vendredi 13 octobre 2017

Exode 22/20-26 Dieu est-il un Dieu interventionniste? dimanche 29 octobre 2017



Exode 22/20- 26 

20Tu n'exploiteras pas l'immigré, tu ne l'opprimeras pas : vous avez été des immigrés en Égypte.
21Vous n'affligerez jamais la veuve ni l'orphelin.
22Si tu les affliges et qu'ils crient vers moi, j'entendrai leurs cris ;
23je me mettrai en colère, et je vous tuerai par l'épée : vos femmes seront veuves, et vos enfants orphelins.
24Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, au pauvre qui est chez toi, tu ne te comporteras pas à son égard comme un prêteur sur gages : tu n'exigeras pas de lui un intérêt.
25Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil ;
26car sa seule couverture, c'est le manteau qu'il a sur la peau : dans quoi coucherait-il ? S'il crie vers moi, je l'entendrai, car je suis clément.

 Voir aussi le fils prodigue Luc 15 :11-32





Le Livre de l’Exode mériterait qu’on s’y attache davantage, car placé en deuxième position des livres de la Bible, son message est perçu par ceux qui nous l’ont transmis comme essentiel pour nous dire la révélation de Dieu. Il nous le présente comme un Dieu qui  libère les hommes de leurs oppresseurs. ( Nous en éclairerons la lecture du fragment proposé pour ce jour par la parabole du fils prodigue dont nous garderons les péripéties présentes à  l’esprit.) En fait ce n’est pas Dieu qui libère vraiment,  comme ce n’est pas le Père du fils prodigue qui rend son fils libre,  mais il lui en offre la possibilité. Ainsi Dieu  pousse les hommes à se libérer eux-mêmes et il les accompagne dans cette entreprise.

Sous son impulsion, les hommes deviennent les instruments de leur propre destin  et sous l’inspiration de Dieu ce destin leur devient favorable.  Ainsi, ceux qui nous ont transmis ces récits ont cherché à nous dire que l’esprit des hommes était habité par le désir de ne pas vivre captifs des autres quels qu’ils soient, et que Dieu se trouvait sur le chemin de ceux qui veulent  œuvrer à réaliser par eux-mêmes leur propre histoire. Dieu  n’est  sans doute pas un Dieu interventionniste qui  agirait avec puissance dans le cours des événements, il  se contenterait d’intervenir  auprès des hommes par la puissance de son esprit qui sans cesse les pousse à se prendre eux-mêmes en charge et à construire leur avenir.

Bien évidemment, les Hébreux qui sont les héros  de cette histoire vont refuser cette image de Dieu, ils vont même le provoquer pour qu’il intervienne et Dieu, pour que l’histoire ait du  sens accepte d’être perçu comme tel. Il affirme sa puissance devant le pharaon.  Il écarte la mer  pour rendre possible le passage des fugitif vers une terre de liberté, il couvre les buissons de substance nourrissante pour que le peuple en fuite ne meure pas de faim, il cache des sources sous les rochers pour qu’il n’ait plus soif.  Cette image de Dieu qui intervient quand on le supplie cache  l’autre image de Dieu, celui qui inspire, qui donne espoir et montre la route à suivre


Ainsi, deux images de Dieu rivalisent-elles sous nos yeux alors que nous parcourons ce livre. Il est bien évident que c’est l’image de Dieu qui intervient qui a la faveur des auteurs de ce récit mais que notre raison récuse. Ces deux images de Dieu correspondent aussi aux aspirations profondes de l’humanité.  En effet,  si les humains aspirent à être pris par la main pour avancer, s’ils aspirent à être protégés quand ils se sentent  menacés et s’’ils espèrent  que Dieu fera face pour eux  aux adversités,  leurs pensées profondes  s’opposent  aussi à ce Dieu auquel ils aspirent mais qui  les place sous la dépendance de ses interventions, comme par magie.

