samedi 26 juin 2010

Le rire de Sara : Genèse 18:1-15 dimanche 18 juillet 2010


Genèse 18/1-15 Dieu annonce que Sara aura un fils

1 Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu'il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. 2 Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui. Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l'entrée de sa tente, se prosterna jusqu'à terre 3 et dit : Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t'arrêter chez moi, ton serviteur ! 4 Laissez-moi apporter un peu d'eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez-vous sous l'arbre ! 5 Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c'est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Ils répondirent : D'accord, fais comme tu as dit. 6 Abraham se précipita dans la tente pour dire à Sara : Dépêche-toi, pétris trois séas de fleur de farine et fais-en des galettes.

7 Abraham courut vers le bétail, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur, qui se dépêcha de le préparer. 8 Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu'on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient.
9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente. 10Il dit : Je reviendrai chez toi l'année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente qui était derrière lui. 11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ses règles. 12 Sara rit en elle-même : Maintenant que je suis usée, se dit-elle, aurais-je encore du plaisir ? D'ailleurs mon maître aussi est vieux. 13 Le SEIGNEUR dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : « Pourrais-je vraiment avoir un enfant, moi qui suis vieille ? » 14 Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part du SEIGNEUR ? L'année prochaine, au temps fixé, je reviendrai vers toi, et Sara aura un fils. 15 Sara mentit : Je n'ai pas ri, dit-elle ; car elle avait peur. Mais il dit : Si, tu as ri !



On a dit que Dieu cherchait à entrer en contact avec les hommes et que c’est lui qui venait vers eux ! Mais comment le sait-on ? Comment Dieu se manifeste-il aux hommes ? Et s’il le fait quel est son but ? Voilà une question impertinente qui est accueillie par un vaste éclat de rire moqueur. Il retentit au moment même où la Bible tente de nous raconter, grâce à l’histoire de Sara et d’Abraham, comment Dieu s’y prend pour intervenir dans la vie des hommes. Cet éclat de rire jaillit hors d’une tente et emplit le désert pour gagner de proche en proche toutes les contrées habitées par les hommes. Il exprime le doute d’une femme qui entend pour la première fois l’affirmation selon laquelle Dieu s’intéresserait à ses problèmes. Ce rire va devenir celui de tous les humains qui doutent du fait que Dieu cherche à intervenir dans leur existence. Il prend naissance dans l’antiquité et se propage jusqu’à nous pour retentir dans notre temps, comme un défi à l ‘égard de Dieu.

Ce rire est la manifestation de l’incrédulité des humains quand on leur affirme que Dieu a un projet pour l’humanité. C’est un projet de bonheur et surtout un projet de vie, car Dieu s’intéresse à la vie et en particulier à celle des hommes et des femmes que nous sommes. Si Dieu se révèle aux hommes, c’est pour prendre la totalité de leur vie en charge afin qu’elle s’épanouisse. Pourtant notre existence ne se déroule pas dans un jardin idyllique, les sentiers que nous parcourons sont pleins d’embûches et Dieu ne s’y croise que très rarement, c’est pourquoi les humains se refusent à croire sans preuve à une présence bienveillante de Dieu sur la route qu’ils parcourent..

Certes nous n’apporterons pas de preuves, mais le récit de Sara et d’Abraham va nous permettre de formuler des arguments. Cette histoire commence donc par un éclat de rire qui exprime le doute que formule Sara quand on lui annonce que Dieu va changer le cours de leur vie chaotique. Pour le moment elle se résume à une série d’échecs. Abraham et Sara ne sont pourtant pas n’importe qui. Il s’agit de celui que l’histoire revêt du titre de Père des croyants et de sa princesse Sara son épouse. Ils sont vieux et sans enfant et les choses n’ont pas très bien marché.

Leur histoire s’apparente aux belles légendes d’autrefois que l’on nous racontait pour nous endormir et dont les vérités qu’elles contenaient s’amalgamaient imperceptiblement dans l’inconscient des petits enfants pour les aider à forger leur vie future, car c’est par des contes et légendes que nous accédons le plus facilement à la vérité.

Laissons-nous prendre aux charmes du désert et ne nous privons pas de rêverie. Laissons-nous emporter par l’imagination jusqu’à cette époque où Dieu venait en personne parler aux hommes et leur faire part, de ses projets. Nous découvrirons qu’à travers l’histoire merveilleuse du patriarche il y a sans doute des points communs avec la nôtre. Il traverse le désert de sa vie en compagnie de sa bien aimée, en mal d’enfant, et Dieu lui présente un projet qui est trop beau pour y croire. Sans doute éprouvons-nous à notre tour le même doute étonné quand on nous dit que Dieu peut tout changer dans notre vie.

Dieu veut prendre place dans la vie de celui vers qui il vient et le rendre heureux par sa seule présence. C’est bien évidemment ce à quoi nous aspirons, mais il ne suffit pas de le désirer pour que cela se réalise. Nous n’y croyons pas plus qu’Abraham et Sara. Les philosophes modernes, ne disent-ils pas à qui veut les entendre que de telles rêveries n’ont pas de place dans une pensée moderne? Elles n’avaient pas de place non plus dans une pensée antique, c’est pourquoi Sarah en a ri.

Pour que cela se réalise, il faudrait un miracle, or nous ne croyons pas plus aux miracles que n’y croyait Abraham, même si nous n’avons pas l’impertinence de Sara pour manifester notre doute. Pour que nous acceptions un miracle il faudrait que celui-ci relève du raisonnable ! Pour Sara le miracle proposé dépasse son entendement. Sara est stérile, elle est demeurée sans enfant jusqu’à son extrême vieillesse. Pas étonnant diront les esprits scientifiques modernes. La cause de sa stérilité se trouve dans la consanguinité ! Elle était trop proche parente de son mari, ce qui est vrai. Mais cette explication ne nous est d’aucune utilité ! Depuis le début de son aventure avec Abraham, Sara a multiplié les opportunités pour avoir un héritier. Et aucune n’a réussi !

