samedi 28 janvier 2012

Marc 1:12-15

La Tentation

dimanche 26 février 2012

Marc 1/ 12-15


12 Aussitôt l'Esprit le chasse au désert. 13 Il passa quarante jours dans le désert, mis à l'épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.



14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu 15 et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s'est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle.


Apparemment, le désert est un univers que nous connaissons bien. Pour la plupart d’entre nous notre existence se déroule dans une sorte de désert, tant notre vie semble aussi uniforme que l’immensité des sables. Nous évoluons, à quelques exceptions près dans un univers où tout se ressemble. Les humains sont occupés à faire des travaux qui se ressemblent, que ce soit au bureau, à l’usine ou dans les champs, rien ne les distinguent vraiment de ceux qui pratiquent la même activité. La plupart fréquentent les mêmes restaurants ou les mêmes supermarchés. Ils lisent les mêmes journaux gratuits en allant au bureau dans des autobus ou des métros semblables. Les rues de nos villes sont remplies aux mêmes heures de gens qui font la même chose. Et quand les rues sont vides, ceux qui les remplissaient quelques heures au paravent sont dans leurs maisons en train de faire des choses semblables.

Chacun à sa manière a l’impression de traverser le même désert en compagnie des mêmes personnes avec qui ils établissent de pauvres relations de voisinage qui les confortent dans leur impression de solitude au milieu de leurs semblables. Les soucis des uns sont les mêmes que les soucis des autres et la télévision s’emploie à faire de tous ceux qui la regardent aux mêmes heures des hommes et des femmes dont le seul intérêt est de vibrer aux aléas de la vie des héros des mêmes feuilletons. Même leurs enfants jouent avec les mêmes jeux vidéo sur les mêmes consoles

Voici brossé à gros traits le désert quotidien de millions d’individus dont nous partageons le destin. Dans ces existences où les soucis des uns ressemblent aux préoccupations des autres, chacun est à l’affût d’une oasis d’espérance qui ne ressemblerait pas à celle des autres. Chacun s’efforce alors de cultiver une enclave de vie privée qui n’aurait pas le même intérêt que celle de son voisin. C’est ainsi que chacun marque son intérêt pour l’art, la science, le sport, les projets de vacances, ce qui lui permet d’échapper à la banalité du désert commun.

Nous irons bien évidemment jusqu’à penser que la foi ou la religion font sans doute partie de ces jardins privés qui nous distinguent de nos voisins. Il est confortable alors de considérer que notre paroisse ou notre église tient lieu d’asile hors du monde où notre âme peut s’épanouir en toute quiétude.

Cette traversée du désert décrite ici sans complaisance ne ressemble sans doute pas à celle de Jésus qui est évoquée au début de l’Evangile de Marc quand il fut tenté par le diable ! Quoi que, en beaucoup de points la tentation qu’il est sensé avoir subie ressemble à celles qui nous guettent. En effet si notre désert personnel n’est apparemment pas un lieu de tentation, tant il ressemble à celui du voisin, ce sont nos oasis, nos lieux de refuge qui pourraient appartenir à l’univers de la tentation.

La tentation consiste pour nous à chercher des lieux de refuge à l’écart des autres. Il s’agit de chercher des lieux de confort où seuls les privilégiés de notre choix peuvent nous rejoindre. Notre église en fait partie ! Nous nous trouvons bien dans nos paroisses. Nous les critiquons avec satisfaction parce qu’elles ne sont pas assez ouvertes au monde, mais n’est-ce pas justement l’objet de notre critique qui nous convient le mieux? Confortablement installés dans notre vie religieuse, nous déplorons, sans la souhaiter vraiment l’absence des foules, tant nous nous complaisons à être entre nous. Nous déplorons apparemment l’absence des jeunes, mais tant mieux s’ils ne sont pas là avec leurs idées nouvelles et leurs musiques que l’on comprend mal. Nous sommes heureusement conscients d’appartenir à une élite spirituelle où ceux qui ne font pas la même démarche de foi que nous n’auront aucune chance de nous rejoindre.

Une des tentations de Jésus fut sans doute apparentée à celle que nous venons de décrire. A la différence des autres Evangiles, Marc ne dit pas quelles furent les tentations de Jésus, libre à nous de les imaginer semblables aux nôtres. L’Evangile de Marc nous décrit cependant ce même confort spirituel dont aurait pu profiter Jésus. Son baptême et la voix qui se fit entendre l’ont sans doute conforté dans la certitude que Dieu l’avait mis à part et le destinait à vivre hors des courants populaires. Sa prédication laisse entendre qu’il devait les transformer, mais le pouvait-il ?

Jésus apportait une nouvelle forme de religion basée sur le « culte en esprit » qui appelait une démarche de conversion pour ceux qui le suivaient. Il fallait qu’ils naissent de nouveau ! Ne disait-il pas que Dieu attendait chacun dans le secret de son cœur, encore fallait-il avoir la capacité de le faire ! Comment les gens du peuple, après quinze heures de travail par jour auraient-ils pu le rejoindre dans cette voie là ? Jésus ne préconisait-il pas une religion élitiste, dans un univers juif qui se considérait déjà comme un peuple élu, mis à part ?

La tentation était grande de faire des amis de Jésus un peuple à part au milieu de la masse des juifs et de distinguer sa nouvelle secte comme supérieure aux autres, supérieure à celle des pharisiens en particulier. Une telle tentation ne fut-elle pas celle des chrétiens de la première génération par rapport aux juifs ? Ne lit-on pas cela quelque part chez Paul ? Plus tard, ne retrouvera-t-on pas ce même comportement chez les protestants par rapport aux catholiques ?