Il y a donc un autre aspect du divin auquel nous aspirons. Il correspond  à ce moment où quittant l’enfance, nous cherchons à rejeter la tutelle de nos parents pour  se laisser habiter par des idées nouvelles  et  prendre en charge notre vie nous-mêmes.  Apparemment c’est cet aspect de Dieu qui  nous pousse à  devenir responsables de nous-mêmes, qui prend le pas sur cet autre aspect de Dieu dans cette histoire.  Mais ces forces qui émanent de Dieu rivalisent entre elles et nous préférons que Dieu réalise nos désirs de vie plutôt que de les réaliser nous-mêmes sous son inspiration. Malgré le désir d’indépendance que Dieu nous inspire, malgré le désir d’assumer nous-mêmes nos responsabilités,  nous n’osons pas le mettre en pratique  et   nous cherchons  quand même à nous réfugier  sous la protection de ce Dieu que nous aimerions voir agir à notre place.

C’est dans  cette double tension vis-à-vis de Dieu que nous nous réfugions aujourd’hui. Nous refusons ce Dieu interventionniste au nom de nos philosophies contemporaines et au nom de la science qui a lentement  édulcoré  cette image de Dieu.  Mais nous refusons aussi l’autre image de Dieu, car nous voulons être maîtres de notre destin en contestant le fait que Dieu puisse nous inspirer ce que nous devrions faire ou penser. Nous pensons  qu’il peut y avoir des idées nouvelles qui font l’économie de Dieu. Nous voila dans la situation du fils prodigue qui veut faire sa route tout seul et qui se croyant capable de diriger sa vie  tout seul se prive de son père et se trouve très vite en situation d’échec. Il se précipite alors dans les bras paternels  espérant que celui-ci interviendra, comme quand il était  un petit enfant.

Les peuples et les individus en passent tous par là et Jésus a bien vu la situation quand il raconte cette parabole célèbre du fils prodigue. La parabole s’achève sur un question ouverte et on ne sait pas comment elle peut finir.   Mais le livre de l’Exode ne s’arrête pas sur une interrogation comme la parabole, au contraire il s’achève sur l’espérance d’une marche en avant en compagnie de l’Eternel dans le respect  de sa volonté.

Mais en quoi consiste la volonté de Dieu ? Elle réside dans la découverte d’un  secret concernant le mieux vivre ensemble  dont dépend la réussite de toute entreprise humaine.  Ce secret, chacun devra le découvrir  mais aura du mal à l’accepter. Il  réside dans la manière dont chaque individu et chaque peuple se comportera vis  à vis de l’autre.  L’autre, le prochain le frère, doit avoir priorité dans toutes nos actions.

C’est ce que  le frère du fils prodigue n’a pas compris quand  il reste à la porte du jardin pour bouder au lieu d’accueillir son frère.  Cette découverte de la valeur de l’autre doit triompher de notre égoïsme et contient le secret de la vie, car  l’amour qui lui donne sa valeur est la définition même que Jésus donne à Dieu. Ce Dieu cesse alors d’être le  Dieu interventionniste pour devenir celui  qui nous pousse à vivre en compagnie des autres car c’est la seule manière d’accomplir heureusement son destin

Encore une remarque avant de clore cet entretien.  Si dans le commentaire qui est fait de la loi dans les versets qui ont été lus pour soutenir ce sermon les écrivains bibliques  ont laissé planer l’idée de mort contre ceux qui ne la respecteraient pas, il ne s’agit pas d’une mort due à la condamnation des transgresseurs par Dieu, bien que cela soit suggéré, mais il s’agit là de la conséquence  inéluctable du manque d’amour à l’égard de l’autre, du prochain, ou  du frère. En fait ce n’est pas Dieu qui punit mais c’est la conséquence de nos comportements  discriminatoires à l’égard des autres que  l’on voudrait faire endosser à Dieu mais qui découle  tout naturellement du mauvais  comportement que nous pourrions avoir avec les autres. 








mardi 10 octobre 2017

Esaïe 45/1-6 Dieu dans l'histoire dimanche 22 0ctobre 2017



Esaïe 45 :1-6
 

Chapitre 45

1 Voici ce que dit le SEIGNEUR à l'homme qui a reçu son onction, — à Cyrus, que j'ai saisi par la main droite, pour terrasser devant lui des nations, pour détacher la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les deux battants, et que les portes des villes ne soient plus fermées :

2 Je marcherai moi-même devant toi, j'aplanirai les pentes, je briserai les battants de bronze et je casserai les verrous de fer.