Abraham et Sara ont commencé par chercher à adopter leur neveu Lot, cela n’a pas marché. Sara a offert sa servante à son mari pour en faire une mère porteuse, c’est la jalousie de Sara qui a fait échouer le projet. Et si, au cours de leurs déplacements Sara avait pu devenir enceinte des œuvres du pharaon en dépit de l’adultère que cela impliquait, cela n’aurait-il pas arrangé la situation ? Mais là encore l’adultère ne fut pas consommé. N’allez pas dire qu’ils n’ont rien fait, ils ont tout tenté ! Maintenant que leur fin est proche leur faudrait-il croire à une promesse de Dieu qui leur serait transmise par trois beau jeunes gens ( le fait qu’ils soient beaux et jeunes n’est pas dans le texte, mais ça rajoute du piquant à l’histoire).

Qu’ils y croient ou qu’ils n’y croient pas, que nous y croyons ou que nous n’y croyons pas, c’est quand même dans un projet de vie que Dieu les entraîne à leurs corps défendant. La vérité qui se dégage de l’histoire de Sara et d ‘Abraham avec Dieu est un puissant hymne à la vie. La vie apparaît comme un don miraculeux de Dieu, comme un supplément à leur existence. Pour poursuivre dans la veine de ce récit, nous découvrons que Dieu est tellement attaché à la vie qu’il accepte d’être ridiculisé par la vieille Sara qui se moque de lui, sans réagir si non en conservant le thème du rire pour donner le nom à l’enfant. Isaac signifie : « elle a ri » (1)

Quand Dieu avait interpellé Abraham qui poussait ses troupeaux le long de l’Euphrate, c’était pour qu’il comprenne que Dieu appelle les hommes à s’épanouir par sa présence. La présence de Dieu dans l’existence d’un individu se manifeste toujours par un supplément de vie. Il faudra cependant que nous découvrions avec Abraham que ce qu’il y a de plus précieux dans l’existence, c’est la vie des autres. Pour Abraham c’est la vie d’Isaac, l’enfant qui naîtra de cette rencontre avec Dieu. Il sera l’objet de cette découverte. La vie d’Isaac sera plus précieuse aux yeux de Dieu que l’amour qu’Abraham ressent pour lui. Vous connaissez certainement l’histoire rapportée sous le nom de la « ligature d’Isaac ». Abraham avait cru devoir sacrifier son Fils Isaac pour manifester sa déférence à Dieu selon la coutume. Dieu intervint et sauva la vie de l’enfant en proposant le sacrifice d’un bélier en remplacement de l’enfant.

Cet événement est central dans la Bible. Il signifie que le respect de la vie humaine à priorité sur tout. Ce sera désormais comme un pacte entre Dieu et les hommes qui accepteront d’avoir Dieu pour guide et sauveur. Certes, comme Abraham, les humains resteront méfiants car il leur paraît inconcevable que l’honneur de Dieu puisse passer après la vie d’un homme. C’est pour cela que la Bible est pleine de récits de violence. La plupart des guerres dont les horreurs nous sont racontées avec complaisance, avaient pour but avoué de défendre l’honneur de Dieu. Certains textes prétendent même que Dieu tenait lui-même l’épée et faisait des miracles en pourfendant leurs adversaires alors que Dieu proposait justement le contraire.

Dieu souhaitait que le respect de la vie soit prioritaire en tout temps. N’engageait-il pas Jérémie à proposer la soumission à l’armée de Babylone plutôt que de faire la guerre ? Il préconisa une soumission à l’ennemi plutôt que la défaite sanglante qui se produisit. Jérémie désavoué fit figure de traître.

C’est le défi que nous devons relever. Si nous croyons vraiment que Dieu donne priorité à toutes nos œuvres de vie, si nous croyons que Dieu cautionne toutes les actions qui font vivre les autres et qu’il donne de la valeur à tout ce qui facilite l’existence de ceux qui sont en manque de vie, alors certainement nous verrons que Dieu travaille parmi-nous

Jésus a pris cette vérité à la lettre, il a consacré toute son existence à donner du sens à cette passion de la vie que Dieu lui a communiquée. Par sa résurrection il est devenu le Seigneur de la vie de tou
s ceux qui ont compris que Dieu s’était identifié à lui.

Jésus a offert sa vie en sacrifice pour que les hommes à leur tour soient épris de la même passion et qu’ils consacrent toute leur existence à œuvrer pour que la sauvegarde de la vie ait toujours priorité dans toutes leurs actions sans exception. Elle est désormais marquée du sceau de l’éternité de Dieu, car toute vie qui s’accomplit en lui devient éternelle.

(1) Abraham avait ri avant Sara en 17/17 quand Dieu lui fit part de son projet.

lundi 21 juin 2010

Le bon Samaritain Luc 10:25-37 dimanche 11 juillet 2010


 Une autre version de ce sermon, totalement repensée  a été publiée le 10 juillet 2016

Luc 10/25-37 « Le bon Samaritain »


25 Et voici qu'un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » 26 Jésus lui dit : « Dans la Loi qu'est-il écrit ? Comment lis-tu ? » 27 Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » 28 Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. » 29 Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
30 Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. 31 Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 32 Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 33 Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. 34 Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 35 de lui. Le lendemain, il sortit, deux deniers, les donna à l'hôtelier et dit : "Prends soin de lui et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.” 36 Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? » 37 Le légiste répondit : « C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va et, toi aussi, fais de même. »
Toujours pardonné, sans cesse repentant, tel est le peuple auquel les protestants se plaisent à ressembler. Il est toujours coupable mais toujours reconnaissant de la grâce prévenante qui l’enveloppe. Le salut gratuit lui est toujours offert comme un cadeau immérité. Nous passons ainsi notre temps à implorer un pardon que l’Evangile nous dit être accordé d’avance ! C’est tout à fait perturbant et même aliénant d’espérer ne jamais pouvoir parvenir à satisfaire pleinement notre Seigneur puisque selon nos anciennes liturgies inspirées par Calvin nous sommes nés dans la corruption et incapables par nous-mêmes d’aucun bien. Bien que l’avenir nous soit ouvert, nous sommes enfermés à tout jamais dans notre état d’inachèvement.