Plus nous nous sentons proches de Dieu, plus nous avons le sentiment d’être en adéquation avec lui, plus grande est la tentation de nous croire mis à part pour servir d’exemple aux autres ! Mais le danger véritable de cette situation, c’est que ce soit le diable qui nous rejoigne dans notre refuge de pureté. En effet, si Jésus a été tenté de s’enfermer dans le cercle privilégié de ses disciples, il s’est bien vite séparé de ce lieu d’enfermement où les apôtres cherchaient à le maintenir. Ils ont du descende avec lui de la colline de la transfiguration et le suivre sur les routes de Palestine, là où les déserts humains sont faits de pleurs et de souffrances. C’est alors qu’il a croisé toutes sortes de malades, toutes sortes de païens en quête de vérité. Ils ont même croisé des morts sur leur chemin. A tous il donnait vie et ouvrait une perspective d’espérance.

Certes à tous ces meurtris du voyage, il savait parler de foi, de conversion et de vie de l’esprit et de vie intérieure. Ces gens comprenaient, et beaucoup se convertissaient et changeaient leur vie. Plus tard, ce ne sont pas ces gens là qui ont voulu sa mort, mais ceux qui auraient du être le plus accessibles à ses paroles, ceux qui déjà s’étaient séparés pour prendre place dans leurs propres déserts, loin des foules pour vivre dans leurs oasis de séparés. C’étaient les pharisiens, les saducéens et bien autres.

Quand Jésus parlait de pardon à ces petites gens qui le suivaient, il signifiait que le jugement final avait déjà été prononcé et qu’ils étaient graciés. Quand il parlait de partage, il commençait par partager ses provisions à lui, c’est pourquoi on a crié au miracle, et qu’on l’a raconté de manière merveilleuse, comme à la multiplication des pains. Quand il parlait d’espérance, Jésus espéraient que ses paroles auraient un effet immédiat, que les bourses allaient se délier et que des conversions vers une société plus juste allaient se produire effaçant les inégalités sociales.

Sa parole avait beau prendre les accents de la parole de Dieu, elle n’était pas suivie d’effet. Sa parole visait à ouvrir les portes de tous les confortables refuges spirituels, mais il savait que le miracle ne se produirait vraiment que s’il payait de sa personne en mourant pour ses idées. C’est alors que sa parole deviendrait parole de vie et parole de Dieu tout à la fois. La mort même cesserait d’être l’étape ultime de l’existence, car en livrant sa vie aux mains des hommes, il recevait ainsi que tous ses amis, une vie éternelle que seul Dieu sait donner.

Ce ne sont donc pas les déserts humains de nos sociétés modernes qui sont les lieux de tentation pour ceux qui cherchent Dieu aujourd’hui, ce sont les lieux où la chaleur spirituelle risque de nous maintenir à l’écart des chemins que suivent les foules en manque de Dieu. Le défi qui nous est posé aujourd’hui est de convertir nos Eglises en lieu d’espérance où il fait bon vivre en compagnie de Dieu et des hommes sans qu’elles soient menacées de disparaître dans l’anonymat du désert humain où nous vivons. J’ai plaisir à constater que c’est dans cette direction que nous poussent nos synodes ainsi que les réflexions de ceux qui nous dirigent.

mercredi 25 janvier 2012

Marc 2:1-12



Jésus absout des casseurs et les félicite

dimanche 19 février 2012

Le paralytique de Capharnaüm 1Quelques jours après, il revint à Capharnaüm. On apprit qu'il était à la maison, 2et il se rassembla un si grand nombre de gens qu'il n'y avait plus de place, même devant la porte. Il leur disait la Parole. 3On vient lui amener un paralytique porté par quatre hommes. 4Comme ils ne pouvaient pas l'amener jusqu'à lui, à cause de la foule, ils découvrirent le toit en terrasse au-dessus de l'endroit où il se tenait et y firent une ouverture, par laquelle ils descendent le grabat où le paralytique était couché. 5Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. 6Il y avait là quelques scribes, assis, qui tenaient ce raisonnement : 7Pourquoi parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, sinon un seul, Dieu ? 8Jésus connut aussitôt, par son esprit, les raisonnements qu'ils tenaient ; il leur dit : Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? 9Qu'est-ce qui est le plus facile, de dire au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés », ou de dire : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! » 10Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a l'autorité pour pardonner les péchés sur la terre — il dit au paralytique : 11Je te le dis, lève-toi, prends ton grabat et retourne chez toi. 12L'homme se leva, prit aussitôt son grabat et sortit devant tout le monde, de sorte que, stupéfaits, tous glorifiaient Dieu en disant : Nous n'avons jamais rien vu de pareil.


L’Evangile est surprenant et il vient parfois nous déranger dans notre confort spirituel parce qu’il nous bouscule dans nos sécurités. Notre lecture des Ecritures est souvent conditionnée par nos habitudes, si bien que nous ne nous laissons pas facilement interpeller par elles, surtout si elles nous provoquent dans nos idées reçues. Les lecteurs assidus de la Bible relisent avec plaisirs les passages auxquels ils sont le plus habitués parce qu’ils y trouvent confirmation des ancrages de leur foi.

Pourtant il arrive que sans y prendre garde, des événements nous appellent à porter un autre regard sur les textes que nous aimons et que nous interprétons alors d’une autre façon que celle à laquelle nous sommes habitués. Ils nous interpellent d’une manière inhabituelle et il nous faut faire un effort pour se les réapproprier, tant ils deviennent nouveaux pour nous. Nous redécouvrons alors cette vérité selon laquelle la pratique des Evangiles nous invite continuellement à faire une relecture des textes. Nous découvrons aussi que ce n'est pas toujours un exercice confortable. Cela peut même parfois nous déstabiliser profondément et il nous faut faire un effort supplémentaire pour assumer cette nouveauté.