3 Je te donnerai des trésors enfouis, des richesses cachées, afin que tu saches que c'est moi, le SEIGNEUR (YHWH), qui t'appelle par ton nom, et que je suis le Dieu d'Israël.

4 A cause de Jacob, mon serviteur, d'Israël, celui que j'ai choisi, je t'ai appelé par ton nom ; je t'ai paré d'un titre, sans que tu me connaisses.

5 Je suis le SEIGNEUR (YHWH), et il n'y en a pas d'autre, à part moi il n'y a pas de Dieu ; je t'ai préparé au combat, sans que tu me connaisses,

6 afin que l'on sache, du soleil levant au couchant, qu'en dehors de moi il n'y a que néant : je suis le SEIGNEUR (YHWH), et il n'y en a pas d'autre.




Sans le savoir, Cyrus est entré dans le projet de Dieu.  Ce roi  païen est devenu à son insu un des héros de l’histoire d’Israël  et il a été perçu par le prophète Esaïe comme un instrument dans la main de Dieu  pour que s’accomplisse le destin du peuple juif. Par le truchement du prophète il a été inscrit sur  la liste de ceux que Dieu auraient  mis à part pour que l’histoire d’Israël s’accomplisse  heureusement. Il  serait  ainsi  entré dans le  projet  divin sans s’en apercevoir. Il y a même fort à parier que cette révélation d’Esaïe n’a jamais  été portée à sa connaissance. Si le prophète le revêt ici du titre de Messie, le roi des Perses n’en a sans doute  jamais  rien su.

Après ces quelques paroles d’introduction, il n’est pas inutile que nous nous interrogions sur la manière dont Dieu intervient dans l’histoire  et comment il se servirait des puissants, bien malgré eux pour que s’accomplisse l’histoire.  N’a-t-il pas été dit que pour libérer les Hébreux  captifs en terre D’Égypte, Dieu endurcit le cœur de pharaon  et qu’il fut ainsi manipulé par Dieu?  Ici, on nous laisse entendre que Cyrus bénéficia de la sympathie de Dieu afin d’entrer dans son projet libérateur des Hébreux captifs à Babylone. Dieu l’aurait-il manipulé à son tour comme il le fit du pharaon ?

Ceux qui ont raconté l’histoire d’Israël telle qu’on la trouve dans les Livres historiques de la Bible, ont tenté de chercher  des constantes  pour découvrir comment  Dieu se servait du caractère et de l’action des rois pour  provoquer des événements conformes à sa volonté divine. Il est habituellement admis  que Dieu utilisait la puissance des armées des ennemis d’Israël pour punir  le peuple   de ses mauvais comportements ou de son manque de foi. Si Israël se montrait docile à la volonté de Dieu, s’il obéissait à ses commandements, si  ses dirigeants respectaient les consignes de la loi de Moïse, si les solennités liturgiques manifestaient un respect de la Loi divine, tout allait bien.  Dans le cas contraire, ce qui était fréquent, les ennemis d’Israël auraient été utilisés par Dieu, comme le bâton dont il se serait servi pour corriger son peuple. On retrouve ce principe dans les nombreux enseignements des prophètes, mais s’ils l’enseignaient, y croyaient-ils vraiment ?