Si ce langage est conforme à l’esprit de la Réforme, il faut bien dire qu’il passe mal aujourd’hui, car, nous vivons dans une société culpabilisante qui attribue ses dysfonctionnements à l’irresponsabilité de nos contemporains qui par leur mode de consommation compromettent l’avenir de la planète. S’il y a une bonne nouvelle à recevoir aujourd’hui, elle ne doit pas consister à rajouter de la culpabilité à la culpabilité ambiante. Nous sommes fatigués de nous sentir enfermés dans cet univers morbide de la faute sans aucun espoir de satisfaire aussi bien les hommes qui sont sensés être nos prochains que Dieu que nous aime tant et qui nous protège contre nos péchés avant même que nous les ayons commis.

La parabole que nous écoutons aujourd’hui et que tous connaissent bien, semble en rajouter une couche. Elle nous donne une leçon de morale en enfonçant le clou sur notre incapacité à bien faire. Elle met en scène un marginal sympathique, apparemment financièrement aisé, mais rejeté à cause de sa naissance. Il est Samaritain autant dire qu’il n’appartient pas à la bonne société traditionnelle. On n’a sans doute rien à lui reprocher, mais il n’est pas comme nous. Par son attitude il semble vouloir nous donner une leçon de morale.

Il accepte de se compromettre dans une affaire pas nette. Il interrompt un voyage d’affaires pour s’occuper d’un homme qui est entre la vie et la mort. Qu’importent les affaires, le temps et l’argent, c’est le sort de cet individu qui ne lui est rien, qui l’arrête sur son chemin. Il utilise sa propre monture, rebrousse chemin, trouve du secours qu’il doit payer de ses propres deniers, il avance même une provision. C’est comme s’il lui ouvrait un crédit illimité sur son compte. Il retourne ensuite à ses affaires tout en gardant le souci de son protégé pour lequel il promet de modifier son projet de retour, et même de payer encore si c’est nécessaire. Trop c’est trop.

En écoutant ce récit pour le moins culpabilisant on se dit qu’en toute honnêteté on n’aurait même pas pu en faire la moitié. On a presque envie de tout laisser tomber en pensant que la Loi de Moïse était moins sévère que les prescriptions de Jésus. Quel intérêt aurions-nous à suivre Jésus ? Qu’y a-t-il de plus ? Certains iront même jusqu’à penser qu’il vaut mieux le néant éternel plutôt que de payer un prix impossible pour un paradis hasardeux.

Mais, je l’ai souligné, si Jésus invite son interlocuteur à faire de même, il ne nous invite pas nous-mêmes à faire de même, et pour cause, nous verrons pourquoi plus loin. Il poursuit son récit en tirant une conclusion sur les subtilités de la rhétorique pour savoir qui dans cette histoire était le prochain l’autre ? Et nous voilà en train de sombrer dans un abîme de perplexité. Je dois confesser à mon corps défendant que je n’ai jamais rien compris à ces subtilités si bien que je me pose encore aujourd’hui la question de savoir où l’Evangile veut nous entraîner ? Certainement pas dans un pinaillage juridique dans lequel nous avons tendance à vouloir enfermer Dieu, Jésus Christ et notre prochain. Si nous recevons cette parabole comme une leçon de morale nous n’arriverons pas y retrouver le souffle libérateur que Jésus a voulu donner à son Evangile.

A l’origine de cette histoire, il y a la prétention d’un homme pieux à débattre avec Jésus sur le juridisme religieux afin de définir le rôle que peut jouer le prochain dans notre quête du salut éternel. Puisqu’il veut débattre, Jésus accepte le débat, mais ça ne mène à rien. Comme toujours Jésus décrit une situation impossible, où personne ne peut accéder au rôle tenu par la Samaritain qui semble avoir pour règle de vie l’abnégation totale. Jésus montre que ça ne marche pas et qu’à vouloir être trop parfait, on aboutit à une situation absurde, et que ce n’est pas dans cette direction qu’il faut chercher. En effet, si un tel comportement était réel, cet homme aurait rejoint depuis longtemps les rangs des nécessiteux et des clochards. En effet son acte de charité envers le Samaritain n’aurait certainement pas été son coup d’essai. Il n’aurait donc pas eu l’occasion d’exercer la charité comme il l’a fait, car il n’aurait jamais eu la possibilité de gagner la moindre somme d’argent pour faire ses libéralités puisqu’elle aurait été dépensée avant d’avoir été gagnée.
Aujourd’hui, dans une société plus prévenante à l’égard des délaissés que la société antique, ceux qui se donnent pour règle l’abnégation totale et qui se consacrent essentiellement à la générosité vis-à-vis des démunis, c’est avec l’argent des autres qu’ils font leurs générosités et non avec le leur puisqu’ils ont fait vœu de ne pas en avoir. C’est comme cela que fonctionnent les bonnes œuvres et on ne saurait le faire autrement. Or notre généreux Samaritain semble vouloir gagner beaucoup tout en négligeant les situations qui lui permettraient d’être financièrement rentable.
Ce constat d’échec à propos de la générosité gratuite nous déçoit. Il semblerait que nous sommes tombés dans une impasse. Nous avons du mal à nous résigner à cet état de fait parce que nous avons du mal à admettre notre incapacité à ne jamais réussir à faire le bien. En répondant un peu trop rapidement par la doctrine, bien protestante du salut par la grâce, on va trop vite en besogne, parce qu’elle nous laisse insatisfaits. En fait, nous devrions nous demander ce qui se serait passé si le blessé n’avait pas été secouru. C’est simple il aurait perdu la vie. Or c’est bien sur une question de vie qu’a commencé le propos. Il s’agissait de vie éternelle, bien sûr, mais avant d’être éternelle la vie doit s’ancrer dans l’existence au quotidien.