Le résultat est quelque fois décapant, mais il nous rapproche peut-être davantage du Seigneur. Le texte de ce jour est connu par la plupart d’entre nous. Nous avons pris l’habitude de nous émerveiller à cause de la foi de ces 4 inconnus qui font un exercice périlleux pour que leur malade soit guéri par Jésus.

Nous sommes-nous cependant posé toutes les questions nécessaires pour le recevoir? Peut être pas ! Car nous avons l’habitude de zapper sur les questions qui nous dérangent. Nous avons aussi des a priori de lecture quand Jésus est au centre de l’événement. Nous considérons que ce qu’il fait est forcément bien puisque c’est lui qui en est l’auteur. Pourtant aujourd’hui, nous allons oser une question impertinente et peut être deux comme si Jésus n’avait pas agi correctement.

Est-il normal que Jésus laisse casser sa maison sans protester, et si ce n’est pas la sienne, c’est en tout cas celle où il habite. Si c’est celle d’un de ses amis, la question n’en devient que plus incisive: Est-il normal de laisser casser la maison de ses amis et de féliciter les casseurs? Dans la Palestine du premier siècle, ce sont les voleurs qui cassent les structures de la maison pour y entrer. C'est l'Evangile lui-même qui le dit à un autre endroit.

Mais puisque Jésus n’éconduit pas ces gens, nous leur trouvons des excuses. Ils considéraient que l’état de leur malade les mettait en situation de priorité sur les autres. Mais y avait-il urgence pour un paralytique qui l’était déjà depuis longtemps? De toute façon, était-ce une raison suffisante pour se transformer en casseurs? Si leur attitude est considérée comme bonne dans le contexte de l’Evangile, pourquoi ne le serait-elle pas dans celui de notre société ? Pourquoi tous ceux qui s’estiment prioritaires n’exerceraient ils pas ce même droit ? Nous nous rendons bien vite compte que ce serait ingérable ! Est-ce ce type de société que préconisait Jésus ?

Tout lecteur raisonnable de l’Evangile pense que Jésus savait ce qu’il faisait. Pourtant la question que je posais tout à l’heure reste pertinente : Pourquoi Jésus laisse-t-il casser sa maison ? Il nous faut mettre notre matière grise en ébullition pour trouver une réponse en accord avec ce que nous savons de son Evangile.

Il y avait donc des gens qui ont cassé le toit de la maison où vivait Jésus parce qu’ils revendiquaient une priorité qui ne leur était pass concédée par les autres. Pire Jésus se trouvait assiégé dans sa propre demeure car la porte était bloquée par ceux qui voulant rentrer l’empêchaient de sortir. Jésus à l’intérieur de la Maison prêchait. On nous dit exactement qu’il « disait la Parole » La parole se trouvait enfermée avec Jésus dans la maison d’où il ne pouvait sortir. Pourquoi Jésus se laissait-il assiéger ? C'est là notre deuxième question.

A quoi pouvons-nous comparer cette maison à l’intérieur de laquelle se trouve enfermée la Parole. Si non à l’Eglise, ce lieu où on sait que la parole est efficace. Beaucoup se pressent pour profiter de son message, mais tous ne peuvent y accéder. Ceux qui sont à l’intérieur bloquent les issues. Ceux qui sont à l'intérieur n’accaparent-ils pas les bénéfices de la Parole à leur profit ? La Parole leur fait du bien, et ils en sont heureux. Ils ne réalisent pas qu’au-delà de la porte il y a des gens qui ont besoin de cette même Parole et qu’en bloquant les issues, Jésus ne peut aller vers les autres. Hors de la maison, il y a des solliciteurs de la Parole qui ne peuvent l’entendre et être guéris par elle. Ceux de l’intérieur ne comprennent pas que la Parole puisse être utile pour ceux du dehors.

Nous sommes en face d’une situation qui prend l’allure d’une parabole pour l’Eglise qui n’entend pas les besoins de ceux qui sont à l’extérieur de ses structures. Il nous faut comprendre que la parole que nous possédons peut faire du bien à d’autres qu’à nous, c’est donc à l’extérieur de nos structures qu’elle doit être proclamée

Le monde d’aujourd’hui est en quête de sens. Les valeurs de jadis n’ont plus cours, la société contemporaine les récuse. La parole confinée dans nos structures semble être obsolète. Pourtant nous devons entendre dans ce passage que si nous permettons à la Parole de sortir de nos murs et se répandre ailleurs que dans nos enceintes elle peut devenir un baume réconfortant pour ceux qui ne savent plus s’orienter.

Aujourd’hui, nos institutions d’Eglise ne peuvent montrer au monde que le visage de leurs désunions. Elles n’expriment pas par leurs querelles un dynamisme qui soit porteur de vie. Les médias remettent en cause notre message en critiquant les fondements de nos livres fondateurs. Face à la critique nous ne savons opposer que des réponses floues et inintéressantes. Nous nions les faits ou nous nous engluons dans des réponses techniques alors que c'est de vérité que les hommes ont besoin.

