vendredi 24 février 2012

Jean 12 :20-33




Des Grecs demandent à voir Jésus - dimanche 25 mars 2012

20 Il y avait quelques Grecs parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant la fête. 21 S'étant approchés de Philippe, qui était de Bethsaïda, en Galilée, ils lui demandaient : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. 22 Philippe vient le dire à André ; André et Philippe viennent le dire à Jésus.
23 Jésus leur répond : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. 24 Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. 25 Celui qui tient à sa vie la perd, et celui qui déteste sa vie dans ce monde la gardera pour la vie éternelle. 26 Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive, et là où moi, je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un veut me servir, c'est le Père qui l'honorera.

Jésus parle de sa mort

27 Maintenant je suis troublé. Et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est pour cela que je suis venu en cette heure. 28 Père, glorifie ton nom ! Une voix vint donc du ciel : Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. 29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu disait que c'était le tonnerre. D'autres disaient : Un ange lui a parlé. 30 Jésus reprit : Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, mais à cause de vous. 31 C'est maintenant le jugement de ce monde ; c'est maintenant que le prince de ce monde sera chassé dehors. 32 Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. 33 Il disait cela pour signifier de quelle mort il allait mourir.



Il y a un art de voir qui ne relève pas du bon fonctionnement de nos yeux mais qui relève de notre âme. Il y a une faculté de sentir les choses qui ne relève pas de nos sens mais d’une perception intérieure de tout notre être qui nous met en contact avec des réalités que nous ne soupçonnons pas. La réalité de Dieu s’impose à nous sans qu’il soit nécessaire de voir quoi que ce soit ou d’entendre quelque chose. Les certitudes qui nous habitent ne viennent pas de ce nous voyons, mais de ce que nous croyons.

Les mystères de l’âme humaine n’ont pas encore vraiment été explorés, car ils ne relèvent d’aucune investigation scientifique. Ils relèvent de l’expérience que chacun fait avec Dieu. Il ne faut pas entendre par le mot âme un principe surnaturel et éternel qui serait la partie noble de notre être en opposition à tout ce qui est matériel et sensible. Il faut comprendre par cette expression tout ce qui relève de notre vie intérieure et qui reste inaccessible aux techniques d’investigation des hommes.

Celui qui cherche Dieu pense souvent qu’il pourra le rencontrer au moyen de ses sens. Il se tient en alerte pour écouter afin d’entendre. Il lit les théologiens ou les philosophes et espère en s’appropriant leurs expérience trouver un contact avec le sacré. Il s’imprègne de musique suave et croit alors qu’il entendra peut être Dieu dans le jeu sublime des instruments et des interprètes. Il contemple le soleil qui se couche sur l’océan et croit comprendre par ce spectacle tout le mystère de la création et de la grandeur de Dieu ! En fait, il n’en est rien, cela ne relève que des techniques que l’expérience humaine a déjà éprouvées depuis longtemps. Elles nous prédisposent sans doute à une ouverture à Dieu, mais elles ne nous révèlent pas Dieu.

Un tel comportement rejoint celui de ces grecs qui dans notre passage veulent voir Jésus et que Jésus laissent sans réponse. Ils espèrent en le voyant se rapprocher de Dieu et Jésus les détourne de ce projet. Il ne se montre pas à eux car le fait de voir ou de ne pas voir n’éclairera en rien leur demande de foi. Sans doute font-ils une démarche louable, et ils s’y prennent bien. Ils s’adressent à Philippe, puis à André dont les noms révèlent qu’ils sont eux aussi, sans doute d’origine grecque. Ils viennent de Bethsaïda, de l’autre côté du lac qui est perçu comme une terre païenne. Ils considèrent qu’ils sont les plus qualifiés pour les introduire en présence du Seigneur, mais Jésus ne permet pas à la démarche d’aboutir et nous restons, comme eux sur notre faim.

Les gens qui cherchent à développer leur spiritualité croient bien souvent qu’en essayant de voir, ils parviendront à croire. « Montre-nous le Père » dira un peu plus loin Thomas et Jésus le renverra à sa vie intérieure : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu n’as toujours pas compris ! » Ni Thomas, ni nous-mêmes n’avons compris que nos sens nous trahissent et nous entraînent à croire ce qui n’a pas lieu d’être. La foi n’est pas de l’ordre de ce qui se voit.

Jésus fait dire à ces amis grecs qui cherchent à le voir, que si ils veulent comprendre quelque chose à son message, c’est dans ce qui ne se voit pas qu’ils le trouveront, car c’est dans la mort de Jésus que se trouve tout le mystère de la vie en Dieu. Ce mystère oriente nos regards vers l’événement de Pâques qui contient en lui tout ce qu’il nous faut savoir pour comprendre Dieu.

Le récit de l’événement de Pâques occupe plus du 1/4 de chaque évangile. On y trouve le récit d’un non-événement, car la résurrection est un événement qui ne se voit pas. C’est un non-événement puisque le récit est présenté comme s’il n’avait pas eu lieu. Les gardes dormaient devant le tombeau et ne s’aperçurent de rien, les disciples qui se terraient dans leurs maisons n’étaient pas là, les femmes affairées dès le petit matin arrivèrent trop tard et ne découvrirent que le tombeau vide. Ce vide n’est pas le vide du néant sans quoi on aurait trouvé un corps pour attester qu’il était bien mort. L’absence du corps se constate, mais ne se voit pas, elle est beaucoup plus troublante que sa présence. S’il y a quelque chose à comprendre, ce n’est pas dans ce qu’il y a à voir que cela se situe, puisqu’il n’y a rien à voir.