Loin de nous dicter un comportement, ce passage nous désigne les priorités que Dieu nous invite à prendre en compte. Cette priorité c’est la vie des autres. Le comportement du Samaritain nous dit qu’elle n’a pas de prix. La vie du blessé était en danger et elle devait être préservée. Le débat s’arrête là. Il n’est plus question de savoir si on a fait ce qu’il fallait. Il n’est pas question non plus de juger le comportement de l’un ou de l’autre, Jésus ne le fait pas, mais il nous entraîne dans une autre direction. Il nous invite à faire une descente au fond de nous-mêmes pour nous demander à qui ou à quoi nous donnons priorité dans nos actions. Est-ce notre intérêt personnel ou celui des autres ? Est-ce notre bonne conscience qui guide nos décisions ou l’amour du prochain ? Il ne s’agit pas ici d’avoir la réponse juste et de respecter le bon comportement, il s‘agit de percevoir quels sont les impératifs de notre foi que Dieu a inscrits en nous et que notre intelligence nous donne de découvrir. Il s’agit simplement d’être en harmonie avec Dieu et de comprendre que Dieu donne priorité à tout ce qui est porteur de vie : la vie de chaque jour pour ce temps et ensuite la vie éternelle, la qualité de la première étant une annonce de la seconde.

Quoi que nous fassions ou que nous ne fassions pas, notre salut éternel n’est pas mis en cause et les pinailleurs de la morale n’y trouveront pas leur compte. Jésus répond à celui qui l’interroge sur la vie éternelle en disant que la vie est au centre de la préoccupation de Dieu. « Si tu es en Dieu, tu es déjà dans la vie éternelle, il t’appartient de manifester cette certitude dans toutes tes actions. Il s’agit simplement de rendre manifeste la foi qui est en toi. »

samedi 19 juin 2010

L'envoi des soixante dix ou le doigt de Dieu Luc 10:1-20 dimanche 4 juillet 2010




Luc Chapitre 10


Jésus envoie soixante-douze disciples 1Après cela, le Seigneur en désigna soixante-douze autres et les envoya devant lui, deux à deux, dans toute ville et en tout lieu où lui-même devait se rendre. 2 Il leur disait : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. 3 Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. 4 Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. 5 Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : « Que la paix soit sur cette maison ! » 6 Et s'il se trouve là un homme de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous. 7 Demeurez dans cette maison-là, mangez et buvez ce qu'on vous donnera, car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. 8 Dans toute ville où vous entrerez et où l'on vous accueillera, mangez ce qu'on vous offrira, 9 guérissez les malades qui s'y trouveront, et dites-leur : « Le règne de Dieu s'est approché de vous. » 10 Mais dans toute ville où vous entrerez et où l'on ne vous accueillera pas, allez dans les grandes rues et dites : 11 « Même la poussière de votre ville qui s'est attachée à nos pieds, nous la secouons pour vous la rendre ; sachez pourtant que le règne de Dieu s'est approché. » 12 Je vous dis qu'en ce jour-là ce sera moins dur pour Sodome que pour cette ville-là.

Les villes qui refusent de croire

13Quel malheur pour toi, Chorazin ! Quel malheur pour toi, Bethsaïda ! Si les miracles qui ont été faits chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient changé radicalement, qu'ils se seraient vêtus de sacs et assis dans la cendre ! 14C'est pourquoi, lors du jugement, ce sera moins dur pour Tyr et Sidon que pour vous. 15Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Tu descendras jusqu'au séjour des morts !

16Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous rejette me rejette, et celui qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé.

Le retour des soixante-douze disciples

17Les soixante-douze revinrent avec joie et dirent : Seigneur, même les démons nous sont soumis par ton nom. 18Il leur dit : Je voyais le Satan tomber du ciel comme un éclair. 19Je vous ai donné l'autorité pour marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous faire de mal. 20Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux.




« Quand le sage désigne le ciel de son doigt, l’insensé regarde le doigt » dit un proverbe chinois. Souvent le lecteur de l’Evangile regarde le doigt de celui qui lui montre le texte et oublie de chercher ce qu’il y a au-delà du texte. Ce passage que nous venons de lire se prête facilement à ce genre d’exercice. On cherche la signification de tous les détails du récit sans se rendre compte qu’il a pour intention de nous faire découvrir le Royaume de Dieu dont Jésus essaye de tracer les contours. Quant à nous, c'est en nous mettant à sa suite que nous en poserons les fondations.


Ceux qui se contentent à regarder le doigt se posent toutes sortes de questions sur le comportement des 70 sans vraiment chercher où cela les mène. Ils se demandent si cette histoire s’est produite comme elle est racontée ou même si elle s’est vraiment produite. On s’interroge pour savoir s’ils ont vraiment guéri des malades, et si oui, pourquoi cela n’a pas duré ? On se demande comment ces gens qui n’avaient pas une foi aussi élaborée que la nôtre, puisque la résurrection de Jésus ne s’était pas encore produite avaient pu réussir à faire les miracles que nous, nous n’arrivons toujours pas à faire ? Pourquoi n’avaient-ils ni sac, ni sandales, ni bourses ?


Avec tous ces pourquoi que nous nous posons au sujet de problèmes qui restent secondaires et au sujet des quelles nous n’aurons pas de réponse, nous occultons le sens profond du récit. Nous persévérons à regarder le doigt qui nous montre ce qui est écrit, et nous émoussons la pointe du texte qui se trouve ailleurs. Il nous faut d’abord découvrir quel est le but que recherche Jésus. En fait ce récit répond à une question que se posait Jésus dans le chapitre précédent et que nous n’avons peut être pas repérée, parce que la coupure opérée artificiellement par le changement de chapitre nous l’a dissimulé. En fait, Jésus s’interrogeait sur le sens du Royaume de Dieu. Il voulait savoir qui est bon pour le Royaume de Dieu . Naturellement, cette première question en appelle une seconde : Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?


C’est donc à nous maintenant de trouver les bonnes réponses à ces deux questions. Le récit de l’envoi des 70 nous est donné pour que nous y trouvions la réponse à la première question : qui est bon pour le Royaume ? Naturellement c’est le comportement de Jésus qui nous aide à trouver la réponse. C’est la remarque que Jésus fait après avoir entendu le récit que les 70 font à leur retour qui va nous mettre sur la voie : « Je voyais Satan tomber du ciel » dit-il.