Certains événements ont démenti de telles assertions, en particulier l’épisode concernant le roi Josias. Il a été considéré comme un roi pieux parmi les rois pieux. On lui a attribué la réforme du culte et la promulgation du Deutéronome, mais le sort lui fut contraire. Il périt sur l’intervention du pharaon Nékao. Sa mort sonna le glas de l’indépendance d’Israël et  déclencha le mouvement qui entraîna sa perte et l’exil. Compte tenu de cet exemple, il ne parait pas possible de retenir la thèse selon laquelle Dieu écrirait l’histoire en réagissant d’une manière positive ou négative face aux comportements  du peuple d’Israël et des autres, car en rien Josias n'avait démérité. Cet  exemple suffit à démontrer que Dieu n’écrit pas l’histoire en faisant châtier les uns par les autres suivant son bon vouloir.

Ce qui semble plus vraisemblable, c’est que Dieu fasse connaître sa volonté  par l’enseignement des prophètes et des patriarches. Ils nous ont appris que  la volonté de Dieu était liée au respect de  l’amour du prochain à  la libération de l’opprimé et au secours de la veuve et de l’orphelin. C’est l’histoire de la sortie d’Égypte qui leur sert de norme en la matière. Mais la question reste de savoir comment Dieu s’y prend pour faire  respecter sa volonté  pour le mieux être des peuples. Nous avons du mal à retenir l’hypothèse selon laquelle Dieu endurcit le cœur du pharaon afin que celui-ci ne tiene pas compte des souffrances des Hébreux,  qu'il les chasse  d’Égypte et finisse par trouver la mort dans les eaux de la Mer Rouge. Cela ne semble pas compatible avec l’image que nous avons retenue de Dieu ni celle de l’enseignement que nous donnera Jésus Christ plus tard.

Nous allons essayer de comprendre comment Dieu fonctionne vis-à-vis des peuples en nous penchant sur l’histoire de Cyrus. Israël était alors un peuple en exil,  à des centaines de kilomètres de sa terre d’origine. Il était un peuple réduit en esclavage et opprimé par la main pesante des souverains successifs de Babylone. En devenant vainqueur de Babylone, le roi des perses Cyrus  proposa un autre destin à Israël.

 Pour des raisons propres à la politique qu’il appliquait à l’égard des peuples soumis, il décida du retour d’Israël sur sa terre d’origine. Ce projet correspondait bien à ce que nous supposons  du désir de Dieu. Mais si cela correspondait au désir de Dieu, cela ne voulait pas dire pour autant qu’il se servait de Cyrus  pour  faire sa volonté, ni même qu’il avait inspiré un projet libérateur à Cyrus.

 Cela voulait simplement dire que la politique de Cyrus allait dans le sens du désir de Dieu. Cela ne voulait pas dire  que Dieu était intervenu d’une manière ou d’une autre pour que l’histoire prenne le cours qu’elle avait pris même si Le prophète Esaïe a laissé entendre que l’action de Dieu allait dans ce sens et que Cyrus était un instrument dans sa main. Pour que ce fût le cas, il aurait fallu que Cyrus lui-même témoigne du fait qu’il avait compris la volonté de Dieu et que Dieu lui ait parlé dans ce sens. Ce ne fut pas le cas.

Que dire alors ?  Dieu est-il vraiment un Dieu libérateur et intervient-il d’une manière ou d’une autre pour que l’histoire aille dans le sens où il le désire ?  Il serait faux de dire que Dieu instrumentalise les hommes et qu’il les manipule pour que leuurs actions aillent dans le sens où il le désire. Mais on peut dire par contre que c’est l’Esprit de Dieu qui souffle sur le monde et sur ceux qui le  dirigent, et que de ce fait, ils  agissent dans le sens où l’esprit de Dieu les inspire. 

Dans de telles situations  on peut alors dire que Dieu prend à son compte les projets libérateurs des hommes pour les faire siens.  On peut même dire, comme ce fut le cas pour Cyrus que Dieu se reconnait dans un projet libérateur, même quand  le but du projet  n’est pas  la libération de ce peuple,  mais que malgré tout il va dans ce sens. C’est sans doute la lecture qu’Ésaïe a fait de cet événement.