Quatre brancardiers aimeraient que l’infirme qu’ils portent soit guéri. Totalement paralysé, le malade n’a d’espoir que dans la Parole tenue captive dans la maison avec Jésus qui ne peut en sortir. Ils décident donc de casser la baraque, c’est à dire de faire une tentative d’appropriation des lieux qui privent Jésus et sa Parole de liberté. Leur méthode propre aux voleurs réussit. Jésus ne se soucie comme d’une guigne de l’état de la maison. Il semble même que ce trou dans le toit par lequel on descend l’infirme va permettre à un supplément d’air, venu d’en haut de pénétrer dans cette demeure où l’atmosphère confiné n’est plus respirable. Jésus se trouve donc libéré par ces intrus qui cassent sa maison

Jésus les salue et les félicite parce qu’ils ont eu l’audace de s’approprier la maison, par des méthodes sans doute contestables, mais rien pour eux n’était plus important que d’arriver à lui. Il approuve semble-t-il le fait que l’on supprime tout ce qui fait obstacle à la liberté de sa Parole, même si la méthode est surprenante.

Quant à nous, nous entendons dans ce texte confirmation que le salut est bien dans la Parole que nous avons reçue et qui demeure en nous. La vérité en laquelle nous espérons et qui est dans nos structures est bien la vérité qui doit guérir le monde. Mais nous devons écouter les rumeurs qui viennent du monde pour entendre ce qu’il espère et laisser la parole aller vers lui.


Il nous appartient aussi de savoir que l’avenir n’est pas dans les structures de nos églises dont nous sommes si jaloux. Elles peuvent être ébranlées et malmenées par le monde qui met en cause leur rigidité ou leur archaïsme, mais elles restent dépositaires d’une vérité dont le monde a besoin pour sa guérison. Il n’y a donc aucun danger pour notre avenir de laisser les gens du dehors contester nos structures et les mettre à mal. C'est de l’Evangile qu’ils ont besoin et en contestant les églises, quelles qu’elles soient, ils risquent seulement de libérer la Parole qui le guérira.

mercredi 18 janvier 2012

Marc 1 :40-45


Jésus guérit un lépreux: dimanche 12 février 2012
40 Un lépreux vient à lui et, se mettant à genoux, il le supplie : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. 41 Emu, il tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois pur. 4 2Aussitôt la lèpre le quitta ; il était pur.43 Jésus, s'emportant contre lui, le chassa aussitôt 44 en disant : Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour eux un témoignage. 45 Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la Parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts.

Vous souvient-il du jour où vous avez réalisé que vous croyiez en Dieu ? Il n’est pas rare que nous fassions le point sur les événements qui ont marqué notre éveil à la foi, car nous ne sommes pas toujours satisfaits des suites que nous leur avons données. Ce ne fut certainement pas simple de découvrir que nous étions en contact avec une réalité nouvelle qu’on appelle Dieu. Nous avons découvert, qu’en nous, ou à côté de nous, nous ne saurions vraiment pas le dire, il y avait cette présence de Dieu qui nous était nécessaire et à qui nous donnions le visage de Jésus. Il n’est pas évident de découvrir que l’on croit en Dieu dans un monde qui l’ignore grandement et de ressentir que nous avons besoin de lui alors qu’autour de nous on s’en passe très bien.

Dans le secret de notre vie, il nous arrive donc de repenser aux étapes qui nous ont amenés à la foi. C’est une expérience que nous pouvons difficilement partager avec les autres, car chacun a son histoire et notre histoire ne ressemble à celle de personne. Il se peut que la foi ait brutalement jailli en nous au point de nous jeter à terre dans un moment d’intense émotion religieuse, comme ce fut le cas pour John Wesley (1). Pour d’autres ce fut une longue réflexion qui lentement a pris possession de leur esprit et qui a finalement mobilisé toute leur personne, si bien qu’ ils se trouvèrent implicitement mobilisés par un dynamisme nouveau. Il nous faut aussi rappeler l’expérience de ceux qui considèrent qu’ils ont été au bénéfice d’un miracle, c'est-à-dire d’une démarche particulière de Dieu dans leur direction.

Beaucoup ont connu des moments semblables à ceux qui viennent d’être évoqués. Parfois ce furent d’autres expériences ou le mélange de plusieurs.

Pourtant, avec le temps, la foi semble s’user. A force d’habitude elle s’affadit. Comment pourrait-il en être autrement quand on vit dans une société où l’expression de la foi est sensée se faire discrète et où le nom de Dieu n’est jamais officiellement mentionné si bien qu’on finit par le tourner en dérision d’une odieuse façon, comme on le fait à Noël. Un tel état de fait se répercute dans nos églises au point qu’on peut se demander si leur avenir n’est pas menacé.

Comme toujours, c’est en se tournant vers la Bible et en interrogeant les Ecritures que l’on espère trouver la bonne réponse. On pense ainsi découvrir comment on peut se servir de notre propre expérience spirituelle pour aider les autres à découvrir en eux-mêmes la trace de Dieu qui y est déjà inscrite.

En fait de bonne réponse, le texte que nous avons lu nous dit surtout ce qu’il ne faut pas faire. Il nous apporte un contre enseignement, comme si Jésus, ayant dénoncé le côté négatif de notre spontanéité, confiait à notre seule sagacité le soin de trouver la bonne attitude.

Ici nous avons le récit d’un homme, qui du fait de sa maladie, se trouve exclu de la compagnie des humains à cause du risque de contagion. Cette exclusion, les hommes de son temps en ont fait un principe religieux, basé sur la règle du « pur et de l’impur ». Ce qui leur donne bonne conscience pour enfermer ces malheureux malades de la lèpre dans l’univers morbide de l’exclusion. Comment la foi pourrait-elle trouver son chemin dans une telle ambiance de mise à l’écart et de mort ?

Par l’intervention de Jésus, l’homme redevient apte à vivre en société. Il peut désormais rejoindre sa famille, trouver du travail, redevenir un homme normal et fréquenter à nouveau les lieux de culte. Même si Jésus ne veut pas qu’il parle de son aventure, celui-ci se met à en parler autour de lui au point que la renommée qui se répand empêche toute autre forme de ministère que celui de la guérison.