Mais Ils ont bien vu le ressuscité par la suite ! Sans doute ! Mais dans un premier temps, quand ils l’ont vu ils n’ont pas cru que c’était lui. Marie Madeleine l’a pris pour le jardinier et les disciples d’Emmaüs ne réalisèrent que c’était lui réalisent qu’après son départ quand ils ne le voyaient plus. Bien sûr, plus tard, ils le verront tous, à l’exception de Thomas, mais ce sera trop tard car la réalité de la résurrection s’était déjà imposée à eux dans le non-événement qui constitue l’épisode du tombeau vide, car la résurrection elle aussi ne se voit pas. C’est à cause de cela que les peintres n’ont jamais pu en rendre vraiment compte.

Même une réalité aussi nécessaire à notre foi que la résurrection ne parvient pas à nous par les sens. Cette réalité parvient à nous par des itinéraires intérieurs qui nous bousculent. L’individu que nous sommes n’entre pas dans le mystère de Dieu par des moyens humains, c’est Dieu qui vient vers lui par des itinéraires divins. Cela n’est pas réservé à quelques initiés, cela est le fait de tout un chacun. Dieu se rend disponible à tous. Mais nous ne pourrons pas comprendre Dieu si nous occultons les manifestations de son esprit par toutes sortes d’artifices humains qui au lieu de le révéler risquent de lui barrer le chemin.

Nous devons prendre en compte qu’il existe en nous une autre dimension de l’individu qui n’est pas faite de chair et de sang mais qui est faite d’esprit et de sentiments, et c’est là que Dieu se plaît à venir habiter. C’est au niveau de ce qui est insaisissable en nous que Dieu révèle à chacun le mystère d’une vie qui nous dépasse et qui reste insaisissable par les sens. Cette vie dépasse ce qui est matériel et nous révèle qu’au delà de l’être physique que nous sommes il y a une réalité profonde que beaucoup de soupçonnent même pas mais à qui Dieu confère une valeur d’éternité.

Jadis, dans une société aujourd’hui révolue, on disait de celui dont la vie intérieure était perceptible à l’extérieur qu’il était une belle âme. Cette réalité ne se voit pas mais elle se perçoit. Il en va de même pour la réalité de Dieu, elle ne se voit pas mais elle se perçoit et cette perception s’impose à nous comme une conviction. Celui qui prétend chercher Dieu et qui se plaint de ne pas le trouver se trompe car en fait Dieu est déjà installé en lui depuis longtemps et il n’attend pour se manifester que l’on se rende disponible.

Il attend que nous cessions de nous agiter et de tenter de faire des expériences spirituelles pour découvrir au fond de nous-mêmes ce Dieu qui est déjà au rendez-vous. C’est alors qu’il nous sera possible non pas de voir Dieu mais de le percevoir. Sa Parole, sans faire vibrer les ondes sonores deviendra clairement perceptible dans les Ecritures qui nous parlent de lui et où les propos de Jésus prennent du sens.

Cette Parole retentit en nous comme un encouragement à vivre avec intensité la vie présente puisque cette vie s’enrichit déjà de l’éternité. Pour en arriver là il faudra que chacun prenne sur lui de considérer que la vraie vie en Dieu n’est perceptible que pour ceux qui acceptent d’orienter leur méditation vers ce lieu de mort qu’est la croix et ce lieu de vide qu’est le tombeau. La vérité sur Dieu se fera alors manifeste au fond de nous pour nous révéler que la mort est dépassée par la vie qui repose déjà en nous et que Dieu concrétise en nous par la foi.




Si j'ai choisi d'illustrer ce sermon en utilisant des images du Retable d'Issenheim peint par Grunwald de 1512 à 1516, c'est parce que cette peinture rend compte de l'invisible à travers le visible.
La souffrance et la mort donnent le ton à ce tableau, mais pourtant, dans cette atmosphère délétère, on sent doucement poindre la vie. Le désespoir des vivants ainsi que le cadavre pendu au bois laissent transparaître la réalité d'une autre vie à partir du personnage de Jean Baptiste qui occupe toute la droite du tableau. Venu d'au-delà de la mort, il témoigne de la vie qui surgit des Ecritures dont il tient le livre dans la main gauche et qu'il transmet par son doigt pointé sur le corps sans vie du Seigneur. La vie nouvelle de la résurrection devient réalité alors que tout suggère la mort. Il faut être croyant pour comprendre cela.

samedi 18 février 2012

Jean 3:14-21


L'amour de Dieu pour le monde :
dimanche 18 mars 2012


Jean 3 : 14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l'homme soit élevé, 15 pour que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. 16 Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, pour que quiconque met sa foi en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. 17 Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. 18 Celui qui met sa foi en lui n'est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas mis sa foi dans le nom du Fils unique de Dieu. 19 Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. 20 Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; 21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieu

Depuis que je publie des textes sur ce blog, j’ai déjà écrit deux sermons sur ce thème. Ils sont très différents l’un de l’autre et peuvent même heurter ceux qui ne partagent pas la même théologie que moi.

J’ai préféré les re-publier tels quels plutôt que d'en écrire un troisième qui ne saurait vraiment être différent des deux premiers

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Premier sermon publié le 22 mars 2009


Ce sermon risque de vous surprendre. Je le propose à votre réflexion afin de vous aider à vous situer dans le courant des idées actuelles au cœur des rivalités entre créationnisme et évolutionnisme.