Au premier abord, une telle remarque nous surprend plus qu’elle nous aide à comprendre. C’est pourtant en elle que se tient la réponse que nous cherchons, mais il suffit que l’on prononce le nom de Satan pour que nous nous mettions à gamberger et à formuler toutes sortes d’interprétations qui nous éloignent du texte. Il nous faut encore une fois éviter de regarder le doigt à la place de ce qu’il montre. Le mal, grâce à quoi Satan étend son emprise sur le monde est un fait établi et nous éviterons de faire des commentaires sur ce point. Nous nous attacherons cependant sur le fait que le texte nous dit simplement que les 70 envoyés en mission œuvrent de telle sorte que Jésus voient Satan tomber du ciel. Cela veut dire que par leur action Satan, ou le mal, est défait d’une partie de sa puissance. Mais cela ne signifie pas qu’il ait perdu tout pouvoir, loin de là.


Ceux qui tiennent absolument à regarder le doigt qui leur désigne Satan plutôt que ce qu’il signifie se souviendront du récit que donne Esaïe dans un texte célèbre que l’on connaît sous le nom de la chute de Satan : « et toi astre brillant tu es tombé du ciel, Tu as été abattu toi qui dominais les nations, ... Mais on t'a fait descendre au séjour des morts. " (1) … » Il découvrirons que c’est sans doute à ce récit que Jésus fait allusion, mais que cela n’a sans doute pas d’importance.

Ce qui est important c’est que le succès de l’entreprise des 70 contribue à la chute de Satan, c’est à dire que par leur action ils ont contribué à atténuer les effets du mal dans les lieux où ils sont passés ! Nous percevons donc là comme un début de réponse à notre deuxième question qui était de savoir ce qu’était le Royaume. Le Royaume de Dieu est donc une réalité où le mal perd ses effets destructeurs sur les hommes et sur le monde. Les 70 sont invités à découvrir que pendant les quelques jours de leur mission, ils ont été capables de participer à la lutte contre le mal et par voie de conséquence à l’édification du Royaume.

Vous avez sans doute remarqué que pendant que ses disciples étaient à l’œuvre, Jésus s’était mis en retrait, il s’est tenu à l’écart des événements. Il a envoyés ses amis deux par deux, il a observé de loin leur action sans y participer vraiment et il a montré sa satisfaction en constatant les résultats de ce qu’ils avaient fait. En agissant comme il l’a fait, Jésus a voulu nous montrer qu’il identifiait son rôle avec celui de Dieu. Nous comprenons alors plus facilement comment Dieu réagit en face du mal qui fait tant de ravages dans la société des hommes.

Jésus ne donne pas un cours de théologie mais il fait une simulation grandeur nature pour que nous comprenions mieux comment Dieu se tient en retrait des actions de ce monde et comment il implique les hommes dans l’accomplissement de la création. A ce moment de notre propos, il n’est pas opportun de discuter sur les causes ou les origines du mal. Cela consisterait à regarder le doigt, fut-il le doigt de Dieu à la place de ce qu’il désigne. Il nous montre que Dieu a décidé d’agir contre le mal par la main des hommes. Il n’agit pas personnellement pour le détruire mais il transfert aux hommes le pouvoir de lutter contre lui pour en atténuer les effets. Voilà donc la réponse à la première question qui consistait à savoir qui était capable de construire le Royaume?

Certes les hommes n’ont pas le pouvoir de détruire le mal, ils sont seulement capables d’en atténuer les effets. Le Royaume de Dieu ne s’établira que plus tard, dans un temps que nous ne connaissons pas, mais pour que ce temps puisse venir, il faut que les bases du Royaume soient déjà posées. C’est ce que les hommes sont sensés faire ! Ce que l’esprit de Dieu qui nous anime nous demande de faire, c’est de tout mettre en œuvre pour que les hommes comprennent que Jésus est venu parmi nous pour nous engager à lutter personnellement contre toutes les œuvres du mal. Tout se passe comme si Dieu se réservait d’agir au moment que lui seul connaît, mais que ce moment ne pourra se produire que si les missionnaires que nous sommes accomplissent correctement leur œuvre.

Dieu se retirerait donc du monde pour attendre que notre capacité d’agir dans le sens souhaité se mette vraiment en place. Nous vivons actuellement ce temps de la mission et chacune et chacun de nous reçoit de Dieu la possibilité de l’exercer. La lecture du texte nous laisse entendre que ce ne sera pas facile et que nous ne réussirons pas à tous les coups. Il nous est cependant dit qu’en cas d’échec il faudra continuer. Il ne faudra pas forcément s’acharner sur ce qui n’aura pas marché, et en cas d’échec porter nos pas plus loin, sur d’autres projets.

Il nous faut maintenant comprendre que ce n’est pas nous qui avons le pouvoir de décider quand et où nous devons agir ni avec quels instruments nous le ferons. Ceux que Jésus a envoyés cette fois là n’avaient ni argent ni sandales ni sac. Cela signifie sans doute qu’ils n’en avaient pas besoin. Ce ne sont pas les instruments qui sont à notre disposition qui auront priorité dans notre action, mais ce qui est le plus important ce sont nos motivations qui nous sont dictées par Dieu.

Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous servir des instruments que nos compétences nous ont acquis ou que la science nous donne, mais cela veut dire que le but premier de ces actions que Dieu souhaitent que nous entreprenions est la recherche de l’intérêt qu’en retireront les autres, et non pas nous-mêmes. Ainsi chaque acteur, dans cette grande entreprise ne doit pas chercher la gloire qu’il en retirera, ni la fortune qu’elle lui apportera, mais que sa seule valeur sera l’intérêt qu’elle aura pour les autres. Celui qui se sait à l’œuvre pour les autres doit se persuader qu’il ne travaille nullement pour sa propre gloire et qu’elle ne doit lui apporter aucun avantage personnel, si non la satisfaction du devoir accompli. Le plus bel exemple me paraît être celui moines de Tibérine qui achevèrent leur œuvre dans une mort discrète dont seul le silence des montagnes a gardé le secret.

C’est ainsi que le Royaume de Dieu se prépare par des hommes et des femmes qui se sentent envoyé par Dieu dans une mission où seul l’intérêt des autres est à envisager. Un seul regard sur le monde qui nous entoure nous montre qu’il y a encore beaucoup de gens à gagner à de telles idées et que ce n’est pas le moment de baisser les bras.

(1) Esaïe 14:12-15

Le doigt de Dieu montre l'homme
Le doigt de l'homme montre Jésus en qui il reconnaît Dieu
Le doigt de l'enfant montre l'avenir



mardi 15 juin 2010

L'espérance Luc 9: 51-62 dimanche 26 juin 2016





L'Espérance


Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem 52 et il envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui. 53 Mais on ne l'accueillit pas, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem. 54 Quand ils virent cela, les disciples Jacques et Jean dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel pour les détruire ? 55 Il se tourna vers eux et les rabroua. 56 Et ils allèrent dans un autre village. 57 Pendant qu'ils étaient en chemin, quelqu'un lui dit : Je te suivrai partout où tu iras. 58Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où poser sa tête. 59 Il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci répondit : Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. 60 Il lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t'en annoncer le règne de Dieu. 61 Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison. 62 Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas bon pour le royaume de Dieu. ...

« Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu »


C’est sans doute la seule fois dans l’Écriture que Jésus aborde un domaine qui relève de ses compétences professionnelles. Il parle en effet de ce qu’il connaît professionnellement. En tant que charpentier, il confectionnait la partie en bois des charrues et il savait qu’en appuyant plus fort sur un mancheron que sur l’autre on faisait dévier l’instrument. Ce mouvement provoquait un déséquilibre de la charrue qui traçait alors un sillon tordu. Le fait de se détourner pour regarder en arrière impliquait forcément une pression plus forte sur un mancheron que sur l’autre du fait du déhanchement que provoquait ce mouvement. Ainsi celui qui regarde en arrière en labourant est incapable de faire un travail correct et un sillon droit. Il doit donc rester l’œil fixé droit devant lui sur la lisière du champ pour faire du bon travail.


Or Jésus enseigne qu’on ne peut être utile pour le Royaume de Dieu que si on regarde en avant, car c’est l’avenir qui est important. C’est devant nous que se tient l’avenir à construire. Ce que l’on doit construire est forcément en face de nous. Ce qui est derrière est déjà passé et on ne peut plus rien faire pour le changer. Jésus se désolidarise ainsi de tous ces croyants qui croient bien faire et qui passent leur temps à se lamenter sur le passé, sur les fautes qu’ils ont commises et surtout sur celles que les autres ont commises. Ils insistent sur les conséquences qu’elles peuvent avoir, sur la nécessité du repentir et de changer de sentiments et d’attitude « Laissez au passé le soin du passé, » semble dire Jésus à ses disciples, « vous ne serez pas jugés sur la manière dont vous vous serez lamentés sur le passé, mais sur la manière dont vous allez participer à la construction de l’avenir »


Jésus n’ignore pas que le passé peut avoir de lourdes conséquences sur le comportement des individus. Il sait bien que le poids de la faute est parfois tel qu’on se refuse à pouvoir envisager de vivre normalement le futur. Il sait bien qu’il ne suffit pas de vouloir oublier le passé pour que cela se fasse. Il sait tout cela, c’est pourquoi il proclame très fermement le pardon de tous les péchés sans exception. Il prétend que Dieu se charge de notre passé pour nous permettre d’avancer vers l’avenir. Dieu se charge de gérer notre passé et nous rend responsables du futur que nous allons construire.


Pour ceux dont le passé est trop lourd à porter, c’est à dire pour la plupart des hommes, il leur propose d’opérer un transfert sur lui. Il décide donc d’assumer le poids de leurs fautes jusqu’à en mourir. Pour que les amis de Jésus puissent se sentir libérés de leur passé c’est lui qui le prend en charge et il en meurt, mais cela n’a vraiment d’effet que si on accepte de se déculpabiliser de son passé et de regarder vers l’avant. Ceux qui acceptent de relever ce défi doivent entreprendre de construire avec Jésus des œuvres qui sont porteuses de vie. Tel est le sens que Jésus dans son amour donne à sa mort. Il voulait qu’elle soit suffisamment exemplaire pour que nous puissions opérer sur elle nos transferts de responsabilité. La seule attitude qui nous est demandée c’est de croire que Dieu cautionne cet acte d’amour car ce transfert de notre culpabilité sur Jésus est pour lui la seule manière de libérer l’avenir, afin que le passé ne pèse plus sur nous. Celui qui n’accepte pas cela « n’est pas bon pour le Royaume de Dieu », car il ne pourra pleinement construire son avenir que s’il est libre d’exercer à nouveau sa faculté d’agir et d’aimer.


Quand nous saisissons les mancherons de la charrue pour tracer le sillon de la vie que Dieu nous propose, nous devons garder les regards fixés sur l’éternité qui se trouve à la l’orée du champ. L’avenir que nous construisons avec Dieu est porteur de la vie qu’il promet. Il a pour but l’amour du prochain et donc son mieux être. Ainsi nous sommes destinés à avancer sereinement à la rencontre d’un avenir heureux habité par Dieu.


Mais tout cela relève d’une utopie apparemment irréalisable, sommes-nous amenés à penser en regardant évoluer notre société. Chacun sait que les outils dont nous nous servons pour construire l’avenir sont le produit du passé. C’est avec des idées mille fois répétées et réactualisées que nous forgeons les idées nouvelles. Nous nous appuyons aussi sur des principes acquis, qui ont fait leurs preuves dans le passé pour entreprendre ce que nous construisons, si bien que nous puisons la nouveauté de nos entreprises sur le passé qui nous les a transmises.


De tout temps, les hommes ont construit le futur en rivalisant entre eux, si bien que les termes d’amour et de fraternité que nous empruntons à l’Évangile et que Jésus nous propose comme les éléments nouveaux pour édifier son Royaume semblent parfaitement obsolètes en matière de projets d’avenir. Ces termes ne semblent pas devoir être retenus par ceux qui font des projets sérieux. La compétitivité devient l’idée force pour entreprendre des projets porteurs .