Jésus avait pour mission de parler de Dieu et de libérer les gens perturbés par l’angoisse que produit la séparation d’avec Dieu. Du fait de cette publicité malencontreuse, il se trouve réduit à la fonction de guérisseur, à tel point que son message en est altéré et que son ministère en devient impossible ! Que faut-il faire alors ? Ne pas parler de sa conversion ? Ne pas dire comment Jésus a transformé notre vie ? Jésus ne répond pas. Il nous renvoie à notre propre sagesse afin de découvrir comment s’y prendre.

Ici le malade guéri ne prend pas le temps d’analyser ce qui s’est passé en lui. Il ne se demande même pas par quel phénomène spirituel, médical ou psychologique sa guérison a pu se produire. Il ne va même pas faire constater son nouvel état aux prêtres qui seuls ont le pouvoir de lui permettre de rejoindre la société des humains. Il crie au miracle et attire l’attention sur lui. C’est ici que réside une partie du problème. En racontant à tout le monde le miracle au bénéfice duquel il a trouvé la guérison, il détourne l’attention vers lui et celui qui a opéré le miracle est réduit au rang de guérisseur et non plus de témoin de la puissance divine. C’est celui qui recouvre la santé qui devient intéressant, et les gens ne s’intéressent à Jésus que pour être guéris à leur tour.

Dans ce récit, il y a comme une confiscation de la gloire qui devrait revenir à Dieu et qui revient à l’homme guéri autour de qui se rassemblent les foules. Le but de Jésus n’était pas d’en arriver là. Par son geste il voulait signifier l’emprise de Dieu sur le mal et montrer qu’il était le maître de la vie. Peine perdue. C’est tout autre chose qui se produit.

C’est l’expérience intérieure qui aurait amené le malade à la foi qui nous intéresse mais le malade ne manifeste aucunement une démarche de foi! Nous ne sommes pas plus avancés ! Nous avons seulement constatés en commençant que si on ne parlait pas de nos expériences religieuses notre foi risquait de s’affadir et d’altérer notre dynamisme. Par contre si nous en parlons nous risquons de focaliser l’intérêt sur nous-mêmes au détriment de Dieu qui ne trouvera pas son compte dans notre égocentrisme.

En fait, ce n’est pas à cause de notre parole sur nous-mêmes que les gens se tourneront vers Dieu, mais c’est au contact de la puissance de vie qui est en nous que ceux qui nous approchent trouveront, peut être, le chemin de Dieu. C’est en effet ce chemin que Dieu empruntera pour venir vers eux. Ce n’est pas par notre parole humaine qui deviendrait tout à coup parole de Dieu que les hommes viendront à Dieu. Quelle prétention de notre part ! Mais c’est la vie que Dieu a éveillée en nous qui deviendra l’instrument par lequel Dieu pourra éclairer la vie des autres.

Ne dit-on pas que nous portons en nous la trace de Dieu ? Même les milieux scientifiques s’en mêlent aujourd’hui et prétendent que si on excite nos lobes frontaux d’une certaine manière, on pourra déclencher le phénomène de la foi puisque c’est là que serait le siège de la spiritualité. Les questions sur la spiritualité ou la recherche de Dieu sont des thèmes qui intéressent nos contemporains mais c’est l’atmosphère de nos églises qui les rebute, telle la maison où Jésus se trouve assiégé par ceux qui l'occupent comme il est dit plus loin. Ce n’est pas leur message qui est mal perçu, c’est la manière dont elles le donnent qui a besoin de nouveauté.

Nous avons trop tendance à culpabiliser les hommes en leur disant ce qu’ils doivent faire alors qu’ils espèrent seulement une marque de la tendresse de Dieu qui les rejoindrait dans la bousculade de leur vie. Nous n’avons pas de leçon à donner aux hommes, mais nous avons de la joie, de l’amour et de l’espérance à leur communiquer pour qu’ils puissent les intégrer dans leur vie aussi bancale soit-elle.

Jésus ne nous demande pas de faire le travail à sa place. Il ne nous demande pas davantage, de gérer le monde en son nom et de lui imposer nos lois et notre morale. Il nous demande par contre de rendre témoignage de l’espérance qu’il a mise en nous et de manifester de l’appétit pour la vie en la favorisant de toutes les manières possibles, car seule la vie est porteuse d’avenir.

(1) Réformateur anglais, fondateur de l’Eglise Méthodiste.

samedi 7 janvier 2012

Marc 1:21-28


Marc 1 : 21-28 l’autorité de Jésus
dimanche 29 janvier 2012


21 Ils entrent dans Capharnaüm. S'étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. 22 Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non pas comme les scribes. 23 Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur, qui s'écria : 24 Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu !

25
Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme.
26 L'esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. 27 Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu'est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! 28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée.

Qui guérira tous ceux qui sont malades dans leur cœur, dans leur corps et dans leur âme ? Qui soignera notre société de ce mal mystérieux qui la ronge et qui fait perdre ses repères à chaque individu ? Qui pourra nous dire la vérité sur notre vie ? Nul ne sait vraiment dans quelle direction tourner les yeux, car tous sont inquiets pour eux-mêmes et leurs enfants?

Toutes ces questions étaient déjà en gestation dans le cœur des gens qui croisèrent Jésus dans la synagogue de Capharnaüm où il avait pris ses habitudes. Ils sont étonnés et surpris de l’autorité qui émane de lui. Un jour, il est bien reçu, le lendemain on ramasse des pierres pour lui faire un mauvais sort ou le précipiter en bas d’une falaise comme on voulut le faire dans la synagogue de Nazareth (1). Tout est confus pour ces gens en quête de vérité ! Une voix en rajoute à la confusion et s’élève pour lui demander quel rôle il joue et s’il n’a pas partie liée avec le démon. De qui cherche-il la perte ?

