mardi 15 mai 2018

Jean 15/26-27 et Jean 16/12-15 20 mai 2018 Pentecôte 2018



Jean 15 :26« Celui qui doit vous venir en aide viendra : c'est l'Esprit de vérité qui vient du Père. Je vous l'enverrai de la part du Père et il me rendra témoignage. 27Et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous avez été avec moi depuis le commencement. 
Jean 16 :12« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les supporter maintenant. 13Quand viendra l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. Il ne parlera pas en son propre nom, mais il dira tout ce qu'il aura entendu et vous annoncera ce qui doit arriver. 14Il révélera ma gloire, car il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. 15Tout ce que le Père possède est aussi à moi. C'est pourquoi j'ai dit que l'Esprit recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. »



« Je suis maître de moi, comme de l’univers, je le suis, je veux l’être » disait  l’empereur Auguste sous la plume de Pierre Corneille dans Cinna. De tels vers ont accompagné  la jeunesse des plus anciens parmi nous, à l époque où on apprenait par cœur les vers célèbres de la poésie classique. A force de les réciter sans faute sous peine de recevoir de mauvaises notes, les jeunes élèves ont été imprégnés d’une philosophie qui a sans doute  durablement marqué leur vie. Ils ont été ainsi préparés à ouvrir leur existence à un avenir glorieux, tel que semblait l’annoncer le théâtre classique.

C’était l’époque des trente glorieuses a-t-on dit,  la prospérité caressait l’avenir d’un monde moderne après  de longues années de troubles et d’agitation. Les guerres coloniales s’apaisaient et  la tourmente de la dernière guerre mondiale était oubliée. L’homme civilisé partait  à la conquête d’un avenir heureux et prospère. A quoi bon alors s’encombrer de problèmes spirituels puisque la  science et la technique devaient  maîtriser toutes les difficultés qui auraient pu surgir. Dieu avait-il encore sa place dans un univers que l’intelligence humaine devait désormais maîtriser ?  On  envisageait  la conquête des  astres après avoir pour la première fois mis les pieds sur la lune.

Aveuglé par sa réussite dont il trouvait les origines dans la littérature, l’homme moderne prenait lentement la place de Dieu. Une telle attitude relève bien évidemment de la tentation de l’homme qui ne trouve aucune limite à son ambition quand tout va bien, mais  quand les choses se mettent à mal tourner, c’est une autre histoire ! Naturellement cette euphorie n’a pas durée, mais la foi en Dieu est-elle revenue ?

On ne se  retourne pas tout naturellement vers Dieu,  quand on l’a abandonné. Quand  les événements se retournent contre nous, on se replie plutôt sur soi-même en se culpabilisant, comme si on avait mal agi et que la cause de notre échec était liée à une erreur  d’appréciation. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’intelligence de l’homme, c’est son comportement qui l’est  et qui a déséquilibré tout le système pense-ton. Ce n’est pas faux !

Mais si on se culpabilise en s'accusant de ce qui ne va pas, on croit aussi trouver la réponse dans le mauvais comportement des autres. On considère que la cause de notre désenchantement est dans la perte de notre confiance  dans les hommes  qui avaient pour charge la responsabilité de gérer les nations. On se retourne contre ceux qui avaient le pouvoir et qui tenaient  en main l’avenir de notre société. Les groupes humains s’accusent  alors  mutuellement d’être la cause du dysfonctionnement général.

C’est à nouveau  dans la littérature que l’on trouve l’illustration de ce phénomène. Jean de La Fontaine nous raconte dans « les animaux malades de la pestes »  le désarroi du petit peuple des animaux  en proie à une épidémie et qui croit trouver son salut en sacrifiant un pauvre âne qui avait brouté quelques brins d’herbe dans le champ d’un autre.
 