Quand on se présente devant un employeur, comment ne pas faire valoir ses capacités à faire mieux que les autres ? Comment ne pas faire état de ce que l’on a réussi par le passé ? Notre vie entière est organisée en fonction des expériences que la vie nous a apprises et ce sont les expériences du passé qui nous apprennent à ne pas trébucher à nouveau. Tout cela est plein de bon sens et Jésus ne le contesterait sans doute pas, mais ce qu’il nous demande d’intégrer, c’est une autre manière de voir les choses que nous appelons l’espérance.


L’espérance nous demande de refuser de croire que l’avenir sera la répétition du passé avec ses mêmes échecs, ses mêmes contraintes, ses mêmes rivalités, et que les générations futures serons dominées de la même manière que celles du passé par les castes privilégiées de ceux qui sont plus chanceux et plus intelligents que les autres. L’espérance nous invite à croire que l’indifférence au sort des autres ne sera pas toujours la règle générale et que les méchants et les égoïstes ne seront pas toujours les plus nombreux.

L’espérance consiste à croire qu’à force de se déverser sur le monde, l’amour, tel que Jésus nous l’a enseigné, finira bien par triompher. L’espérance consiste à regarder tout ce qui se fait et tout ce qui s’entreprend avec optimisme parce qu’une partie des hommes qui les mettent en œuvre est habitée par l’esprit de Dieu et que cette puissance de Dieu qui est en eux finira par influencer ce sur quoi ils agissent.


Plus le nombre des humains augmente sur notre planète, plus le nombre de ceux qui sont habités par l’esprit de Dieu augmente, si bien que nous devons renoncer à croire à la fatalité selon laquelle le côté négatif des choses sera toujours plus efficace que le côté positif, car si cela était vrai, il y a longtemps que l’humanité aurait cessé d’exister.


Si Dieu ne se voit pas dans des actions qui sont sensées manifester sa toute puissance, la présence de Dieu se voit dans l’acharnement que l’humanité exerce sur elle-même pour résister à toutes les forces mauvaises qui ne réussissent pas à l’entraîner vers sa perte. Ainsi, celui qui est habité par l’esprit que Dieu met en lui peut-il saisir vigoureusement les mancherons de la charrue.


Il sait que les expériences de son passé ne peuvent servir qu’à lui permettre de regarder l’avenir avec intérêt. Il sait aussi, qu’en dépit des apparences, Dieu agit au cœur de l’humanité, pour que chaque jour, des humains souvent invisibles et anonymes soient visités par son esprit et se mettent à faire ce qu’il souhaite qu’ils fassent. Dieu s’appuie sur des gens qui construisent leur avenir en mettant en pratique toutes les dimensions du Royaume dont Jésus a ébauché les contours dans son Évangile. Ils croient qu’il se réalisera un jour par les mains entreprenantes de tant d’hommes et de femmes dont nous sommes.








mardi 1 juin 2010

Qui est Jésus ? Luc 9:18-27 dimanche 20 juin 2010



Pierre déclare que Jésus est le Christ

18 Un jour qu'il priait à l'écart et que les disciples étaient réunis auprès de lui, il leur demanda : Au dire des foules, qui suis-je ? 19 Ils répondirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres encore, un des anciens prophètes qui s'est relevé. 20— Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? Pierre répondit : Le Christ de Dieu. 21 Il les rabroua, en leur enjoignant de ne dire cela à personne, 22 ajoutant qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué et qu'il se réveille le troisième jour.

Comment suivre Jésus

23 Il disait à tous : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive. 24 Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la sauvera. 25 Et à quoi sert-il à un être humain de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? 26 En effet, quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire, dans la gloire du Père et des saints anges. 27 Et je vous le dis, en vérité, quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu.

Et vous, que dites-vous de Jésus? Il est Dieu, fils de Dieu, Messie peu importe, chacun a sa réponse, chacun a sa relation personnelle à Dieu, mais quoi qu’on en dise, on est obligé de reconnaître que Jésus est venu vers les hommes sous des apparences modestes. Il a tenu à rester humble. Il a choisi de nous présenter une image de Dieu que nous aurions plutôt tendance à réfuter. Il présente Dieu comme le Dieu de l’impossible. Il montre Dieu sous les traits de celui que l’on rejette. Le Dieu tel que Jésus le présente se plaît à ressembler à celui qui souffre, à celui qui est humilié ou incompris. Il s’identifie à celui que l’on rejette, à celui que l’on abandonne quand la mort le menace. Il est aussi celui qu’on ne reconnaît plus quand la résurrection le propulse dans notre existence d’humain.

Jésus nous propose une image de Dieu qui nous provoque car elle ne correspond pas à nos désirs. Nous aspirons à reconnaître en Dieu une puissance qui se voit et qui intervient d'une manière manifeste dans la vie des hommes. Comme cela ne se voit pas d'une manière évidente, Dieu semble absent de notre monde. Sans vraiment vouloir être provoquant et en regardant simplement fonctionner notre société française, nous constatons que nous vivons dans un monde qui nie l’existence de Dieu ou plutôt qui se passe de lui. Notre référence à Dieu reste floue et on n’a pas l’impression de le voir intervenir dans le cours des choses. On le dit attentif aux hommes et pourtant cela ne se voit pas, cependant, cela n’empêche pas que beaucoup parmi eux s’appliquent à lutter contre les souffrances et les exclusions, contre les maladies et contre la mort même.

Le monde des humains, si détachés de Dieu en apparence ne l’est pas tellement en profondeur. En effet, les plus entreprenants parmi eux s’appliquent à intervenir dans les lieux où Jésus a dit que Dieu se cachait, c’est à dire les lieux de détresse. A force d’intervenir là où Dieu se cache, on finira bien par le trouver, même si cela prend du temps.

Jésus donc, nous présente l’image d’un Dieu qui se cache derrière tous les scandales humains qui nous provoquent et nous interpellent: les guerres d’hégémonie qui oppriment les minorités ethniques, les enfants contraints au travail ou à la prostitution, les vieillards enfermés dans la solitude de l’oubli, les jeunes en quête d’espérance, les adultes dans leur combat contre le chômage, les immigrés dans leurs désirs de papiers régularisés, les femmes, dans leur provocation à l’égalité, autant de lieux où Dieu se cache.