Ne soyons pas surpris si cette mise en cause de Jésus se passe dans une synagogue, un lieu de prière car c’est dans la proximité de Dieu que les gens se divisent à son sujet. N’ accuse-t-on pas les religions de jeter la discorde dans le monde et d’être souvent la cause des guerres entre les peuples? On découvre ici que les agents destructeurs ont leur place dans la « maison de Dieu » si bien qu’on y rencontre plus de haine que d’amour. Ceci se vérifie sans doute aussi dans nos églises, mais se trouve en totale opposition avec Jésus qui se plaisait à identifier Dieu à l’amour, si bien que la religion se met parfois à jouer un rôle contraire à celui pour le quel elle est faite car le but de la religion est de relier les hommes entre eux. C’est en tout cas ce que signifie le mot qui la désigne.

Ces remarques nous permettent de ne pas être trop étonnés si la contestation contre Jésus se produit dans ce lieu de prière et de méditation qu’est la synagogue. L’interpellation sort de la bouche d’un malade mental qui normalement n’ y avait pas sa place. Son intervention produit l’étonnement et la stupeur. Le malade, le possédé devrai-je dire pour rester dans le contexte, prononce une véritable confession de foi à l’envers en forme d’interrogation : « es-tu venu pour notre perte ? » La perte de qui ? De ceux qui ne sont pas normaux ou les gens qui par leur attitude perturbent les saintes assemblés ? Sans doute pas, mais cela pourrait bien être la perte des démons, de ces esprits malins qui s’opposent à Dieu, qui rendent les hommes malades et que Jésus se propose de détruire.

Beaucoup d’hommes sont malades, pas seulement de maladies mentales, mais aussi de maladies physiques et sociales. La société est malade avons-nous dit en commençant et Jésus, est venu pour soigner ceux qui souffrent, qui sont désorientés et qui désespèrent. Il n’est donc pas surprenant que l’interpellation de Jésus se produise dans la synagogue, car elle est sensée être le lieu où Dieu est le plus proche des hommes. C’est le lieu où l’on prie ou où on cherche le sens de la vie dans la tradition et les Ecritures. C’est donc ici que l’on peut découvrir quel est le rôle de Dieu dans les affaires du monde.

Si Jésus a quelque chose à voir avec Dieu, c’est bien dans ce lieu où on peut l’interpeler sur ces questions et où on est en droit d’espérer une réponse. L’Evangéliste Marc qui rapporte cet incident a déjà pris position. Il nous dit que Jésus s’adresse aux gens avec une autorité que les professionnels de la religion n’ont pas. Il accuse clairement les scribes et les pharisiens de manquer d’autorité personnelle. L’autorité qu’ils ont ne leur vient pas d’eux-mêmes, ils l’empruntent à la tradition ou à la Loi qu’ils sont sensés interpréter ; mais pour ce qui les concerne, en tant qu’individus, ils n’ont aucune autorité. Quant à Jésus qui ne cite pas forcément les Ecritures à tout bout de champ, il retire son autorité d’ailleurs, elle émane de lui et se manifeste comme une aura qui séduit. Il la reçoit directement de Dieu.

C’est vite dit. S’il ne parle pas sous l’autorité de l’Ecriture sa parole risque de prendre des allures inquiétantes. Tout ceux qui sont là ne sont pas des naïfs, ils savent exercer leur esprit critique et aimeraient pourvoir identifier en Jésus le messager de Dieu à coup sûr, mais quelle preuve ont-ils ? Cette question devient du même coup la nôtre. Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire qu’elle lui vient du saint Esprit parce qu’on ne l’entend pas qu’on ne le sent pas et qu’il reste aussi insaisissable que Dieu.

Jésus sans répondre directement à cette question nous donne des éléments de réponses. Il est suffisamment explicite pour que notre esprit se mette au travail et trouve tout seul la solution. C’est dans le dialogue avec l’individu qui l’a interpelé que cela va se passer. Tout en lui donnant raison, Jésus réfute le qualificatif de Saint de Dieu, c'est-à-dire de Messie dont il le désigne. Jésus refuse qu’on l’enferme dans un personnage qui aurait la science infuse et la réponse à tout, du fait de sa proximité avec Dieu car, c’est cela que l’on attend de lui. On attend qu’il donne une parole forte et indiscutable, qu’il opère des miracles à la demande et que sa seule présence suffise à changer le monde. Jésus ne se situe pas dans ce rôle, sans quoi depuis deux mille ans on s’en serait aperçu. Jésus a été parfois enfermé dans ce personnage, mais il a toujours réussi à s’en sortir. Pourtant les clercs ont toujours cherché à l’y ramener.

Quantité de professionnels de la religion, croient que leur science ou leur intimité avec Dieu les rend compétents pour maintenir Jésus dans ce rôle « d’être exceptionnel » que lui-même récuse et d’y enfermer Dieu avec lui. Ce sont les titres glorieux que nous lui reconnaissons dans nos confessions de foi que les plus doctes parmi-nous tentent d’imposer aux autres. Ils se divisent entre eux à son sujet. Ils s’affrontent au nom de vérités qui sans être fausses ne sont pas forcément absolues. Ils créent des mouvements de division qui les opposent aux autres et les amènent à se séparer d’eux.

Quand pour leurs malheurs l’un de ces groupes dispose de l’oreille du pouvoir temporel, il n’est pas rare que celui-ci mette à son service le bras armé de ses soldats pour forcer la mains à ceux qui ne croient pas comme eux. C’est ainsi que les religions entrent en guerre et s’en prennent à la vie des hommes. Ne soyons donc pas surpris si Dieu reste à l’extérieur de ces combats.