C’est maintenant que nous rejoint le texte de l’Évangile :       « Quand sera venu l’Esprit de vérité, dit Jésus, il vous conduira dans toute la vérité ».  Un peu plus haut dans l’Évangile on nous décrit l’Esprit saint comme étant un          « consolateur » ou mieux, comme un « avocat ». Jésus n’a pas besoin d’emprunter  ce long détour  par la littérature classique, comme je l’ai fait, pour pointer du doigt les causes  de notre désenchantement. Jésus sait fort bien notre propension à nous défausser sur les autres des erreurs  entraînées par  nos mauvais  comportements. Depuis Abel assassiné par son frère qui l'accusait d' avoir accaparé les faveurs de Dieu, les accusations n’ont fait que se répéter au cours des siècles. Dieu sait nos penchants à l’esquive, c’est pourquoi il  nous  montre qu’on ne peut pas s’en sortir sans son aide.

Un avocat nous est promis pour arranger les choses. On comprend tout naturellement que les hommes  s’étant écartés de Dieu pour mener leurs affaires à leur guise ont besoin d’un avocat pour se réconcilier avec lui. Si on a mis Dieu à l’écart,  il est nécessaire  qu’on nous aide à retrouver un chemin d’entente avec lui. En fait il n’en est rien. Avant de se réconcilier avec Dieu, il faut avant tout se réconcilier avec les hommes, car si nous   accusons  certains d’avoir rompu l’équilibre qui nous menait à la prospérité, il faut aussi se réconcilier avec ceux qui nous accusent à notre tour d’avoir contribué à ce même déséquilibre. Cette double accusation est incompatible avec une bonne entente avec Dieu.  C’est pourquoi il s’en mêle.

Mais si Dieu s’en mêle, son action n’est pas forcément visible immédiatement. Il ne cherche pas à faire de miracle en s’immisçant dans nos affaires. Il ne cherche pas à   négocier notre retour vers lui  en échange d’un progrès technique retrouvé. Si Dieu intervient, c’est en secret, dans l’intimité de chacun de  nous. Il nous demande de faire une démarche vers lui. Si Dieu nous donne rendez-vous au fond de notre  cœur où il nous attend, il désire cependant que nous fassions un pas vers lui.

Certes, il arrive à tout un chacun de faire une pause dans sa vie et de réfléchir à tout ce qui se passe en lui et autour de lui. Ce moment est perçu par Dieu comme un moment favorable à une rencontre avec lui. Mais ce n'est pas pour autant que le dialogue s'installe entre lui et nous. Il nécessite un effort sur nous-mêmes pour repenser notre vie en sa présence, car Dieu est porteur de vie.  


 A son contact nous devons nous laisser saisir par un dynamisme qui nous vient de lui et qui pourrait provoquer en nous des sentiments qui nous désorientent. Nous ressentons à la fois le poids de nos fautes et la chaleur du pardon. Nous sentons aussi la colère monter dans notre fort intérieur contre les autres et contre  nous-mêmes et en même temps nous ressentons une paix immense et une sérénité qui s’installent  en nous. Ce bouleversement radical  remet en cause notre manière de penser et notre relation aux autres. C'est ainsi que  le saint Esprit  se manifeste en  nous. La suite dépend de nous.

Ce ne sera  peut être qu’une bonne expérience spirituelle, en attendant la suivante, et cela n’aura pas changé les choses   en profondeur dans notre sentiment vis-à-vis de Dieu.  Il  est  à parier que Dieu souhaitait autre chose de notre part car  il a tout fait  pour que nous entamions un vrai dialogue avec lui. Si c'est lui qui a  provoqué cette émotion,   il attendait une suite qui ne dépend plus que de nous. C’est alors que la relation qui  pourrait s'établir avec lui  devrait transfigure notre existence  et nous permettre de voir l'avenir autrement. Ce dialogue  qui s'est établit avec Dieu se fait désormais dans la durée et provoque en nous un bouleversements  radical dans notre vision des choses.  Chacune, des actions que nous entreprenons  se fera désormais sous couvert  de  dialogue avec l’Esprit, qui  blotti au fond de nous-mêmes,nous aide à voir les choses du même regard que Dieu . Ce faisant nous devenons des  êtres  nouveaux, disponibles pour agir  sur des routes nouvelles.