Mais pourquoi avoir choisi les misères humaines pour s’y dissimuler? pourquoi avoir choisi l’inacceptable afin de se révéler? Parce qu’il nous attend sur les lieux même où son adversaire semble le plus fort et il veut l’affronter là où il nous opprime pour mieux le tourner en dérision. Son adversaire qui est-il? le diable, le mal, la mort ou l’homme lui-même?

Certains, peut être, en entendant parler du diable commencent à se demander où je vais les embarquer; d’autres par contre, se réjouissent en pensant que j’ai enfin compris les enjeux du monde de demain. Il espèrent que je vais vous enjoindre à vous retirer hors de ce monde pervers, et que je vais vous inviter à vous enfermer dans la bulle confortable d’une communauté toute attentive à la prière et à la morale.

Et bien non, je ne vais pas le faire parce que le texte que nous avons lu ne nous entraîne pas dans cette direction. Le texte nous dit simplement que la mort, sous tous ses aspects est un obstacle à la manifestation de Dieu et que Jésus nous attend dans les lieux où le pouvoir de la mort la rend insupportable. La mort est insupportable parce que ni elle, ni la souffrance qui l’accompagne, ni l’injustice ne font partie du programme de Dieu. En Jésus Christ, Dieu se désolidarise définitivement de tout ce qui porte atteinte à l’homme. Mais s’il se désolidarise du mal et de la mort, il n’en ignore pas pour autant les effets, c’est pourquoi il se place sur le terrain de la mort et du mal, non pas pour les anéantir mais pour les surmonter.

Il semble que le mal et la mort ne soient pas voulu par Dieu, mais ils font partie du mystère du monde où nous vivons, même si cela dépasse notre compréhension, cela fait partie de notre monde ! Tout se passe comme si, Dieu, ayant maîtrisé le cahot au commencement de toute chose avait continué son œuvre en libérant le monde. Pour participer à cette entreprise de libération il a confié à « l’homme pensant » que nous sommes le soin de continuer son combat contre la mort et le mal. Le mal et la mort restent donc les ennemis à abattre.

Depuis que l’homme existe, Dieu a passé avec lui un contrat de collaboration qui consiste à travailler en association avec lui afin d’organiser le monde pour qu’il évolue harmonieusement pour le mieux être des hommes. Dieu envoie au combat tous ces hommes et toutes ces femmes qui acceptent de faire alliance avec lui. Ils se mettent à l’œuvre pour que sans relâche et avec ingéniosité ils repoussent l’adversaire. Ils deviennent ainsi les témoins d’ une vie qui dépasse la mort et que faute de mieux on appelle la résurrection.

En effet, la résurrection fait partie du programme de Dieu, ce n’est pas un palliatif qu’il aurait inventé pour contrecarrer un dérapage supposé de la création. La résurrection fait partie intégrante de la vie chrétienne et de l’espérance. Elle en est l’aboutissement normal, c’est pourquoi Jésus se situe là où elle risque d’être le plus contestée, c’est à dire au cœur même de la violence et de la mort. Jésus s’y trouve et nous invite à l’y rejoindre afin que par la manifestation de notre espérance la fatalité du mal se trouve tellement contestée qu’elle finira par disparaît.

Après ces réflexions, la question posée au début « qui dites vous de Jésus » n’a plus de raison d’être. Inutile de chercher à expliquer ou à justifier ou à démontrer la réalité de Dieu en Jésus Christ. Nous découvrons dans tout cela que Dieu ne s’invente pas et qu’il ne se démontre pas. Il se manifeste et ceux qui ont compris tout ça et qui s'efforcent alors de le rejoindre là où il est le moins visible: dans les lieux de la souffrance et du rejet, dans les lieux de la provocation et du désordre afin que tout cela s’apaise.

On découvre, encore une fois, que les autorités religieuses, contemporaines de Jésus, n’avaient rien compris. Elles avaient voulu enfermer Dieu dans des rites religieux, tels les sacrifices et les pèlerinages et même les prières rituelles alors que lui voulait se faire reconnaître en partageant la vie des hommes. N’ayant rien compris ils ont réclamé la tête de Jésus, prenant ainsi le parti de la violence pour défendre la dignité d’un Dieu qui ne leur demandait rien, si non de le suivre sur le chemin des hommes.

Les Eglises d’aujourd’hui l’ont-elles mieux compris? Ainsi, ni la violence ni la haine, ni l’injustice ne sont des éléments que l’on peut faire valoir pour nier la réalité de Dieu. Combien de fois faudra-t-il entendre encore cette affirmation tant de fois répétée qu’elle fait concurrences à l’Evangile: «puisqu’il y a tant de mal dans le monde, c’est que Dieu n’existe pas ». Bien au contraire, Dieu nous invite à le rejoindre sur les lieux de violence afin que la violence cesse, puisqu’elle est contraire à Dieu et que la résurrection apparaisse comme une réalité normale qui s’inscrit dans le cours des choses. Dieu l’ a créée de toute éternité afin de nous en revêtir l’heure venue.

Arrivé à ce point de mon propos, je ne peux garder pour moi, plus longtemps ces lignes de Khalil Gibran que je livre à votre méditation en guise de conclusion.


Alors Almira parla disant : Nous voudrions maintenant vous questionner sur la mort.

Et il dit : Vous voudriez connaître le secret de la mort ? Mais comment le trouverez-vous si non en le cherchant dans le cœur de la vie?...

...Si vous voulez vraiment contempler l’Esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie. Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l’océan sont un.

Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse connaissance de l’au-delà Et telles des graines rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.

... qu’est-ce que mourir si non se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?

Et qu’est-ce cesser de respirer, si non libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu’il puisse s’élever, se dilater et rechercher Dieu sans entraves?

C’est seulement lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter. Et lorsque la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.

Le prophète page 80


Ce sermon est accompagné de portraits représentant Jésus, sans doute tous sont-ils loin de la réalité, mais certains peut-être parleront-ils à vos facultés d'imaginer?