Si maintenant je donnais une réponse personnelle au sujet de l’autorité de Jésus, puisque c’est la question de ce jour, il faudrait que je prenne place parmi ces sages qui se divisent au nom de leur vérité. Pour éviter cela, il nous faudra donc consentir à ce que Jésus se dépouille de tous ces titres dont nous l’honorons, d’oublier les zizanies que nous maintenons à son sujet et que nous prêtions attention à ceux à qui il adresse ses actions.

C’est dans la bouche même de Jésus répondant aux envoyés de Jean Baptiste que nous trouvons la première réponse : « les aveugles voient, les infirmes marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent., et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ( 2)

Jésus se présente comme le témoin de la puissance de vie qui habite chaque individu, il s’acharne à la restaurer quand elle est déficiente, menacée ou détruite. Il ne détient pas d’autre puissance apparente de la part de Dieu que celle de susciter la vie là où elle est en difficulté. Il encourage son Eglise à le suivre dans cette voie là. Qui pourrait le contester ? Celui qui cherche à aller plus loin, court alors un gros risque. De nombreuses questions sur Dieu, Jésus et la trinité restent en suspens. Si elles ne trouvent pas de réponses immédiates est-ce si grave ? L’important n’est-il pas de comprendre que nous devons donner priorité à la sauvegarde de la vie chez les autres quels qu’ils soient. Il y a encore beaucoup de travail.

(1) Luc 4
(2) Matthieu 11 :5

Les photos sont celles des restes d'une synagogue à Capharnaüm, date du cinquième siècle. Ce n'est donc pas la synagogue que Jésus fréquentait.

lundi 2 janvier 2012

Jonas 1-10



Jonas à Ninive : dimanche 22 janvier 2012

Jonas 3 :1-10

1 La parole du SEIGNEUR parvint à Jonas une deuxième fois : 2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et fais-y la proclamation que je te dis ! 3 Alors Jonas se leva et alla à Ninive, selon la parole du SEIGNEUR. Or Ninive était une grande ville devant Dieu ; il fallait trois jours de marche pour en faire le tour. 4 Jonas commença par faire dans la ville une journée de marche. Il proclamait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! 5 Les gens de Ninive mirent leur foi en Dieu ; ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent d'un sac, depuis le plus grand jusqu'au plus petit d'entre eux.

6 La nouvelle parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. 7 Il fit crier dans Ninive : Par décision du roi et de ses grands, que les humains et les bêtes, le gros bétail et le petit bétail, ne goûtent de rien, ne paissent pas et ne boivent pas d'eau ! 8 Que les humains et les bêtes soient couverts d'un sac, qu'ils invoquent Dieu avec force, et que chacun revienne de sa voie mauvaise et de la violence de ses mains ! 9 Qui sait si Dieu ne reviendra pas, s'il ne renoncera pas, s'il ne reviendra pas de sa colère ardente, pour que nous ne disparaissions pas ? 10 Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur voie mauvaise. Alors Dieu renonça au mal qu'il avait parlé de leur faire ; il ne le fit pas.



De tout temps, la littérature a utilisé l’art du conte pour dire ce qui se passe dans l’inconscient des hommes. La plupart du temps, on croit que ces récits sont destinés aux enfants, mais ce n’est généralement pas le cas. Les contes permettent de dire des vérités qui ne seraient pas accessibles autrement. Ils procèdent d’un savant mélange entre le rêve, le fantastique et la réalité.

Ainsi en est-il de l’histoire que la Bible a prêtée à Jonas qui a été réellement un prophète à l’époque du Roi Jéroboam II (1). En ce temps là, la puissance de Ninive défiait les civilisations du Croissant fertile. Plusieurs générations après, la ville fut détruite à son tour. Elle ne le fut pas sous le coup de la colère divine qui l’aurait anéantie telles Sodome et Gomorrhe pour la punir d’avoir détruit Samarie et le Royaume d’Israël, mais seulement par une puissance plus arrogante qu’elle : celle de l’orgueilleuse Babylone.

Plusieurs années après sa destruction on se posa la question de savoir si la ville de Ninive aurait pu échapper à son destin et subsister au désastre. Il est clair que Dieu n’ était pas responsable de sa destruction mais il aurait réussi à la sauver si on avait écouté ceux que Dieu avait envoyés.

Le récit pourrait commencer comme un conte : Il était une fois un petit prophète insignifiant du nom de Jonas. Il était connu dans le passé par seulement trois lignes qui lui étaient consacrées dans le livre des Rois. Dieu, dans sa grande sagesse, le choisit pour aller proposer la paix à la grande cité arrogante de Ninive. Le nom de Jonas qui signifie Colomb, l’y prédestinait. Mesurant l’ampleur de sa tâche notre héros s’enfuit. Il refusa tout net de jouer le rôle du Petit Poucet face à l’ogre qui n’aurait fait qu’une bouchée de lui.

Il se refusait à jouer le rôle du grain de sable qui bloquerait le rouage complexe d’une cité si bien organisée. Même s’il avait la conviction que Dieu le guiderait dans cette entreprise, il refusa tout net de se jeter tout cru dans la gueule du loup. Le projet était apparemment irréalisable. On n’a jamais vu, dans l’histoire de l’humanité qu’un tel revirement d’un état si puissant se soit produit. Même Dieu lui-même s’y serait cassé les dents.