Pour commencer, je vous propose quelques traductions différents de ce même verset Jean 3/16

Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais qu'il ait la vié éternelle. - Second (Colombe)

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique afin que tous ceux qui s'en remettent à lui ne meurent pas et vivent la vie sans fin. - Bayard

Oui, Eloïm aime tellement l'univers qu'il a donné son fils unique afin que tous les hommes qui adhèrent à lui ne périssent pas mais aient la vie en pérénité. - Chouraqui
Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais vivront avec lui pour toujours. - Bible en français fondamental.


Pour peu que l’on fasse une pause de quelques instants pour contempler ce monde dans lequel nous vivons, nous finirons bien vite par découvrir qu’il est surprenant. Il est surprenant par sa beauté et par sa variété, il est surprenant par sa complexité aussi. Pour s’en rendre compte, il suffit de songer au nombre des espèces qui cohabitent sur notre terre ? Il est fantastique. Le monde de l’infiniment petit est aussi stupéfiant que le monde de l’infiniment grand. Le microscope le plus sophistiqué n’arrive pas à rendre compte des structures les plus secrètes de la matière. Le télescope le plus puissant ne parvient pas non plus à atteindre les limites des galaxies. Que l’on s’émerveille ou que l’on s’en étonne, on aura cependant du mal à répondre à la question : à quoi tout cela sert-il ?

Si cela est le fruit du hasard, on peut considérer que c’est bien fait, et s’il y a un créateur à l’origine de tout cela on peut alors se demander quel intérêt il y trouve. Depuis toujours les êtres humains retournent ces questions sans vraiment trouver de réponse satisfaisante. Chose curieuse cependant, l’être humain est le seul à pouvoir se poser de telles questions. Cette simple remarque change-t-elle quelque chose au problème ?

Bien sûr que non répondent les uns, tandis que les autres, avec la même logique, affirment le contraire. En fait le seul fait de pouvoir s’interroger sur le sens des choses du monde suffit à justifier l’hypothèse selon laquelle tout cela a du sens. Il suffit qu’un seul être se mette à penser pour que tout ce système devienne cohérent. Ainsi, à peine l’esprit humain se me-il en mouvement que l’univers entier se met à prendre du sens, comme si notre pensée devait servir de moteur au monde.

L’univers serait absurde, s’il n’y avait personne pour prendre conscience de sa réalité. Mais une fois ce constat établi, peut-on aller plus loin ? Le monde est-il soumis au hasard d’une évolution complexe ou y a-t-il un être supérieur qui oriente son devenir ? L’harmonie de tout cet ensemble pourrait bien être alors liée au mélange des deux. L’observateur rationnel ne peut aller plus loin dans son constat. Mais sa pensée, toujours en mouvement le pousse alors à formuler des théories plus ou moins élaborées pour aller plus loin.

Pourtant, alors que les lois de l’évolution le poussent à constater que la raison du plus fort est toujours la meilleure et que c’est toujours le dominant qui a raison du plus faible, force est pour l’homme de réaliser qu’il est habité par un sentiment contraire. En effet, il est entraîné par une force mystérieuse à s’intéresser à ses semblables et, chose encore plus étrange, à prendre partie pour ce qui est faible et à protéger ce qui est vulnérable. Il a vite fait de constater que ce sentiment qu’on appelle l’amour et qui préside aux règles de la reproduction va plus loin encore. Il ne le porte pas à s’attacher aux autres seulement pour donner libre cours à ses pulsions sexuelles. Là est peut être la clé de l’énigme.

Comment peut-on éprouver de l’intérêt pour les autres, si ce n’est pour assouvir ses instincts ? Ce sentiment n’étant pas naturel à l’homme, il lui vient forcément d’ailleurs. C’est en creusant ce mystère que les hommes font la découverte selon laquelle il existe une réalité, au-delà d’eux-mêmes qui ne se confond pas avec le monde, puisqu’elle leur inspire des sentiments contraires aux règles de la survie des espèces. Il y a donc antagonisme entre cette réalité qu’ils découvrent peu à peu et les lois qui semblent présider à l’évolution du monde.

Dieu, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, ne se confond pas avec le monde, puisqu’il s’oppose à lui et semble vouloir le faire évoluer dans une direction qui ne lui serait pas naturel.

Depuis que les hommes ont développé leur capacité de penser, ils ont en même temps découvert qu’ils étaient habités par un sentiment qui ne leur était pas naturel et qui les poussait parfois à agir dans une direction qui ne servait pas leurs intérêts mais les intérêts des autres. C’est à partir de ce constat que certains ont compris le sens de leur présence au monde. Ils ont pris conscience qu’ils étaient des instruments que Dieu avait choisis pour infléchir le sens de l’évolution du monde et pour agir sur lui. Ils recevaient vocation de modifier les règles naturelles de l’évolution car à force de vouloir sans cesse dominer les plus faibles, les plus forts finiraient par détruire ceux qu’ils dominent et disparaîtraient à leur tour, faute d’avoir plus personne à dominer.

Arrivés à ce constat, nous recevons de l’Evangile cette affirmation selon laquelle Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas mais reçoive la vie éternelle.

Il a fallu des siècles, il a fallu des interventions multiples de Dieu dans le cœur des hommes, il a fallu beaucoup d’incompréhensions, des erreurs nombreuses, des échecs de toutes sortes pour que l’espèce humaine comprenne que la règle qui doit présider à l’évolution est liée au respect de la vie des autres. Darwin, que l’on célèbre cette année, n’avait pas compris cela. C’était pourtant inscrit dans l’ordre de la révélation, mais les chrétiens l’ont combattu au lieu d’aller encore plus loin que lui dans ses déductions.

Aujourd’hui, a-t-on vraiment compris cela ? Un simple regard sur nos sociétés nous laisse comprendre qu’il y a encore un long chemin à faire, car une telle idée ne fait toujours pas partie du mode de pensée de la majorité des humains - de la majorité des chrétiens pourrais-je dire-. La logique, si non la vertu, semble nous dire que c’est dans ce sens qu’il faut aller sous peine de disparition de notre espèce. Si l’espèce humaine venait à disparaître, le monde n’aurait plus de sens, puisqu’il n’y aurait plus personne, en tout cas sur terre, pour penser à son sujet.

A la lumière de ce constat, l’Evangile nous laisse entendre que Dieu prend un gros risque en proposant une évolution de l’humanité en contradiction avec les règles du monde. Il se jette dans cette aventure sans avoir prévu de plan de sauvegarde en cas d’échec. C’est ce que veut signifier Jésus quand il dit que Dieu a donné son fils unique. Cela veut dire que Dieu s’est donné tout entier dans ce programme d’amour et qu’il n’y a pas de solution de rechange au cas où l’amour ne permettrait pas une évolution harmonieuse de nos sociétés. Jésus montre par-là, la dimension de la confiance que Dieu fait aux hommes en faisant le pari de l’amour comme unique programme d’évolution possible pour l’humanité.

Dieu croit en l’homme au point de tout lui sacrifier, y compris l’avenir du monde. C’est à croire même, qu’en cas d’échec de l’humanité à réaliser une évolution harmonieuse, Dieu lui-même en pâtirait au point de ne plus exister. La fin de l’humanité signifierait du même coup la fin de Dieu, en tout cas tel que nous le connaissons, et par voie de conséquence ce serait vraiment la fin du monde.

Tout cela nous amène à nous situer d’une façon nouvelle par rapport à la théologie traditionnelle qui place en l’homme l’origine de tous les maux et qui fait du péché la rupture entre Dieu et l’humanité. Il a donc fallu à Jésus une audace considérable pour prendre à rebours la théologie traditionnelle de son temps et de lancer l’idée selon laquelle, Dieu ferait de l’homme son collaborateur pour donner du sens au monde. Selon cette approche, le péché n’est plus ce qui entraînerait le monde à sa perte, le péché serait désormais ce qui empêche l’homme d’entrer dans le programme que Dieu lui propose pour le salut du monde.

Dieu inscrit l’homme dans un projet de vie dans lequel il doit entrer pour que le monde soit sauvé. La condition essentielle pour que ce projet aboutisse est liée à l’amour que les hommes sauront se manifester les uns pour les autres. Dieu a fait le pari fou de croire que ce projet peut se réaliser.

Un

autre sermon publié il y a à peine un an : dimanche 19 juin 2011




Jean 3/16 « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle…. »


Jadis, sur un disque célèbre que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître Jacques Brel chantait : « quand on n’a que l’amour… » et il concluait en disant : «on a le monde entier ». Il disait à sa manière l’Evangile d’aujourd’hui. L’amour en dépit de tout ce que l’on peut dire ou penser est le moteur du monde. Nous sommes tous pris dans ce tourbillon exaltant de l’amour, nous restons encore émus à l’évocation de ce roi qui renonça à son trône par amour pour celle qui ne pouvait devenir sa reine, et nous savons que dans les kiosques de gare, ce sont les romans roses qui l’emportent sur les thrillers.


Par amour des hommes et des femmes se sont surpassés et le monde en a parfois été ébranlé sur ses bases. C’est par amour pour ce qu’ils croient être Dieu que les grands mystiques ou les grands spirituels ont renoncé à toute autre forme de plaisir que l’extase et la contemplation. La Bible nous dit qu’il est un feu dévorant et qu’il peut conduire chacune et chacun jusqu’au bord de l’impossible. Ce sentiment est profondément lié à l’instinct de vie. Jean Ferra parle même d’aimer à en perdre la raison, c’est dire l’emprise que l’amour peut prendre sur nous.

On le trouve même chez les animaux qui ne peuvent se passer l’un de l’autre.

La nature entière nous raconte comment ce désir de l’autre, habite tous les êtres et motive leur instinct de vie, c’est une banalité de le dire. Mais si cela est vrai, comment se fait-il que l’opinion contraire soit aussi abondamment répandue ? On considère à l’opposé de sa capacité à aimer que l’homme est profondément égoïste, qu’il est rempli de pensées de domination.

On le considère même comme mauvais depuis l’origine, et incapable par lui-même d’aucun bien. On nous a habitués à lire la Bible avec cet a priori selon lequel l’homme est originellement mauvais, profondément pervers. On s’appuie bien sûr, sur le récit de la chute pour le dire et on prétend que cette simple désobéissance aurait perverti la race humaine jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle aurait alors, brusquement changé de nature et a l’instar de Darck Vador serait passé du côté obscure de la force !

Rousseau nous le savons, s’est opposé à cette opinion largement défendue et a proposé l’hypothèse contraire : « et si l’homme était bon ? » se demandait-il. Ce n’était pas une affirmation utopique qui aurait permis de regarder le monde d’une manière irréaliste et candide, mais c’était une affirmation qui permettait d’espérer des améliorations de l’être humain et de rendre possibles des retournements radicaux.

Il me semble, pour ma part, que l’on ne peut s’empêcher de lire des Ecritures en oubliant qu’elles affirment, à la première page de la Bible, que Dieu, au soir de la création de l’homme a déclaré que tout cela était très bon. En raison de ce simple fait, aucun péché ne devrait pouvoir lui enlever cette empreinte de bonté. Si l’homme est capable d’amour, qui est la forme la plus élaborée de l’altruisme, comment peut-on imaginer qu’il soit totalement démuni d’un peu de bonté ?

Aujourd’hui, ce qui me fait du bien et que j’aimerais vous transmettre c’est de savoir que Dieu est amour, et comme nous sommes faits à son image, il est à parier qu’il a mis en nous assez d’amour pour qu’il puisse établir une relation en vérité avec nous. C’est au nom de ce sentiment que toute forme de péché, qu’il soit originel ou pas doit disparaître.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Jésus Christ… »

Cette phrase raisonne pour nous comme une vérité incontournable. L’amour de Dieu émanerait de lui comme une force qui vient vers les hommes. Et qui se manifeste en eux comme une puissance de vie irrésistible. C’est cette puissance de vie qui s’est emparée de Jésus, quand agonisant sur la croix, la mort devient incapable de l’anéantir. On peut donc considérer que l’amour dont Dieu témoigne pour nous se confond avec la puissance de vie qu’il met en nous. Cette puissance nous la recevons dans le pardon qu’il nous donne sans condition. C’est là le signe le plus fort de l’amour que Dieu puisse donner, car le pardon supprime la séparation entre les êtres et permet à la vie de s’épanouir. Il fait du pardon le premier acte concret d’amour que nous puissions faire. Il devient alors un signe de vie plus fort que la mort..

Malgré toute la puissance de l’amour, on ne peut empêcher le mal de continuer à exercer une influence perverse sur le monde. Il frappe aveuglément. Ceux qui en sont victimes arrivent à perdre confiance et à douter de la réalité de Dieu. Tous ceux qui se sentent victimes ou laissés pour compte s’interrogent pour savoir si Dieu ne commet pas une injustice terrible en laissant entendre qu’il aime tellement le monde qu’il aime aussi, par la force des choses, les importuns, les égoïstes, les violents. Pourquoi Dieu aime-t-il tous ces aventuriers du monde qui rendent la vie impossible aux autres ?


La réponse est simple, c’est que tous sans exception sont en quête de la même chose : la vie ! Leur vie.

Ceux qui dominent et écrasent les autres sont également demandeurs de vie. Ils en ont tellement besoin, qu’ils accaparent la vie des autres au point qu’ils cherchent à la leur enlever. Ils croient alors qu’ils amélioreront leur propre vie ou qu’ils auront des suppléments de vie en se concentrant sur leurs privilèges. Ils croient que tels le pouvoir, l’argent, le savoir, la science, qu’ils s’attribuent sont porteurs d’avenir au regard du monde, Au regard de Dieu tout ce qui permet de dominer les autres, est porteur de mort.


C’est à cause de ce repli sur soi qui est la racine de l’égoïsme que les hommes ne sont pas capables d’aimer vraiment quelqu’un d’autres qu’eux-mêmes. La seule chose qui peut les transformer c’est de découvrir qu’ils sont aimés eux aussi gratuitement par Dieu sans tenir compte de leurs situations privilégiées. Dieu nous
confie la mission de le leur faire connaître.

Il faut que ceux dont le comportement est le plus éloigné de ce que Dieu souhaite arrivent à prendre conscience du fait que malgré tout Dieu les aime.

Même si leur comportement est odieux, ils sont quand même aimés de Dieu. C’est en découvrant cela qu’ils pourront changer. Si alors ils s’aventurent à aimer, c’est à dire avoir une relation autre que celle qui serait guidée par l’égoïsme, s’ils osent en sortant d’eux-mêmes, s’intéresser à quelqu’un d’autre, au point de renoncer à l’un ou l’autre de leurs privilèges, alors ils risquent de tomber dans l’engrenage de l’amour. Cet engrenage les transformera certainement et ils tomberont tout vivants dans les mains de Dieu. Ils seront alors en passe de se sentir pardonnés, d’être réellement sauvés et de vivre éternellement.

Sur les chemins de l’amour, il y a de la place pour tous, car ce sont les chemins de Dieu. Le monde est appelé à changer car il est aimé par Dieu, mais c’est à nous, qui avons le privilège de le savoir de le lui dire car comment le monde le saurait-il? Et s’il ne le sait pas, comment changera-il ?

mercredi 15 février 2012

Jean 2:13-25


Il parlait du Temple de son corps - dimanche 11 mars 2012

13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Il trouva dans le temple les vendeurs de bovins, de moutons et de colombes, ainsi que les changeurs, assis. 15 Il fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, avec les moutons et les bovins ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa les tables 16et dit aux vendeurs de colombes : Enlevez tout cela d'ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ! 17 Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : La passion jalouse de ta maison me dévorera.

18 Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ? 19 Jésus leur répondit : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21 Mais le sanctuaire dont il parlait, lui, c'était son corps. 22 Quand donc il se fut réveillé d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il disait cela ; ils crurent l'Ecriture et la parole que Jésus avait dite.

23 Pendant qu'il était à Jérusalem, à la fête de la Pâque, beaucoup mirent leur foi en son nom, à la vue des signes qu'il produisait, 24 mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous 25 et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui présente un témoignage sur l'homme : lui-même connaissait ce qui était dans l'homme.



Encore un geste de la part de Jésus qui nous désoriente. On l'avait enfermé dans le cadre de la non-violence. Il s'en échappe. Il fait un geste de violence apparemment gratuit, même s'il ne s'en prend pas aux hommes, il s'en prend tout de même à leurs biens. Il prêchait dans le Temple et voilà qu'il dénie toute valeur à ce lieu. Pourtant, ce lieu, s'il avait subsisté serait sans doute aujourd'hui un des lieux les plus visités du monde.

Jésus en s'en prenant à un lieu de culte semble bien rigoriste! Ne sait-il pas que beaucoup de gens ont besoin de symboles et de réalités visibles pour construire leur spiritualité ? Nous sommes sensibles à tout ce qui est beau. Les belles liturgies qui séduisent nos sens favorisent notre élévation spirituelle. Nous pensons même qu’elles nous rapprochent du divin. Il en va de même pour les beaux monuments dont la valeur esthétique est aussi au service de l’édification de notre foi. D’un revers de main, ou plutôt d’un coup de fouet, Jésus pulvérise toutes ces vérités. Il les tient pour quantité négligeable. Il les considère même comme des éléments contraires à l’expression de la foi.

La grande question qui se dégage de tout cela c'est celle qui consiste à se demander pourquoi Jésus a commis le seul acte de violence de sa vie en s’en prenant au temple.

On a cherché à l’expliquer par l’aspect scandaleux que pouvait avoir le trafic de l’argent, mais ce trafic était rendu nécessaire par un souci de pureté, l’argent impur des Romains ne pouvait y avoir cours. On a pensé que les sacrifices avaient quelque chose de provoquant et de répugnant, mais cette pratique, bien ancrée dans les mœurs ne choque que nous, 20 siècles après. Le bâtiment du temple, avec sa majesté provocante aurait pu être à l’origine de sa contestation. Mais l’édification de ce bâtiment, considéré comme une merveille avait été construit avec le sang, les larmes et l’argent de tout un peuple. Ce ne peut donc être à cause de tout cela que Jésus le voue à la ruine.

Il faut chercher plus loin encore. Nous sommes à l'approche de la fête de Pâques. Cette fête commémorait la libération du peuple juif jadis réduit en esclavage en Egypte. Les juifs perçoivent encore aujourd’hui, cette libération comme l'événement fondateur de leur peuple. Cette libération leur donne le sentiment d'exister. Chaque Israélite est invité à vivre cet événement d’une manière personnelle, comme s’il s’agissait de sa propre libération, comme si c'était une affaire personnelle entre Dieu et lui. On peut donc dire que c'est l'acte créateur par lequel Dieu a donné vie à son peuple, et par extension à chaque individu qui se réclame de lui.

Dès que l'on parle de création on pense immédiatement au tout premier chapitre de la Bible quand Dieu créa toute chose à partir du chaos initial et mit de l'ordre dans l'univers en désordre. C'est dans ce contexte spirituel et intellectuel qu'il faut situer la scène où Jésus bouscule le parvis du temple de Jérusalem et y met symboliquement le désordre.

Jésus restaure donc en quelque sorte le désordre primitif dans le lieu de la présence de Dieu pour que celui-ci puisse exercer à nouveau sa fonction de créateur. Ce geste signifie un retour aux origines, un retour au désordre, dans l'attente d'une nouvelle création. Jésus s’inscrit à la suite des prophètes qui depuis des générations se fatiguaient à dire au peuple élu que les fidèles ne se comportaient pas conformément à la volonté de Dieu. Jésus met le désordre dans le temple, ce lieu où les hommes avaient enfermé Dieu dans le Saint des saints afin de créer une nouvelle relation entre Dieu et les hommes. Jésus fait ici une action symbolique qui révèle le sens caché de son ministère à venir. A la différence des autres Evangiles qui situent cet événement à la fin de leur récit, celui de Jean, le situe au tout début du ministère de Jésus, comme un acte prophétique de la mission qu’il entendait accomplir

Jésus s'en prend au temple parce que les célébrations qui y avaient lieu semblaient être en contradiction avec la volonté de Dieu, non pas dans la manière dont elles se déroulaient puisqu'elles étaient conformes à l'Ecriture mais dans l'esprit avec lequel les fidèles y accomplissaient leurs devoirs religieux. J'utilise à dessein l'expression "devoirs religieux", car Jésus reprochaient aux hommes de valoriser les rites religieux au détriment de la foi. Jésus ne méprise pas pour autant le temple, mais il s'en prend à la manière d'y favoriser les attitudes de piété par les cérémonies qui s’y déroulent.

Le Temple, c'est le lieu du rite, et le rite c'est ce qui codifie la relation avec Dieu. Or pour Jésus, la relation avec Dieu ne doit justement pas être codifiée, cette relation doit être faite de sentiments partagés. Elle vient du cœur et n'a rien à voir avec les obligations quelles qu'elles soient. Dieu ne veut pas entrer dans le système où les hommes cherchent à l'enfermer. Or les rites, sont des procédés d'enfermement. Dieu ne veut donc pas être lié par des rites qui lui imposeraient de "sauver" ceux qui ne l'approchent que d'une manière conventionnelle et de "pardonner" seulement ceux qui ont accompli les rites, sans vraiment l'aimer.

Cette manière de se comporter n'est pas propre aux contemporains de Jésus, toutes les générations de croyants la connaissent, car les hommes ont tendance à considérer qu'il suffit de satisfaire à quelques obligations pour plaire à Dieu et qu'il suffit de faire quelques actes de piété pour être en règle avec sa conscience.

Si Jésus radicalise sa position il n'innove pas pour autant. Les prophètes avant lui avaient mené le même combat. " Je hais vos sacrifices" avait dit Esaïe et Jérémie affirmait que Dieu préférait la circoncision du cœur que celle de la chair. Ce qui pour Jésus est contraire à la volonté de Dieu, c'est que les hommes cherchent à acquérir une pureté formelle dont Dieu devrait s'accommoder. Dieu serait ainsi pris au piège de sa propre loi.

