liée à une erreur  d’appréciation. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’intelligence de l’homme, c’est son comportement qui l’est  et qui a déséquilibré tout le système pense-ton. Ce n’est pas faux !

Mais si on se culpabilise en s'accusant de ce qui ne va pas, on croit aussi trouver la réponse dans le mauvais comportement des autres. On considère que la cause de notre désenchantement est dans la perte de notre confiance  dans les hommes  qui avaient pour charge la responsabilité de gérer les nations. On se retourne contre ceux qui avaient le pouvoir et qui tenaient  en main l’avenir de notre société. Les groupes humains s’accusent  alors  mutuellement d’être la cause du dysfonctionnement général.

C’est à nouveau  dans la littérature que l’on trouve l’illustration de ce phénomène. Jean de La Fontaine nous raconte dans « les animaux malades de la pestes »  le désarroi du petit peuple des animaux  en proie à une épidémie et qui croit trouver son salut en sacrifiant un pauvre âne qui avait brouté quelques brins d’herbe dans le champ d’un autre.

C’est maintenant que nous rejoint le texte de l’Évangile :       « Quand sera venu l’Esprit de vérité, dit Jésus, il vous conduira dans toute la vérité ».  Un peu plus haut dans l’Évangile on nous décrit l’Esprit saint comme étant un          « consolateur » ou mieux, comme un « avocat ». Jésus n’a pas besoin d’emprunter  ce long détour  par la littérature classique, comme je l’ai fait, pour pointer du doigt les causes  de notre désenchantement. Jésus sait fort bien notre propension à nous défausser sur les autres des erreurs  entraînées par  nos mauvais  comportements. Depuis Abel assassiné par son frère qui l'accusait d' avoir accaparé les faveurs de Dieu, les accusations n’ont fait que se répéter au cours des siècles. Dieu sait nos penchants à l’esquive, c’est pourquoi il  nous  montre qu’on ne peut pas s’en sortir sans son aide.

Un avocat nous est promis pour arranger les choses. On comprend tout naturellement que les hommes  s’étant écartés de Dieu pour mener leurs affaires à leur guise ont besoin d’un avocat pour se réconcilier avec lui. Si on a mis Dieu à l’écart,  il est nécessaire  qu’on nous aide à retrouver un chemin d’entente avec lui. En fait il n’en est rien. Avant de se réconcilier avec Dieu, il faut avant tout se réconcilier avec les hommes, car si nous   accusons  certains d’avoir rompu l’équilibre qui nous menait à la prospérité, il faut aussi se réconcilier avec ceux qui nous accusent à notre tour d’avoir contribué à ce même déséquilibre. Cette double accusation est incompatible avec une bonne entente avec Dieu.  C’est pourquoi il s’en mêle.

Mais si Dieu s’en mêle, son action n’est pas forcément visible immédiatement. Il ne cherche pas à faire de miracle en s’immisçant dans nos affaires. Il ne cherche pas à   négocier notre retour vers lui  en échange d’un progrès technique retrouvé. Si Dieu intervient, c’est en secret, dans l’intimité de chacun de  nous. Il demande que nous fassions une démarche vers lui. Si Dieu nous donne rendez-vous au fond de notre  cœur où il nous attend, il désire cependant que nous fassions un pas vers lui.

Certes, il arrive à tout un chacun de faire une pause dans sa vie et de réfléchir à tout ce qui se passe en lui et autour de lui. Ce moment est perçu par Dieu comme un moment favorable à une rencontre avec lui. Mais ce n'est pas pour autant que le dialogue s'installe entre lui et nous. Il nécessite un effort sur nous-mêmes pour repenser notre vie en sa présence, car Dieu est porteur de vie. A son contact nous devons nous laisser saisir par un dynamisme qui nous vient de lui et qui pourrait provoquer en nous des sentiments qui nous désorientent. Nous ressentons à la fois le poids de nos fautes et la chaleur du pardon. Nous sentons aussi la colère monter dans notre fort intérieur contre les autres et contre  nous-mêmes et en même temps nous ressentons une paix immense et une sérénité qui s’installent  en nous. Ce bouleversement radical  remet en cause notre manière de penser et notre relation aux autres. C'est ainsi que  le saint Esprit  se manifeste en  nous. La suite dépend de nous.

Elle ne sera  peut être qu’une bonne expérience spirituelle, en attendant la suivante, et n’aura pas changé les choses   en profondeur dans notre sentiment vis-à-vis de Dieu. Mais , il est  à parier que Dieu souhaitait autre chose de notre part car  il a tout fait  pour que nous entamions un vrai dialogue avec lui. Si c'est lui qui a  provoqué cette émotion,   il attendait une suite qui ne dépend plus que de nous. C’est alors que la relation qui s'établit avec lui transfigure notre existence  et nous permet de voir l'avenir autrement. Ce dialogue  qui s'est établit avec Dieu se fait désormais dans la durée et provoque en nous un bouleversements  radical dans notre vision des choses.  Chacune, des actions que nous entreprenons  se fera désormais sous couvert  de  dialogue avec l’Esprit, qui  blotti au fond de nous-mêmes,nous aide à voir les choses du même regard que Dieu . Ce faisant nous devenons des  êtres  nouveaux, disponibles pour agir  sur des routes nouvelles.

Quiconque se laisse interpeler par Dieu et accepte le dialogue avec lui risque de se sentir investi par lui  et peut se  sentir  appelé pour faire des choses qu’il ne soupçonnait même pas. C’est ainsi que le Saint esprit agit en nous.