Il n’est pas pour autant exclu que les dirigeants tournent leur coeur vers Dieu  qu'ils soient inspirés par sa loi et qu’ils cherchent le bien des peuples par obéissance à  cette loi. Mais dans l’histoire du monde ce fut rarement le cas. Il n’empêche cependant que la volonté de Dieu consiste à œuvrer  pour le mieux être de l’humanité. C'est pour cela que son esprit souffle sur le monde un esprit d'amour et de liberté. Pour cela, les croyants se  mobilisent et agissent.  Dieu  laisse  librement venir à lui tous les hommes qui ont compris sa nature divine et qui  se laissent influencer par son amour et  le désir de lui plaire.

Dieu diffuse ce désir de liberté sur les hommes, et ce sont les peuples influencés par Dieu qui font  pression sur leurs dirigeants  de telle sorte que ceux-ci sont contraints par l'action de leurs peuples de suivre leur instigation pour ne pas être chassés du pouvoir par eux. C'est là ce que préconise la théologie  dite de la libération en  affirmant que Dieu joue un rôle dans l'histoire en provoquant la libération des peuples. C'est ainsi me semble-t-il que Dieu agit sur l'histoire, toujours pour le bien des peuples et jamais pour les punir. Il se sert de chacune et  de chacun de nous pour mener cette action.

dimanche 8 octobre 2017

Matthieu 22/1-14 La parabole des noces: dimanche 15 octobre 2017



Matthieu 22 :1-14 La parabole des noces

1 Jésus leur parla encore en paraboles ; il dit : 2 Il en va du règne des cieux comme d'un roi qui faisait les noces de son fils. 3 Il envoya ses esclaves appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir. 4 Il envoya encore d'autres esclaves en leur disant : Allez dire aux invités : « J'ai préparé mon déjeuner, mes bœufs et mes bêtes grasses ont été abattus, tout est prêt ; venez aux noces ! » 5 Ils ne s'en soucièrent pas et s'en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce ; 6 les autres se saisirent des esclaves, les outragèrent et les tuèrent. 7 Le roi se mit en colère ; il envoya son armée pour faire disparaître ces meurtriers et brûler leur ville. 8 Alors il dit à ses esclaves : Les noces sont prêtes, mais les invités n'en étaient pas dignes. 9 Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces esclaves s'en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. 11 Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n'avait pas revêtu d'habit de noces. 12 Il lui dit : Mon ami, comment as-tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? L'homme resta muet. 13 Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. 14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis.



Qu’aurait-on dit, si au mariage du prince William un des invités était venu en blue-jeans et polo avec des savates aux pieds ? L’humour britannique aurait peut être trouvé une telle attitude courageuse, géniale ou choquante. Il y a fort à parier que les services du protocole auraient réagi fermement et auraient opté pour une attitude conforme à celle de la parabole. Cependant, à part le fait que dans les deux cas, il s’agissait de noces royales, la situation n’était pas la même.

Dans le contexte de la parabole, il ne s’agissait pas de pousser vers la sortie un lord provoquant ou arrogant, il s’agissait d’exclure un va-nu-pieds ramassé dans les faux bourgs mal famés et contraint par les forces de l’ordre de se joindre aux invités qui étaient tous comme lui, des marginaux que l’on n’avait pas prévu d’inviter et qui se trouvaient contraints et forcés d’entrer dans la salle du banquet.

Tout nous choque dans cette affaire, à commencer par l’attitude du roi. Il s’en est d’abord pris à ses invités indélicats qu’il a fait tuer, puis il a bouté hors de sa salle à manger ce pauvre bougre qui n’avait pas le vêtement requis. Il n’avait sans doute pas les moyens ni la possibilité de se changer tant l’affaire avait été mené rondement. Ses co-invités étaient dans la même situation, semble-t-il, et pourtant il ne leur est rien arrivé de fâcheux, c’est bien là le problème ! Comment alors expliquer l’attitude du roi qui nous parait inconvenante ?

Quand on veut, on peut, dira-t-on. Malgré ses haillons, il avait sans doute les moyens de faire apparaître ouvertement qu’il était à la fête. C’est ce que les autres avaient certainement fait. Mais comment s’y étaient-ils pris ? A nous de l’imaginer : une fleur des champs à la boutonnière, une plume d’oiseau au chapeau, un simple coup de brosse sur la poussière de leur pantalon, que sais-je encore ? Il y a, en tout cas, un minimum qu’il aurait pu faire et qu’il n’a pas fait. 

Mais prenons un peu de distance avec cette parabole que nous avons de la peine à expliquer et essayons de percer l’intention de Jésus. Il est clair que Jésus veut signifier que les invités, c'est-à-dire les dignitaires juifs, pharisiens, scribes et consorts n’auraient pas leur place dans le Royaume que Jésus était venu annoncer. C’est là un constat récurant pour qui a un peu de pratique dans la lecture des paraboles du Royaume. Ceux à qui était destiné la bonne nouvelle de Jésus l’ayant refusée, ce sont d’autres apparemment  moins dignes que les premiers qui devaient les remplacer.

Bon nombre des premiers chrétiens faisaient partie de ces gens marginalisés par les scribes et les pharisiens, certains même dans la toute première génération ont été recrutés parmi les païens. Ils ont du se reconnaître dans ces invités de la dernière heure. Plus aucune contrainte n’était désormais exigée pour faire partie de ce nouveau peuple de Dieu. Mais cette parabole, dans un contexte aussi farouche nous apprend que tous ne sont pas les biens venus et que malgré l’invitation générale, tous ne sont pas invités.

L’exclusion de cet homme, sans vêtement de fête, apporte un démenti fâcheux à notre espérance et jette le trouble dans notre esprit. Voila que notre théorie sur la gratuité du salut se trouve malmenée. Elle est même remise en cause et nous nous demandons ce qu’il en est de notre théologie de la grâce.

On remarquera que cette parabole ne figue pas dans l’Évangile de Marc qui est le plus ancien des Évangiles. Par contre cette même parabole est rapportée dans l’Évangile de Luc sous une forme qui pourrait nous paraître édulcorée. Luc l’a simplifiée. Dans le texte qu’il transmet, Il n’y a plus de roi, c’est un riche bourgeois qui le remplace. Les invités qui refusent de venir s’excusent poliment et on ne leur fait aucun mal. Personne n’est exclu de la salle du banquet. Luc a-t-il adouci volontairement les rugosités d’une parabole, venue d’une autre tradition que Marc ne connaissait pas et que Matthieu aurait trouvée ailleurs et aurait conservée dans toute sa dureté ? On peut même se demander si Jésus n’a pas raconté cette parabole dans deux situations différentes, ce qui expliquerait la différence des textes transmis par les deux évangiles. Nul ne le sait. La seule chose que l’on sait, c’est que Matthieu a rapporté quant à lui, un détail navrant dont il nous faut ici rendre compte.

Comme dans toutes les paraboles, il y a des incohérences. Outre l’histoire de l’habit de noce, dont on n’a toujours pas trouvé d’explication, il y a la violence du roi qui fait tuer et assassiner les invités indélicats et détruire leurs villes si bien qu’on a du mal à reconnaître dans ce roi le Père dont Jésus se réclame. On verrait plutôt en lui ce Dieu autoritaire et jaloux qui faute d’être aimé et respecté préfère détruire et tuer tout ce qui ne se soumet pas à sa volonté. Il agit comme le Dieu qui décida du déluge et de la destruction de la population  hostile à l'étranger à Sodome et Gomorrhe. 

Selon certains chrétiens c’est ce même Dieu qui présiderait encore à la destinée de chacun. Après avoir rejeté son peuple élu qui n’aurait pas reconnu en Jésus le Messie, il exigerait de son nouveau peuple, l’Église chrétienne, la même obéissance et quiconque ne se soumettrait pas à sa loi serait passible d’un jugement encore plus sévère que par le passé. Quiconque n’aurait pas la bonne confession de foi se verrait rejeté dans les ténèbres du dehors. Voila l’inquisition, les croisades et les guerres de religions à nouveau justifiées. Tous ceux qui sont adeptes d’un évangile pur et dur où la justice devance le pardon se trouvent ici confortés dans leur intégrisme.

Cette parabole dans laquelle nous ne reconnaissons pas Dieu dans le personnage du roi et dont nous contestons la conclusion nous a-t-elle été donnée comme un contre évangile qui par voie de déduction nous amènerait à trouver en opposition le vrai évangile? C’est sans doute la tentation dans laquelle je suis en train de vous entraîner, comme si Jésus se permettait de prêcher le faux pour qu’on découvre le vrai. Mais tel n’est pas le fonctionnement habituel de sa pensée. Serait-ce alors un procédé littéraire propre à Matthieu ? Pas davantage ! Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Revenons donc à cette histoire de vêtement qui n’est pas conforme à ce qu’il devrait être. Ce n’est pas la première fois que la Bible accorde une valeur symbolique au vêtement. Le vêtement prend parfois une signification particulière dans la relation de l’homme à Dieu. 

Dans le jardin d’Éden, une fois leur faute commise, Adam et Eve ne veulent plus paraître nus devant Dieu. Ils se bricolent alors des pagnes en feuillage. C’est Dieu lui-même qui leur confectionne un vêtement décent pour qu’ils puissent paraître devant lui. Le Grand prêtre lui-même devait porter un vêtement spécial pour assurer ses fonctions devant Dieu dans le Temple. Dans l’Évangile on nous raconte l’histoire de ce jeune homme qui laissa son vêtement aux mains des soldats et partit tout nu pour ne pas se faire arrêter en même temps que Jésus. Il perdit son vêtement pour prix de son infidélité. Inversement, dans l’Évangile de Jean c’est Pierre qui était nu alors qu’il était à la pêche et qui se revêtit pour se rendre acceptable devant Jésus.

La mention du vêtement ici n’est donc pas sans importance. C’est par lui qu’on peut être reconnu comme acceptable devant Dieu. La parabole en dépit de ses aspects insupportables se déroule dans une ambiance de fête. Malgré les violences qui y sont relatées, malgré la brutalité des événements, malgré l’attitude arbitraire du roi, malgré tout ce q
ui nous pousse à rejeter cette parabole et à la qualifier d’inacceptable, elle implique une attitude de fête et de joie. Elle pourrait très bien caractériser l’attitude du chrétien dans notre société moderne. En effet, on prétend aujourd’hui que la violence s’accroît, on nous dit que nous sommes dans l’insécurité, les violences de toutes sortes  se déroulent à notre  porte,  mais Dieu n’a-t-il pas mis en nous l’espérance qui devrait se manifester par une sérénité affichée, et par une confiance affirmée en l’avenir. 

Malgré la réalité d’une société violente et injuste, malgré l’arbitraire des pouvoirs en place, malgré la fausse image de Dieu que l’on essaye de nous asséner, Jésus nous demande d’afficher notre sérénité face aux événements et notre confiance en ce Dieu qui n’est pas nommé ici mais qui est l’objet de notre espérance. C’est l’espérance affichée qui doit révéler notre foi. Il nous faut donc manifester ouvertement que nous croyons possible la venue de ce Royaume de paix annoncé par Jésus. Nous devons donc rendre visible notre sérénité comme on le ferait d’un vêtement de noce. Espérance et sérénité, voila ce qui se cache derrière ce vêtement mystérieux.

Les images viennent du Musée de Clermont-Ferrand