Mais les hommes ne peuvent pas contraindre Dieu à entrer dans leurs perversions. Dieu préfère tout changer, et même démolir le temple si nécessaire et supprimer les rites, pour que les hommes changent leurs comportements à son égard. Si Jésus bouscule tout et préconise un changement radical, ce n'est pas parce que Dieu a changé, ce n'est pas parce que le Dieu de l'ancien Testament serait différent de celui du nouveau, mais c'est pour que les hommes changent, car c'est chez les hommes que le changement doit se produire.

Pour que ce changement qu'il préconise puisse avoir lieu, il propose de changer le Temple de pierre contre le Temple de son corps. Ce que Jésus, et les prophètes avant lui reprochaient aux fidèles c'est qu'ils se dispensaient de relations personnelles avec Dieu. Ils n'avaient pas compris que Dieu voulait être en relation avec chacun d'entre eux, comme il veut être en relation avec chacun de nous. La relation se fait à partir de sentiments dont le plus fort est l'amour par lequel Dieu établit une relation permanente avec nous.

Nous comprenons alors pourquoi Jésus va faire du pardon le grand thème de son enseignement. Il proclame que le pardon est acquis d'une manière permanente à tous ceux qui croient. En effet, c'est pour se décharger du sentiment de culpabilité qui les accable que les hommes ont recours à des rites religieux. Le rite c'est l'acte facile à faire pour être sûr, croit-on, d'obtenir son pardon. C'était le sacrifice rituel, tel qu'il était pratiqué dans le temple de Jérusalem, c'est aujourd'hui encore les obligations que les uns et les autres se contraignent à faire pour que Dieu oublie leurs péchés. Mais Dieu ne veut pas de marchandage. Il veut une relation d'intimité dans la vérité, c'est pourquoi il proclame par la bouche de Jésus l'abrogation de tous les rites liés à l'acquisition du pardon. Plus de sacrifices, pas de pénitence, gratuité totale du pardon et du salut.

Mais, dira-t-on, Jésus en supprimant les rites du Temple, ne les a-t-il pas remplacés par d'autres rites que nous appelons les sacrements: la Sainte Cène et le Baptême?

Non, nos sacrements n'ont qu'une seule raison d'être, celle de rendre plus forte et plus intense notre relation à Dieu. Ce sont des gestes que nous accomplissons pour être encore plus fortement en communion avec Dieu et avec les hommes. C'est quand on les célèbre que la prophétie de notre texte prend tout son sens : "il parlait du temple de son corps." Amen

Les illustrations proviennent de la maquette de Alec Garrad , Américain de 78 ans qui a consacré trente années de sa vie pour la construire

lundi 6 février 2012

Marc 9:1-10

La Transfiguration - Dimanche 4 mars 2012

Marc 9:1-10


1 Il leur disait encore : Amen, je vous le dis, quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance.

Jésus transfiguré

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduit seuls à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux : 3 ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle qu'il n'est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi. 4 Elie avec Moïse leur apparurent ; ils s'entretenaient avec Jésus. 5 Pierre dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. 6 Il ne savait que dire, car la peur les avait saisis. 7 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! 8 Aussitôt ils regardèrent autour d'eux, mais ils ne virent plus personne que Jésus, seul avec eux.

9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu jusqu'à ce que le Fils de l'homme se soit relevé d'entre les morts. 10I ls retinrent cette parole, tout en débattant entre eux : que signifie « se relever d'entre les morts » ?

Ce n’est pas la montée qui est la plus dure mais la descente. L’histoire du chat poursuivi par un chien et qui se réfugie en haut d’un arbre en est une illustration, car arrivé au somment le félin n’ose plus descendre et il lui faut le secours des pompiers et de leur grande échelle pour retrouver le salut et la terre ferme. Telle pourrait être l’histoire de n’importe quel chercheur de Dieu, qui affecté par l’ambiance hostile aux religions que l’on trouve dans ce bas monde cherche à se réfugier dans les hautes sphères de la spiritualité. Il risque en s’y aventurant sans guide de se trouver dans l’impasse.

Impasse, où se trouveraient nos trois amis si Jésus ne les prenaient en charge et leur montrait le bon chemin pour entreprendre la descente vers la vallée. Impasse également où risquent de se retrouver ceux qui croient qu’il suffit de tenter de monter vers Dieu par leurs propres moyens pour le rencontrer. Ils risquent de se retrouver dans un monde surprenant dans lequel ils ne savent pas se diriger. Au lieu du bon chemin, celui de la sérénité et de la paix, ils courent le risque de se trouver à coup sûr, sur un sentier hostiles et sans issue. Telle est parfois la situation de nombreux chrétiens qui après avoir cherché à vivre une expérience forte, croient-ils ont perdu le contact avec la réalité et ne se trouvent plus à l’aise en compagnie des humains qui n’ont pas vécu les mêmes expériences. Il arrive alors que déçus par l’expérience ils se détachent de la foi qu’ils croyaient avoir trouvée.

Nul ne vient à Dieu si Dieu ne l’attire à lui, et on ne part pas seul à sa recherche, car c’est lui qui vous accompagne. S’il appelle tous les hommes à lui, il propose cependant à chacun un itinéraire qui lui est propre. A l’inverse, quand on cherche à s’écarter du monde à la recherche d’un confort spirituel qui nous mettrait à l’abri des soucis, il y a de fortes chances que Dieu ne nous accompagne pas dans de tels projets car il nous ramène toujours vers les hommes pour partager leur existence. Si pour un temps Dieu nous offre des moments forts, à l’écart des autres, c’est toujours pour nous stimuler et nous donner de l’énergie pour retourner vers eux.

Telle est la leçon que les trois plus solides compagnons de Jésus reçoivent dans cette aventure. Ils deviendront bientôt les colonnes de l’Eglise et c’est pour les former que Jésus les entraîne dans cette aventure. Mais si Jésus ne les avait pas invités à le suivre, s’il ne les avait pas accompagnés, s’il n'avait pas été attentif aux embûches du chemin, ils se seraient fourvoyés.

Les voila prêts à installer un campement sur la montagne pour y vivre un temps de sérénité et d’extase qu’ils voudraient faire durer longtemps. Ils n’ont aucune préoccupation matérielle, si non de faire des abris pour mieux inciter leurs hôtes à prolonger ces instants avec eux. Mais où trouveront-ils le matériel pour construire les tentes ? Par ailleurs ils ne se préoccupent pas du reste de l’intendance, l’eau ,le pain, le ravitaillement ne font pas partie de leurs préoccupations, Dieu y pourvoira, ils sont déjà prêts à s’installer dans le paradis.

Tout à coup, ils réalisent à contre cœur que Jésus n’a pas provoqué ce moment d’extase pour les écarter du monde des humains et leur faire partager un instant de plénitude céleste. Ce moment particulier a ici une fonction pédagogique, comme devraient avoir toute expérience spirituelle. Jésus n’envisage nullement de créer sur la montagne une communauté d’initiés entre ciel et terre qui constituerait la cellule de base de la future Eglises Jésus veut leur faire comprendre quelque chose de capital qui conditionnera désormais toute leur vie et qui motivera toutes leurs attitudes quand ils seront redescendus, car leur place est en bas.

Mais quel enseignement ont-ils reçu ? Ils ont vu Elie et Moïse s’entretenir avec Jésus, comme si les deux grands maîtres en spiritualité étaient venus pour passer à Jésus le relais de leur sagesse, comme s’il n’était pas l’envoyé de Dieu mais le successeur des deux fondateurs de la foi d’Israël. Elie était le prophète par excellence, Moïse était le maître de la Loi. Certes il est vrai que Jésus se situe à leur suite, mais en aucun cas il ne reçoit délégation de leur part. C’est ailleurs que se situe la cause de leur présence.

Ils ont quelque chose d’autre en commun que d’être les fondateurs de la religion d’Israël. Ils ont tous les deux quelque chose à voir avec la mort. Leur mort a fait date dans l’Ecriture. Pour l’un comme pour l’autre leur vie s’est achevée dans une action particulière de Dieu. Élie a quitté le monde des humains emporté dans le ciel par un char de feu(1) et Moïse a achevé son parcours terrestre dans un face à face avec le Seigneur. (2) Il partit de ce monde sur un ordre de Dieu dit le livre du Deutéronome et on raconte que c’est Dieu lui-même qui l’enterra dans un lieu secret. Pour être plus précis le texte qui parle de la fin de Moïse dit qu’il mourut sur la bouche de Dieu, ce que le poète a rendu en disant qu’il mourut dans un baiser de Dieu.

Quoi qu’il en soit la fin de vie de ces deux grands hommes fut prise en charge par Dieu. Les 3 amis se souviendront, à quelques temps de là, que la vie de Jésus, malgré le supplice et l’agonie sur la croix s’est achevée par la résurrection, une autre intrusion de Dieu dans le domaine de la mort. C’est une autre manière de dire qu’en présence de Dieu la mort débouche sur une autre forme de vie. Les hommes ont besoin de savoir comment Dieu perçoit sa relation de vie avec chacun d’eux.

C’est dans une relation de vie qu’il se tient, même si cette vie nous paraît absurde, même si la mort est injuste et douloureuse, même si la vie est contestée par les hommes qui s’en prennent à elle pour la détruire. Quiconque s’en prend à la vie quelle qu’elle soit, s’en prend directement à Dieu.

Il est impossible de vivre une telle découverte dans une communauté d’initiés loin des réalités quotidiennes. Chargés du poids de l’expérience de Moïse, d’ Élie et de Jésus , nos trois amis, seront les fondateurs de l’Eglise. Ils reçoivent par cette expérience vocation d’aller vers les hommes pour partager cette grande nouvelle. Comment les hommes, en bas, dans la vallée pourront-lis vivre sereinement, en ignorant une telle nouvelle ? Comment pourront-il vivre si on ne leur dit pas que Dieu, depuis toujours s’efforce de donner du sens à leur vie et qu’il se fait leur partenaire, car la vie des hommes ne s’achève pas dans un tombeau, mais s’accomplit en Dieu qui prend soin de chacun, comme il le fit pour Moïse .

Des hommes et de femmes cherchent aujourd’hui un refuge dans des lieux retirés loin des hommes pour y nourrir une spiritualité qu’ils ne veulent pas partager avec les foules indifférentes à Dieu. Ils font une erreur en pensant que Dieu les y encourage. La promesse selon laquelle Dieu partage la vie de chacun est une découverte que nul ne peut garder pour lui. Tant de gens sans espérance, tant de personnes seules, tant de personnes endeuillées verraient leur vie transformée s’ils pouvaient recevoir une telle espérance.

En descendant dans a vallée, il sera donc opportun de laisser sur la montagne les tentes qui avaient été dressées. Elles étaient de fabrication humaine, elles contenaient tout le passé de la vie de foi& des trois hommes, toute la grandeur de leurs traditions, elles étaient remplies des beautés de leur passé, mais tout cela n’est pas utile pour les gens d’en bas qui ignorent tout de cette histoire. Seule la parole porteuse de vie peut trouver le chemin par lequel Dieu cherche à rejoindre chacun de ceux qui espèrent en autre chose qu’en eux-mêmes.

1 . 2 Rois 2
2 . Deutéronome 34