Quiconque se laisse interpeler par Dieu et accepte le dialogue avec lui risque de se sentir investi par lui  et peut se  sentir  appelé pour faire des choses qu’il ne soupçonnait même pas. C’est ainsi que le Saint esprit agit en nous.

jeudi 3 mai 2018

Jean 17/11-19 La prière sacerdotale dimanche 13 mai 2018


Jean 17/11-19 ( Pour éclairer ce propos: lire aussi Ecclésiaste 1/12-18)
 11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens à toi. Père saint, garde-les en ton nom, ce nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. 12 Lorsque j’étais avec eux, moi, je les gardais en ton nom, ce nom que tu m’as donné. Je les ai préservés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon celui qui est voué à la perdition, pour que l’Écriture soit accomplie. 13 Maintenant, je viens à toi, et je parle ainsi dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie, complète. 14 Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a détestés, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. 15 Je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. 16 Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. 17 Consacre-les par la vérité : c’est ta parole qui est la vérité. 18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. 19 Et moi, je me consacre moi-même pour eux, pour qu’eux aussi soient consacrés par la vérité.

Curieusement, alors que les temps sont accomplis, que la mort le guette et que son supplice  se prépare, Jésus va prononcer ces dernières paroles qui vont enfin donner du sens à ce monde où nous vivons depuis l’aube des temps historiques. Or, il faut bien le dire, ce monde n’a guère de sens car les plus modestes semblent y être nés pour la peine et les plus favorisés n’y ont fait que  naître dans des conditions plus favorables. Mais tous finissent par disparaître sans laisser aucune trace. Telle est la méditation à laquelle se livre l’Ecclésiaste (1/12ss).  Il fut le plus grand roi d’Israël, et blasé, il considère que  sa puissance et sa fortune ne lui ont servi  de rien, car tout est vanité dit-il. Il était donc temps que la sagesse des plus sages soit dépassée et que Dieu prenne part à ce débat. C’est ce qu’il  fait par la voix de Jésus qui nous invite à entrer dans la joie de Dieu, car   le monde n’arrivera pas à son terme sans y participer.

Pour que le monde prenne du sens et devienne un concept crédible, pour que le monde soit gagnant, il ne faut pas tout attendre de Dieu. Il ne suffit pas que Jésus meurt en prononçant des paroles vertueuses pour que le monde devienne intelligible. Il y a bien longtemps que les propos  de saint  Anselme sur la théologie du rachat  sont dépassés. La théorie du péché originel sur laquelle il s’appuie ne trouve plus d’adeptes.  Pour que les choses prennent du sens, il faut que nous mettions notre intelligence à contribution, car Dieu a prévu notre collaboration pour que  le monde s’harmonise avec lui. Il n’est d’ailleurs nullement évident que nous seront  gagnants et  que les choses tourneront à notre avantage.

En effet, être gagnant, dans notre vocabulaire d’aujourd’hui  signifie que nous espérons faire partie  de ceux qui bénéficieront de l’évolution favorable des choses. Or  Jésus veut nous inviter à croire que Dieu ne veut pas  que le monde soit réparti entre chanceux et mal chanceux.

C’est une autre conception du monde qu’il propose. Jésus utilise  ici plusieurs fois  cette notion  de monde. Le monde est présenté ici   comme une alternative à Dieu. Pourtant Dieu l’aime au point de donner son fils pour le sauver, est-il dit ailleurs dans ce même évangile. Mais en dépit de cet amour que Dieu  éprouve pour lui, le monde suit des voies qui s’écartent de celles que Dieu souhaite.

En fait, le monde est  cet espace où Dieu exerce son art de créateur.  Depuis  l’origine de toutes choses, le monde résiste à l’action de l’amour  par lequel  Dieu tente  de le transformer. Ce qui domine sur le monde c’est l’individualisme de chacun,  sa tendance à tout ramener à lui-même et à tout  accaparer en faveur de ce qui viserait à le maintenir  en situation de dominants. Or l’amour dont Jésus fait état devrait avoir justement un effet  contraire,  si bien que la partie du monde sur laquelle Dieu n’a pas encore d’emprise a tendance à haïr tout ce qui tenterait d’aller dans le sens où Dieu le souhaite.

Ce texte qui a trouvé sa forme définitive après que Jésus l’ait prononcé,  a fait planer l’ombre du « mauvais »  comme la cause de tout ce qui s’oppose à Dieu. Il a laissé entrevoir même dans  le personnage de Judas,  comme incarnation du malin  qui trouve bien évidemment sa place, ici,  dans le contexte de la passion. Mais ce serait aller bien vite en besogne que de lui faire porter un rôle quelconque dans la dérive du monde en  faisant de lui l’incarnation du rival de Dieu qui contrecarrerait ses projets. Il serait plus correcte de penser que le « mauvais » ferait plutôt partie de nous-mêmes et qu’il serait lié à cet élément  qui, en nous,  ferait barrage à l’amour de Dieu et qu’il serait plus conforme d’en faire l’émanation de notre égoïsme ou de  notre instinct de domination que nous seuls pourrions combattre et vaincre avec l’aide de Dieu.

Jésus affirme que le projet de transformation du monde est possible et que le monde pourrait aller dans le sens où Dieu le désire, mais il faudrait que chacun y mette du sien  et commence par accepter la haine des autres à leur égard, car ils  répondent par la haine aux propos de Jésus selon lesquels,  Dieu ne projetterait pas de faire évoluer le monde en réservant une place de choix aux plus favorisés.

Il semblerait qu’en méditant  ces paroles de Jésus comme nous le  faisons, nous devrions bouleverser notre manière de célébrer le culte  dominical et que nous devrions plutôt le commencer par la prière d’intercession au lieu de terminer par elle. En effet, dans cette prière, nous faisons état de tout ce qui va mal autour de nous et où nous supplions Dieu d’agir de toute urgence pour le mieux être du monde.

C’est la partie prophétique de tout notre culte, c’est le moment où devant Dieu et avec lui nous  traçons les  contours d’un monde qui pourrait devenir celui que Dieu désire si on le prenait au sérieux et si nous faisions ce qu’il souhaite que nous fassions. En faisant état de tout ce qui va mal, nous sommes bien conscients du fait qu’un autre monde serait possible. En concevant les choses ainsi, nous allons dans le sens de la prière de Jésus et nous nous plaçons dans les conditions souhaitées par le Seigneur pour que sa volonté soit faite et que son règne arrive.

Nous entrons alors dans l’ultime souhait de Jésus, afin d’être  dans la joie. Elle deviendra parfaite quand elle rejoindra celle de Dieu et que nous aiderons le monde à évoluer selon sa volonté. Ainsi les hommes pourront  entrer joyeusement en harmonie avec Dieu dans la vision d’un monde appelé à se transformer par nos efforts conjugués avec lui. Le monde s’ouvrira  alors à un devenir dont la réalisation est  de l’ordre du bonheur possible.

vendredi 20 avril 2018

Jean 15/1-8 La vigne et le sarments 29 avril 2018 texte revu etcorrigé du 6 mai 2012


Parabole de la vigne et des sarments-  dimanche Jean 15/1-8

C'est moi qui suis la vraie vigne, et c'est mon Père qui est le vigneron. 2Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l'enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu'il porte encore plus de fruit. 3Vous, vous êtes déjà purs, à cause de la parole que je vous ai dite. 4Demeurez en moi, comme moi en vous. Tout comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure dans la vigne, vous non plus, si vous ne demeurez en moi. 5C'est moi qui suis la vigne ; vous, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire. 6Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. 7Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. 8Mon Père est glorifié en ceci : que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez mes disciples.  


Avez-vous déjà vu une vigne avant et après qu’elle ait été taillée, cela mérite le déplacement.  Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour  contempler le spectacle. Celui qui y assiste en promeneur  en a pour les yeux et pour les oreilles. Le pied de vigne qui tend ses branches dénudées vers le ciel gris du mois de mars se trouve  en très peu de temps réduit à très peu de choses : un moignon de bois tordu qui est le cep et quelques tiges de sarments mutilés qui porteront à l’automne les fruits dont on pressera le vin, signes de la vie que le Christ partage avec le monde. Les claquements secs et discrets du sécateur déchirent le silence comme autant  de petits cris de souffrance. Les sarments coupés devenus inutiles sont rassemblés en petits tas  qu’une flamme claire réduits en cendres. Dans l’air encore frais du printemps qui commence à peine s’entremêlent curieusement la vie qui va naître et la vie qui s’en va. Les sarments qui ne servent plus à rien disparaissent et la future récolte n’est encore qu’à l’état de promesses.

Nous avons là une image de l’Église. Elle n’est sans doute pas attractive, mais elle est porteuse de promesses. Le cep qui représente son corps n’a d’intérêt que parce que le Christ l’habite. Il ressemble à un vulgaire morceau de bois fiché en terre. Son aspect insignifiant n’a d’intérêt que pour le vigneron qui sous l’écorce racornie perçoit déjà la sève qui murmure. Les quelques rameaux graciles, judicieusement taillés figurent les membres de l’Église et portent en eux l’espérance de la récolte. A première vue, l’aspect de la vigne n’est guère engageant et n’offre rien d’attrayant. Telle est l’image que Jésus utilise pour exhorter toutes les églises qui vont naître au cours des siècles. Elles sont averties du fait que leur fidélité dépendra d’une taille appropriée pour que leurs fruits produisent le meilleur vin qui annoncera le royaume qui vient.  On croirait à évoquer cette image  entendre la voix de  Jean Calvin déclarant  que l’Église réformée est toujours à réformer, comme le vigneron qui chaque année doit tailler sa vigne pour la rendre féconde. Il la réduit pour la faire grandir.

Jésus nous a habitués à d’autres images pour dynamiser son Église. Il nous l’a décrite comme une graine qui pousse toute seule et  qui d’un seul coup se recouvre de feuillage tellement épais que les oiseaux peuvent s’abriter sous son ombre. Elle peut prendre l’aspect fragile d’une coque de noix livrée à la furie des flots que Jésus calme avec autorité et qui arrive sereinement au  port. Paul a utilisé l’image du sportif dans le stade qui court pour recevoir la palme du vainqueur. Par contre ici, c’est la seule fois dans l’Évangile qu’on  nous décrit  l’Église comme une plante que l’on mutile pour la rendre plus productive. Les coups de sécateurs sont perçus comme autant de souffrances nécessaires que le Seigneur nous imposerait pour obtenir le triomphe de son Église. Nous ne comprenons pas pourquoi Dieu lui imposerait régulièrement   une telle épreuve, comme s’il voulait par avance justifier les souffrances que le sort nous réserve d’une manière inexplicable.

Détrompez-vous, il n’y a pas ici une esquisse de la doctrine de la rédemption par la souffrance comme certains le souhaiteraient. Il nous faut revenir au texte et repérer comment Dieu s’y prend pour tailler la vigne.  En effet, il ne prend pas de sécateur et il ne la fait pas souffrir. C’est sa Parole qui produit les effets souhaités et c'est par elle  que les rameaux que nous sommes sont taillés.   C’est par le moyen de la Parole à laquelle nous avons cru que Dieu agit.  C’est grâce à elle que nous avons décidé de nous attacher au Christ. C’est elle qui guide les étapes de notre vie chrétienne, et si quelque chose est à retrancher ou à enlever de nos vies, c’est par elle que nous le repérons  et c’est librement que nous décidons de l’ enlever. Ce n’est donc pas Dieu qui opère des  ablations douloureuses, mais c’est chacun de nous qui régule sa vie selon que la parole le pousse dans un sens ou dans un autre. C’est par fidélité à sa parole que  nous faisons les choix qui donnent du sens à notre vie. La Parole de Dieu est l’élément régulateur dont nous  devons nous servir pour purifier notre vie et rester fidèlement attachés au cep qui est le corps principal de l’Église et sous l’écorce duquel se dissimule le Christ lui-même.

Je me suis plu à dépeindre le cep comme un morceau de bois sans grand intérêt. On ne le remarquerait pas si ses sarments ne se couvraient de feuilles, de vrilles et de pampres prometteurs de fruit et de joie. Le cep n’a de raison d’être que dans ses branches qui lui donnent la récompense de ses efforts. Ses efforts consistent à acheminer la sève jusqu’au plus lointain de ses rameaux. Il ne peut vivre sans les rameaux qui ne peuvent vivre sans lui. Le Christ ne peut être vraiment porteur de vie que si les fidèles sont porteurs de vie à leur tour.

Chacun des fidèles que nous sommes est ici interrogé au sujet de lui-même et du témoignage que sa propre vie rend au Christ. Nous, sommes mis en face de nos responsabilités car c’est aux fruits que nous produisons que l’on reconnaîtra le Seigneur qui nous anime et que le Seigneur sera glorifié, et si le Seigneur est glorifié il le sera dans la joie. Notre existence n’a pas d’autre but que de mettre le Seigneur dans la joie, et il est comblé quand  l’ensemble de sa création évolue avec harmonie.

Nous avons compris que le Seigneur nous rend efficaces par l’esprit qu’il dépose en nous. C’est la sève qui monte du cep vers les sarments qui permet aux fruits de se gorger de vie avant de devenir le vin nouveau qui abreuve le monde. Si le fruit n’est pas bon et que le vin tourne à la piquette, que se passe-t-il ? Cela vient-il de ce que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer, ou cela vient-il du fait que les sarments ont été mal taillés, sucent la sève et ne donnent pas de bon fruit ? D’une manière générale, de nos jours, on a tendance à croire que les idées forces qui animent la vie sur terre depuis 2 000 ans sont dépassées, que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer. On prétend que le Christianisme a fait son temps  et  qu’ il doit faire place à de nouvelles spiritualités.

Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage, qui veut refuser l’Évangile prétend qu’il est illisible, qui voit la paille dans l’œil des autres ne perçoit sans doute pas la poutre qui est dans le sien. Comment donner du sens à sa vie si on est incapable de s’orienter soi-même ?

L'Évangile que nous reconnaissons comme étant Parole de Dieu a été mis à notre disposition pour nous aider à nous remettre en cause, pour rejeter ce qui est nocif, pour refuser ce qui n’est pas porteur d’espérance. C’est ainsi qu’il nous est suggéré de trouver dans l’Écriture ce qui est pourvoyeur de fruit et de rejeter le reste. Si quelque chose ne va pas, c’est en nous qu’il faut le chercher et non pas dans le cep qui nous abreuve de sève.

Le fruit que nous sommes sensés produire, le vin nouveau  qui abreuve le monde, c’est l’amour que nous avons en nous-mêmes et qui doit motiver toutes nos relations avec les autres. Si le monde manque d’amour aujourd’hui, et il manque d’amour, ce n’est pas la faute de Dieu qui nous prodigue aujourd’hui comme toujours le même évangile.


Si les choses vont mal c’est que les hommes ne savent plus aimer et quand les hommes ne sont plus capables de s’aimer les uns les autres, ils s’oppriment entre eux, ils violentent les plus faibles et les dépossèdent de leurs biens. C’est à cause du manque d’amour que la moitié du monde vit au détriment de l’autre moitié. C’est à cause du manque d’amour que ceux qui ne sont pas esclaves s’arrogent le droit d’opprimer les autres et de les rendre dépendants. Ce qu’il y a de consternant c’est que ceux-là ne s’aperçoivent même pas  de ce qu’ils font et sont portés à croire que le monde entier leur ressemble. Curieusement, l’Évangile a été prêché jusqu’aux extrémités du monde et l’amour n’a pas suivi. S’il faut à nouveau tailler la vigne, il faudra savoir quels rameaux doivent être taillés et à quelle hauteur ils doivent l’être. « Heureux ceux qui écoutent ma parole et qui la gardent dit le Seigneur. »

Illustrations :vignes vues par Van Gogh