On n’a jamais vu un lion manger de la paille en compagnie d’un bœuf, en dépit de ce qu’a pu en dire le prophète Esaïe.(2)
« Mais si, c’est possible diraient des enfants avides de merveilleux ! » Et la suite nous montrera qu’ils auraient raison. Dans l’histoire des contes on assiste à de tels revirements. La Mère-grand et le petit Chaperon rouge sont destinées à être mangées par le loup, tel était le sort des femmes de la société bourgeoise des siècles passés. Elles étaient soumises à leur mari, représenté par le loup, qui seul réglait la destinée de la famille. Le conte a évolué en même temps que la société, le petit Chaperons rouge, puis sa Grand-mère ne se laissent plus faire dans les versions modernes du conte. Elles conjuguent leurs efforts pour prendre le dessus sur le loup. Echappant au fauve grâce à l’imagination des narrateurs, elles préfigurent par leur action le revirement de la société moderne qui sans être parfaite est devenue plus juste envers les femmes.

Mais Jonas n’est plus un enfant. Il n’est pas un idéaliste non plus, il ne se sent pas la force de transformer l’histoire et prend la décision de lui tourner le dos. Pourtant le défit que Dieu lui pose et qu’il se refuse à relever, préfigure l’hypothèse qu’une société, même despotique et arrogante, peut changer par le seul effet de la prédication d’une autre vérité que la sienne et qui viendrait de Dieu.

Le récit de Jonas fait intervenir un personnage inhabituel dans les contes, mais indispensable pour la compréhension du récit. Il s’agit de Dieu. Dieu a foi en l’homme. Il croit que toutes les utopies généreuses peuvent se réaliser par l’action de ceux qui acceptent que Dieu soit leur source d’inspiration.

Reprenons le cours du récit. Nous découvrons que s’installe une parenté entre le récit de Jonas et le conte du Petit tailleur qui prétendait « en avoir tué sept d’un seul coup ». Il le fit même coudre sur sa ceinture. En l’entendant ainsi se vanter on se mit à croire qu’il s’agissait de géants, à l’image de celui qui terrorisait le peuple. Il ne s’agissait pas de géants, vous le savez bien, mais de mouches ! Victime de sa vantardise il fut contraint de s’attaquer à un vrai géant qu’il vainquit en mettant à profit son intelligence et son habileté comme le fit le petit David qui terrassa le géant Goliath.

Son destin rattrapa Jonas, nous le trouvons à son tour contraint de relever le défit afin de convertir le peuple de Ninive et son roi. Dans le cas contraire, ce serait la mort pour tous. Vous devinez son état d’âme. Il savait que la ville périrait à cause de sa couardise. Il fallait donc qu’il devienne ce grain de sable capable de paralyser la terrible machine à opprimer les peuples.

Si Dieu a adressé une telle vocation au plus modeste de ses prophètes, il n’a pas hésité à utiliser des moyens énormes pour le convaincre sans qu’il ne s’en aperçoive. Dieu ne ménage jamais sa peine quand il s’occupe de nous. Quand Jonas prend la décision de s’égarer sur le chemin de la fuite, Dieu rassemble les vents des quatre horizons qui se coalisent en un puissant ouragan pour engloutir le fuyard, non pas pour le punir mais pour le ramener à une juste raison. Dieu appelle ensuite du fond des océans un monstre marin capable de se saisir du rebelle et de l’avaler tout rond sans lui faire de mal comme ce fut le pas pour Pinocchio.

Jonas égaré dans les éléments et perdu dans sa tête ne sait pas que Dieu multiplie les efforts pour le ramener à la raison et lui permettre d’accomplir sa vocation d’homme de paix. C’est après de telles aventures qu’il se retrouve dans son rôle de prédicateur pour dénoncer les comportements mauvais de tout un peuple.

Le voila seul contre tous. Il s’attend à chaque instant à voir la milice royale se saisir de lui pour le séquestrer. Il entend même les portes des geôles grincer et se refermer sur lui pour l’enfermer dans l’oubli. Jean Baptiste en avait fait moins que lui quand on lui trancha la tête pour les beaux yeux d’une belle. Jérémie avant lui, et Esaïe aussi ont connu les affres du cachot.

Combien de prophètes semblables à Jonas n’ont -ils pas payé de leur vie, avant que celui-ci ne réussisse ? Cette fois la parole de Dieu a atteint son but. Tel David face à Goliath ou le petit poucet face à l’ogre, Jonas a réussi ! Mais combien d’échecs anonymes n’ont-ils pas précédé son succès? Combien de lettres les membres de l’A.C.A.T (3) n’écrivent-ils pas pour atteindre leur but ? Jonas représente ici l’espoir de toutes ces colombes de la paix que Dieu envoie par le monde pour défier des tyrans ou des idéologies redoutables. Elles défendent les causes de la justice et de la paix, partout où elles sont bafouées. L’histoire montre que Dieu n’est pas inactif quand il nous charge de mission et qu’il accomplit des miracles sans qu’on les voie.

Nous découvrons aussi qu’il n’y a aucun cœur, aussi dur soit-il, qui ne puisse être attendri. Si nous n’y croyons pas, Dieu lui, y croit. Dieu se permet d’opposer sa sagesse divine à toutes les situations oppressantes, car il croit que l’impossible est toujours possible.

Bien évidemment, l’histoire des peuples n’a pas retenu qu’un homme ait tenté de libérer Ninive de sa morgue et la ville fut détruite par une puissance plus orgueilleuse qu'elle. Mais cette histoire nous permet de comprendre que la fatalité n’est pas inscrite comme une règle de l’histoire et que la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Elle ne résiste pas indéfiniment à la miséricorde divine quand les croyants s’en font les porteurs.





(1)2 Rois 14 :25 (785-745)
(2) Esaïe 11 :7
(3) Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture